‹ Histoire Complete de la Bienheureuse Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 219 sur 306 · hid., p · texte numérisé non relu

hid., p

3. Ihid., j). 119. « Illud quod lialjct est de propria pecunia Régis

CHAP. XI. JEANNE d'aUG CHEF DE GUERRE. 4o I

jet des attentions et des ég-ards que demandait la haute situation qui lui était faite. C'est là que lui fut livré le coursier dont le duc d'Alençon avait tenu à lui faire cadeau'. C'est en celte ville pareillement que Jean d'Aulon, le nouvel intendant, org-anisa et commença à faire fonctionner le service de sa maison militaire'.

La Pucelle n'était pas indifférente assurément à cet état qui la mettait sur le pied des grands seigneurs^; mais elle tenait davantage à avoir un bon aumônier. Avant que le Roi prît une décision à ce sujet, la Providence lui en envoya directement un excellent, du fond du Velay, de la ville du Puy, où venait de se célébrer le grand jubilé en l'honneur de Notre-Dame. Cet aumônier était un religieux des Ermites de Saint-Augustin qui répondait au nom de frère Jean Pasquerel. Comment fut-il amené à se charger des fonctions de confesser Jeanne et de lui « chanter la messe », lui-même va le raconter de façon charmante.

« Quand on me parla pour la première fois de Jeanne et de sa venue à la Cour, dit-il, j'étais dans la ville du Puy, où se trouvait la mère de Jeanne^ et quelques-uns

1 . Procès, t. III, p. 66. Déposition du page de Jeanne. — Sur le passage de Jeanne en Touraine, on pourj-a consulter une étude intéressante de M. l'abbé Bossebœuf, insérée dans le fascicule trimestriel de janvier-avril 1899 du BiiUetia de la Société archéologique de Touraine, pp. Sy-ioS, et publiée en brochure in-80, chez Paul Bousrez, celte même année. L'auteur placerait dans l'ancienne rue des Trois- Pucelles la maison où demeura la jeune Lorraine. {Op. cit., p. 3o.)

2. Le duché de Touraine, sauf la chàtellenie de Chinon, appartenait à la reine Yolande. (De Beaugourt, Histoire de Charles Vil, t. II, p. 77.)

3. Des comtes au moins, remarque Vallet de Viriville dans son Histoire de Charles VII, t. Il, p. i36.

4. Le Brun de Chariiicllcs pi-oposc de lire « le frère de Jeanne ». — Il

l\02 LA JEUNESSE DE .lEANNE i/aUG.

(le ceux qui l'avaieiit meuée au roi (.leau de Melz, vraiseml)lal)lemenl, et Berlraud de Pouleng'y). Ayant lié counaissaace avec moi, ils me dirent :

« — Il vous faut venir avec nous près de Jeanne. Nous ne vous quitterons que nous ne vous ayons conduit auprès d'elle.

« Je vins donc avec eux à Chinon, puis à Tours, où se trouvait le couvent dans lequel j'étais lecteur '. Jeanne était alors en cette ville dans la maison d'un nommé Jean Dupuy. Mes compagnons lui dirent :

« — Jeanne, nous vous avons amené un bon Père. Quand vous le connaîtrez, vous l'aimerez bien.

(( Jeanne leur répondit :

(. — Le hou Père me fait grand plaisir. J'ai déjà ouï parler de lui. Dès demain, je veux qu'il m'entende à confesse.

« Le lendemain, en effet, poursuit frère Pasquerel, je l'entendis en confession et je chantai la messe en sa présence. Depuis ce moment, j'ai toujours suivi Jeanne. Jusqu'à Compièg-ne, je l'ai servie comme chapelain, l'entendant en confession et lui chantant la messe \ »

n'y a riea que de conforme aux mœurs du temps dans la présence d'isabelle Romée au Puy-en-Velay. l^our fçaguer un jubilé, on faisait sans hésiter, au moyen âge, des voyages d'oulre-moots et d'outremer. En venant au Puy, la mère de Jeanne songeait certainement à implorer la protection de la B. Vierge pour sa fille, si elle n'accomplissait pas une promesse dont elle avait déjà recueilli les effets.

1. D'après Edmond Riclier, frère Pasquerel, quoique lecteur au couvent de Tours, était profès du couvent de Bayeux. [Histoire de la Pucelle d'Orléans, f° 3o, vo.)

2. Procès, t. 111, pp. 10 1, 102. Déposition du bon religieux. — « Lui chantant la messe. » Aujourd'hui, on mettrait simplement : « Disant, célébrant la messe »; car la messe de l'aumônier de Jeanne n'était pas cha(iue jour ce que nous appelons une messe chanté".

ciiAP. XI. — .lEWNi!: d'.vrg chef de guerre, 4<^-^

Le récit de frère Piisqiierel soulève deux observations. En premier lieu, la proposition que firent au bon religieux les compagnons de Jeanne prouve que l'impression favorable produite sur le Roi par les premières audiences de Chinon était connue du public, et que personne ne doutait de la grande situation que la Pucelle était à la veille d'occuper. Pour parler à frère Pasquerel comme ils le firent, il fallait que les deux gentilshommes présents aux fêtes jubilaires du Puy fussent persuadés qu'on allait nommer un chapelain à leur compagne de route; connaissant Jeanne comme ils la connaissaient, ils com[)taient qu'elle ratifierait le choix qu'ils auraient fait du bon religieux.

C'est aussi chose probable que les compagnons de la Pucelle, à leur retour du Puy, lui firent part de l'arrivée prochaine de ses deux frères, à moins que ceux-ci ne l'eussent déjà rejointe. Il est certain qu'ils étaient avec elle à son entrée dans Orléans. Reste à savoir en quelle ville ils vinrent la trouver. Les documents gardant le silence, on peut choisir entre Tours et Blois. Mais la conjecture la plus plausible est celle qui représente Jeanne informée à Tours par les deux gentilshommes de Vaucouleurs, sinon par frère Pasquerel lui-même, et du pèlerinage de sa mère au Puy-en-Velay, et du départ de ses deux frères de Domremy pour la Touraine.

La seconde observation a trait à l'aumônier et aux confesseurs autres que le frère Pasquerel avec lesquels la Pucelle fut en rapport durant sa vie publique, car elle eut au moins un autre chapelain et plusieurs autres confesseurs. Ce chapelain était vraisemblablement en sous-ordre et chargé de services que Jeanne ne pouvait demander à frère Pasrpierel dans le cours de ses campa-

4(>4 LA .IKUNESSE DK JEANNE O AIlC.

giies, comme de prèclier les liommes d'armes, de les confesser, de les rassembler dans les églises des villages où l'on couchait, et de les faire prier, choses dont le zèle de la jeune Lorraine, nous le verrons plus tard, la rendra coutuniière.

Ce chapelain, mandé par Jeanne elle-même, était un de ses cousins germains, fils du frère de sa mère, Jean de Voutlion, dont nous avons eu occasion de parler. Il s'appelait Nicolas et était religieux à l'aljhaye de Cheminon, ]>rès de Sermaize'. Sur la requête de son oncle ou sur le désir de son cousin, « Jeanne la Pucelle manda à Dom Thomas, abbé dudit Cheminon, qu'il donnât cong-é audit Nicolas de Vouthon d'être chapelain de ladite Jehan ne la Pucelle sa cousine : ce que luy accorda ledit bon abbé. Alla icelluy Dom Nicolas, et l'accompagna, et s'.iivii en tous les failz d'armes qu'elle fist pour lors" ».

i\)ur la confession, Jeanne d'Arc se préoccupait un peu plus du bien de son âme que de son aumônier en titre. Lorsqu'elle n'avait pas frère Pasquerel sous la main, elle s'adressait à tout religieux ou prêtre (pi'elle rencontrait. Dans les villes où elle faisait séjour, elle allait à celui de qui elle espérait le plus d'édification.

1. J. Quicheral cite, d'après le Truite sommaire de Charles Du Lys, la pièce suivante {Procès, t. V, p. 262) :

« Nicolas Romée, dit de Voutlion, religieux profès en l'abbaye de Cheminon, ordre de Cîteaux, diocèse de Chàlons, reçoit dispense de son abbé, à la requête de la Pucelle et par commandement du Roi, de suivre la dite Pucelle aux armées pour lui servir de chapelain et aumônier, comme étant son cousin g-ermain. »

2. 1"]. DE BouTEiLLEu ct G. DE Beaux, Noiivellcs rer/iercJies sur la famille de Jeanne d'Arc, pp. 9 et 10. — Probablement, la Pucelle n'appela son cousin auprès d'elle que postérieurement à la levée du siège d'Orléans et peut-être à la campagne de la Loire. La renommée devait alors avoir instruit Dom Thomas de ses hauts faits.

C'est ainsi qu'à Orléans elle se confessa phLsieurs l'ois à un I•e!i^ieux dominicain, nommé frère fiai'^nait' ; durant la campagne de Reims et de l'Ile-de-France, et même plus tard, au cordeliei' fière Richard^. De préférence, la jeune fille, au rapport de la Chronique de la Pucelle, s'adressait en confession à des gens « de grand dévotion et austère vie^ ». Elle recourait parfois aussi à des « gens doctes et à des maîtres en théologie. Lcs(juels assuraient n'avoir onques cognu une âme plus simple, himible et résignée à la volonté de Dieu, et que, n'ayant aucun sens acquis, elle estoil néanmoins douée de grand(;s parties, tant pour sa conduite parmy le monde que pour la piété^ ». Et tous, i-eligieux et docteurs, « disaient pleinement qu'elle était une bonne àme, une femme de bonne conscience-' », en un mot, « une créature de Dieu*^ ».

C'est donc au Puy-en-Velay que les deux compag-nons de Jeanne, Bertrand de Poulengy et Jean de Metz, avaient proposé au bon frère Pasquerel de devenir son aumônier. Ils s'y trouvaient en même temps (jue la mère de Jeanne, d'après le témoignage exprès du bon religieux. L'occasion qui avait attiré ces quatre personnes en celte ville était le jubilé solennel qui devait s'y célébrer le 25 mars de cette année. Ce jubilé avait lieu tou-

1. Procès, t. III, p. 119. Déposition du chevalier d'Armag'nac, bailli de Chartres. — Frère Baignart prêcha pour la fête du 8 mai à Orléans, en i435; il reçut pour honoraires 16 sols parisis. {Procès, t. V^, p. 809. Extrait des comptes et dépenses de la ville d'Orléans.)

Page 1