‹ Histoire Complete de la Bienheureuse Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 231 sur 306 · Ihi<l · texte numérisé non relu

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3. IhiiL, p. 78. Déposition de Simon Beaucroix, écuyer du roi. [\. IbicL, p. 20. Déposition de François Garivel.

ClIAP. XII. — LA LETTRE AUX ANGLAIS. /(il

rait édile le 22 mars à Cliinon; la l)riisqiie demande qu'elle fil à Jean Erault, un de ses examinateurs de Poitiers, monire que l'idée de celle lettre la poursuivait et que la substance, sinon les mots, en était dès ce moment arrêtée dans son esprit.

D'après la Chronique de la Pucclle et le Journal du siêge\ c'est de Blois que la Pucelle, « en attendant la compa§"nie qui devait la mener à Orléans, envoya par un héraut aux chefs de g'uerre (anglais) qui tenaient le siège devant Orléans la lettre dont la teneur s'ensuit et est telle- » :

-{- JHESUS, MARIA f

« Roi d'Angleterre, et vous, duc de Bedfort, qui vous dictes régent le royaume de France; vous Guillaume de la Poule (de la Pôle), comte de Sulford (Suffolk) ; Jehan, sire de Talebot; et vous, Thomas, sire d'Escales (Scales), qui vous dictes lieutenant dudit duc de Bedfort, faicles raison au Roy du ciel; rendez à la Pucelle (jui est cy envoiée de par Dieu, le Roi du ciel, les clefs de toutes les bonnes villes que vous avez prises et violées en France. Elle est ci venue de par Dieu pour réclamer le sang- royal {les droits du sancf royal ou la délivrance du duc d'Orléans, prince de sang royal). Elle est toute prête de faire la paix, se {si) vous lui voulez faire raison, par ainsi que France vous mectrez jus {en vous retirant du territoire de France), et paierez ce que vous

1. Chronique de la Pacelle, p. 281. — Journal du siège, p. G2.

2. Nous reproduisons le texte de cette lettre tel qu'il se lit au vingtdeuxième article du Réquisitoire, pp. 240-241, du Procès de condamnation, 1. 1. Les mots entre parenthèses sont l'explication du vieux français employé par la Pucelle.

.'[22 LA .IKUNESSE DE JEANNE DAKC.

l'avez lenu {ot en nous payant les (lonimar/es que no:is nous avez causés).

« Et cnlre vous, arcliicrs, coinpaii^-iion.s de guerre, g'entils et autres qui estes devautla ville d'Orléans {gentils compagnons de guerre et autres), alez-vous ent en vostre païs, de par Dieu ; et se (si) ainsi ne le faicles, je suis chief de guerre' (chef de guerre), et en quelqui; lieu que je aciaindray (atteindrai) vos gens en F'rance, je les en ferai aler, vueillant ou non vueillant (qu'ils le veuillent ou non); et si ne vuellent obéir, je les feray tous occire.

« Je suis cy envolée de par Dieu, le Roy du ciel, corps pour corps ^, pour vous bouter liors de toute France. Et si vuellent (s'ils veulent) obéir, je les prendray à inercy. Et n'aiez poinl en vosti'e opinion, quar (car) vous ne lendrez (tiendrez) point le royaume de France (de) Dieu, le Hoy du ciel, filz (de) sainte Marie ; ainz le tendra (mais le tiendra) le roy Charles, vray héritier; car Dieu, le Roy du ciel, le veult, et lui est révélé par la Pucelle (et cela a été révélé par la Pucelle au roi Charles) leipu'l entrera à Paris à bonne compagnie'.

1. Dans l'interrogatoire du 22 février i^Si, Jeanne dit expressément que les mots cliefs de guerre, corps pour corps, rende: à ta Pucelle ne se trouvaient pas dans l'original de la lettre. [Procès, t. I, p. 55.) Ils ont pu y être insérés par le personnage qui écrivit sous sa dictée, car on les retrouve dans tous les textes de cette leUre (pie les chroniqueurs nous ont transmis.

2. M. Germain Lefcvre- Pont ails rapproche de cette tin de phrase deux lignes de la Chronique Morusini qui représentent la I*ucelie assurant le Dauphin que « avant la Saint-Jean d'été (1/129) il entrerait dans Paris ». Elle aurait ainsi proposé à Charles une marche sur la capitale, comme suite immédiate de la délivrance d'Orléans. Bruit qu'aucun document sérieux ne contii'nie. [Clirnnirjue citée, t. III, pp. /16-47.)

CHAP. M[. I.A LETTIUÎ AUX ANGLAIS. [\-l\\

« Se {si) ne voulez croire les nouvelles de pnr Dieu et 1;» Pucelle, eu quelque lieu que uou» vous Irouverons, nous ferrons {frapperons) dedans, et y ferons un si gi'ant lialiay {tainulte) que encore a-il mil ans {depuis mille ans) que en France ne fut si g-rant (// ri y en eut poinl en France de si grand), se {si) \ous ne faicles raison. Et croyez fermement que le Roj du ciel envoiera plus de force à la Pucelie que vous ne lui sariez mener de tous assaulx, à elle et à ses bonnes cens d'armes {ejue vous ne sauriez en rassembler contre elle et ses bonnes gens d'armes) et aux horions verra-on qui ara meilleur droit de Dieu du ciel {et aux horions qui seront échangés on verra bien qui aura meilleur droit du Dieu du ciel ou de vous).

« Vous, duc de Bedforl, la Pucelle vous prie et vous requiert que vous ne vous faicles mie deslruire {de ne pas courir à votre perte). Se (si) vous lui faicles raison, encore pourrez venir en sa compai;i;nie (vous pourrez vous joindre à elle), d'où (jue les Francliais feront le plus liel fait que oncques fut fait pour la clireslienté {et venir là où les Français feront le plus beau fait d'armes (jui fut jamais accompli pour la chrétienté). El faicles réponse se (si) vous voulez faire paix en la cilé d'Orléans; et se ainsi ne le faicles, de vos bien gcans dommages vous souviengiie biiefment (quil vous souvienne qu'il vous adviendra bientôt de bien grands dommages).

« Ecril ce mardi, sepmaiue saincte (ce mardi, dans la semaine sainte^). »

I. CeUe lettre, comme toutes celles qui nous restent de Jeanne d'Arc, fut dictée par elle, car elle iie savait pas écrire. Plus tard, pense-t-on, elle apprit sinon à lire et écrire couramment, du moins à signer.

424 I-V JEUNESSE DE JEANNE d'aRC.

Dans C(Misiiiot de Mon treuil et dans le Journal du siège liOrlikins, la lettre se termine ainsi :

« Esciipt le mardy de la grant semaine : Entendez les nouvelles de Dieu et de la Pucelle.

« Au duc de Bedford, qui se dit régent le royaulme de France pour le roy d'Angleterre'. »

Une copie de cette lettre, remontant à l'époque du procès de réliabilitation, copie dont l'original est perdu, mais dc^nt il reste deux transcriptions authentiques, porte à la fin : De par la Pucelle'.

Au point de vue de la langue, un juge compétent parle de la Lellre aux Anglais en ces termes : « Elle se ressent, il est vrai, de l'humilité où se tenait encore la prose française, mais on n'y trouve pas de tournure qui ne se rencontre dans les bons auteurs du temps. Le lang-age peut n'en être pas très bien ordonné, mais l'allure en est vive. Au reste, rien n'y sent les bords de la Meuse; il n'y sul^sisle aucune trace du parler lorrain et champenois. C'est français de clerc \ »

1. Chronique de la Pucelle, p. 288. — Journal du siège, p. 03.

2. J. Quicheral reproduit ceUe copie ;m l. V de son ouvrage, pp. 96-98. Il existe quelques différences entre ce texte et celui du procès : il est plus coulant, plus clair, plus explicite en quelques endroits; il y a même un membre de phrase cpi'on ne trouve pas ailleurs; mais, au fond, c'est la même lettre.

Au lieu des paroles : a Entendez les nouvelles de Dieu et de la Pucelle », que Cousinot de iNIontrcuil place à la fin de la lettre, Jeanne, d'après Mathieu Thomassin, « au-dessus des dictes lettres avait écrit : Entendez les merveilles de Dieu et de la Pucelle. » {Procès, t. IV, p. 3oG.)

Edmond Richer dit que la vraie date de cette lettre est le samedi saint 26 mars, non le mardi 22. Nous n'avons pu découvrir la raison de cette affirmation. Histoire de la Pucelle, liv. I, fo 84.

3. M. E. i.ang-lois, professeur à la Facullé des lettres de Lille, cité p:ir .M. .\. 1''r\N(:i:, Jeanne d'Arc, t. I, p. 298.

ClIAl'. XII.

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