‹ Histoire Complete de la Bienheureuse Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 234 sur 306 · JEANNE D ARC GUERRIERE ET TACTICIENNE · texte numérisé non relu

JEANNE D ARC GUERRIERE ET TACTICIENNE

Voilà donc Jeanne d'Arc en marche vers cette ville d'Oiléans qu'elle est chargée, dit-elle, de délivrer ; la voilà au moment d'accomplir le sig-ne extraordinaire qui d )it établir le caractère divin de sa mission. Il ne s'agit plus de parler, mais d'agir; de prier, mais de combattre, et de combattre des ennemis victorieux, pleins de confiance en eux-mêmes, vaillants d'ailleurs et nullement disposés à reculer. Les événements que nous allons bientôt rappeler montreront que la jeune Lorraine n'est point demeurée au-dessous de sa lâche et impuissante à tenir ses promesses. Lin personnag^e nouveau va se révéler en elle, personnage tout ditî'érent de la vierge à l'âme tendre, douce, pieuse, recherchant la solitude,, qui nous est apparue jusqu'à présent; c'est Jeanne homme de guerre, si nous osons ainsi parler, que nous allons avoir sous les yeux, au conseil et dans l'action, au repos el sur les champs de bataille : Jeanne non seulement g-uerrière, vaillante à l'égal des plus vaillants, mais, de plus, straté^isle et tacticienne.

A ce sujet, on a prononcé le mot de grand capitaine : ce mot ne saurait être justifié. La carrière militaire de la Pucelle a été trop courte, les atïaires qu'elle a coudui-

43o r,.V JliUNESSK \>K .lEANNE d'aRG.

tes n'ont pas clé d'assez liante importance pour iéi^ilimer un tel qualificatif. Et de ces affaires mêmes, il faut dire avec Dunois : (( C'est chose visible que les faits de Jeanne, à rarniée et à la guerre, procédaient de Dieu plutôt (juc de l'homme. — Eœ quibiis... videtur qiiod Johanna et ej us fada in exercita hellico potins crant a Deo qiiain ab homine\ »

Combien de temps a dure sa vie guerrière? Treize mois, et, à parler exactement, dix mois, pas davantage. Elle commence, fin avril i4^9, «vec le départ du corps de secours pour Orléans. Elle se termine à Compiègne, lorsque la vaillante jeune fille tombe entre les mains des Anglo-Bourguignons, le 24 mai i/i3o. L'intervalle des deux dates est de treize mois. Seulement, de ces ti'cize mois, il faut défalquer les trois premiers mois de i43o ('nouveau style), pendant les(]uels les ministres de Charles VII la tiennent au repos malgré elle. Restent dix mois d'activité.

Durant ces dix mois, à combien d'actions Jeanne a-t-elle pi'is part? A douze en tout, qui sont : la prise d'assaut des trois bastilles d'Orléans, des villes de Jargeau, ]Meung-sur-Loire, Saint-Pierre-le-Mouiier ; la capitulation de Beaugency; la tentative sur Paris, qui ne réussit pas; un siège avec échec, celui de La Charité; une victoire, celle de Patay; un combat heureux, celui de Lagny, car il ne faut pas compter la démonstration de Monlépilloy et le coup de main sur Pont-rEvê(|ue ; une sortie fatale, celle de Compiègne, et [las une bataille rangée.

A propos de Jeanne d'Arc et de ses actions d'éclat.

CUAP. XII. L.V LKTTUK AUX ANGLAIS. 'i'.U

on a prononcé les noms de Bonaparte et de la cani[)agne d'Italie, comme si ces faits d'armes pouvaient èlrc comparés.

Il nen est rien, ce nous semble, et la preuve est aisée à fournir.

La campag-ne d'Italie avait duré vin^t mois, dix de plus que les campag^nes de la Pucelle. Pour en célébrer la fin, il y eut au palais du Lu\em!)ouri^', le lo décembi'e 1797, une séance solennelle présidée par les chefs du gouvernement.

Pour principal décor, on vit le drapeau national présenté par les généraux Joubert et Andréossy, et, sur ses larges plis, briller en lettres d'or les noms de soixante-sept combats et de dix-huit batailles (jui avaient été autant de victoires'.

Nous sommes loin des douze faits de guerre qui ont marqué la carrière de la Pucelle. N'importe; ces faits-là, les premiers surtout, avaient un très haut prix. Ils annonçaient un temps où les tr(:>upes royales n'ir.iient plus de défaite en défaite; ils effectuaient la délivrance d'une ville qui était comme la clef des provinces cenli-ales du royaume; et, ouvrant la porte à toutes les espérances, ils apparaissaient comme le gag-e assuré de la \icloire finale qui devait en être la conséquence".

Mais sortons de ces considérations générales et recueillons, sur la Pucelle et ses qualités guerrières, l'opinion de ses contemporains. Tous ceux qui ont déposé au pru-

I. Voir dans A. Thiers, Histoire du la RhmJadon française, t. IX, pp. 3g5-4oi, édit. de 1827, le récit de cette fête triomplude.

•i. Cf. Jeanne d'Arc et sa mission d'après les documents, cliapitre vu : Jeanne et son intelligence des choses de la guerre; ses n.-r/iis c 'tcnderesquo:.

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ces de réhabilitation s'accordent à représenter Jeanne d'Arc comme une jeune fille naïve, innocente, « simple en toutes choses' ». Ni sa carrière publique, ni les débats de Rouen n'offrent d'incident en contradition ouverte avec ces lémoig-nag-es ; seulement^ ils permettent de saisir cette simplicité de Jeanne sous son vrai jour, car elle n'a rien de commun avec ce qu'on désigne ainsi chez les natures épaisses et bornées. En outre, les témoins les plus autorisés avancent qu'il y a des réserves à formuler. Si la jeune Lorraine est vraiment simple en tout, (( simple en toute manière, comme une pastourelle », dit Cousinot de Montreuil; « si simple que c'était merveille^ », dit maître Aignan Viole, il faut ajouter avec ce dernier : « hormis en un point, au fait de la g-ucrre^ ». En cette matière-là, déclarent avec maître Viole le comte de Dunois, le duc d'Alençon, le sire de Gaucourt, le chevalier Thibault d'Armagnac, le président Simon Charles, (( Jeanne était supérieurement experte ' ».

« Hors du fait de g-uerre, déposait le duc d'Alençon, Jeanne était simple comme une jeune fille; mais au fait de la g-uerre, elle était fort habile, soit à porter la lance, soit à rassembler une armée, soit à ordonner les batailles ou à disposer l'artillerie. Tous s'étonnaient de lui voir déployer dans la guerre la prévoyance et l'iiabilelé d'un capitaine exercé par une pratique de vingt ou trente ans. On l'admirait surtout dans l'emploi de l'artillerie où elle avait une habileté consommée ^ »

1. Déposition de Marg'uerite La Touroulde, /-'roc^'.»^, t. III, p. 87.

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