‹ Histoire Complete de la Bienheureuse Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 232 sur 306 · LA LETTRE AUX ANGLAIS · texte numérisé non relu

LA LETTRE AUX ANGLAIS

Au point de vue des évéucaieuts aunoncés, ou relèvera dans celle Lellre (piehiue cliose des prédiclious LMuises par la Pucelle à Poiliers eu présence des membres de la Commission, prédiclious que frère Seguin, religieux de l'ordre de Saint-Dominique, nous a fait connaître et dont Jeanne enlretenait Charles VII eu [)réseuce du duc d'Alen(;on.

La levée du siège cVOrlèans : — « Si ne faites la [)aix en la cité d'Orléans, duc de Bedford, il vous adviendra bientôt de g'rans dommages. »

Le sacre de Reims : — « V^ous ne tiendrez pas le royaume de France ; mais le tiendra le Roy Charles, vray héritier. » Celait après avoir été sacrés seulement que les rois de France révélaient aux reg-ards de leurs sujets leur caractère royal et tout leur prestige. Pour le peuple, sans le sacre, le Roi n'élait pas le Roi'.

La soumission de Paris à Charles VII : — « Cela est révélé par la Pucelle au roi Charles, lequel enirera à Paris en bonne compagnie. »

La déliurance du duc d'Orléans : — « Elle est venue cy de par Dieu pour réclamer le sang royal », pour réclamer la liberté du duc, prince de sang royal prisonnier.

Vexpulsion des Anglais du royaume : — « Je suis cy envolée de par Dieu pour vous bouter hors de toute France. »

Les historiens et les crititpies se sont donné beaucoup de mal pour déterminer exactement la mission de la

I. Il y a lieu d'être surpris que Jeanne, dans sa LeUre, ne mentionne pas catégoriquement le sacre du Dauphin et ne l'annonce pas ouvertement, comme elle le faisait chaque jour à Chinon et à Poitiers.

Il2() L.V JEUNESSE DE JEANNE d'aUC.

Piicellc. A noire sons, il n'y a (ju'à lire allenlivciiieiit celle lellre aux Anglais pour voir se dessiner clairement les grandes lignes de celte mission telles que nous les avons présentées ailleurs : elle commence à l'expulsion des Anglais de leurs bastilles d'Orléans, elle se termine à leur expulsion définitive du royaume. Jeanne d'Arc étant la cause de l'une a été, humainement parlant, la cause première de l'autre.

A la fin de la lettre, on lit cette phrase un peu mystérieuse : « Si vous lui faites raison, encore pourrez venir en sa compagnie là où les Français feront le plus beau fait que oncques fut fait pour la chrestienté. »

Et l'on se demande si Jeanne n'invitait pas le dnc de Bedford à quelque future croisade et ne la considérait pas comme le complément de sa mission totale, si Dieu eût prolongé sa vie'.

Nous ne voyons aucun inconvénient à nous prononcer pour l'affirmative. Oui, Jeanne se préoccupait des grands intérêts de la chrétienté : la France sauvée, on conçoit que volontiers elle fût partie en guerre contre les ennemis du nom chrétien, afin d'emj)êcher le croissant de Mahomet de remplacer la croix du Christ sur le dôme de Sainte- Sophie, à Constanlinople, et sur Saint-Pierre de Rome. C'est une des gloires de cette fille des champs d'avoir vu juste dans les questions intéressant l'indépendance et la vitalité de l'Europe. Elle savait que l'ère des croisades était plus que jamais ouverte : Guillaume Front lui en avait dit assez pour le lui faire couquendre'.

1. Voir sur ce sujet M. l'abbé Jouin, Jeanne d'Arc, page 97, note I ; 352, 354 ; ^20, note i, et dans l'abrégé du même ouvrage, pp. 128, 129.

2. Cette idée d'une croisade ayant la rucelle à sa tèle trouva créance

CIIAP. XII LA I.KTTRE AUX ANGLAIS, 4'-^7

Si l'du ne se liàtait de courir sus aux niusuliuans, un malheur irréparable allait se produire. Les princes chrétieus n'ayant pas vu ce péril ou n'ayant pas voulu le voir, vingt-cinq ans ne s'étaient pas écoulés, depuis la lettre de Jeanne à Bedford, que Constanlinople succombait; les ruines que les Turcs y avaient amoncelées étaient encore fumantes, lorscjue l'archevêque de Ileims prononçait la sentence en faveur de Jeanue réhabilitée. Quand les seigneurs et capitaines anglais eurent pris connaissance de la lettre que leur apporta le héraut de Jeanne, ils s'abandonnèrent à une irritation extrême. Ils se mirent à proférer contre elle toutes sortes d'injures, (( disant d'elle de moult vilaines paroles et la menaçant de la faire brûler" ». Ce (pi'il y eut de plus grave, c'est que, violant le droit des gens, ils retinrent prisonnier le héraut qui leur avait remis le message, et qu'ils songèrent à le faire brûler vif lui-même à la place de celle qui l'avait envoyé. Toutefois, ils n'osèrent exécuter celle résolution sans avoir pris l'avis de l'Université de Paris, et c'est ce délai (jui sauva le malheureux messagcM-".

en France et à l'élrang-er. Christine de Pisan {Procès-, t. V, p. 8a) écrivait que Jeanne

Des sarrasins fera essart

En conquérant la sainte terre.

Un des correspondants de la Chronique Morosini assure que l'héroïne « a promis à Charles VII de lui donner la Terre sainte et qu'elle l'y accompag^nera ». {Chronique citée, t. III, p. 85.)

Dans Jeanne d'Arc devant Vopinion allemande, p. 5, M. G. Goyau dit : « Un fait est certain, c'est qu'en il\il\, une pièce jouée à Ratisbonne assignait un rôle à la Pucelle. Ainsi, un peu partout dans la chrétienté, les imaginations avaient rêvé pour Jeanne la direction d'une croisade. »

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