CHAP. XII. L.V LETTRE AUX ANGLAIS
qu'an colonel Bioltot et au iJ-énéral Ganonge, qui ont douné le leur eu 1907, couvieiiuenl que l'héroïne a fait preuve de vrais talents militaires.
Le capitaine Marin insiste sur ce point que l'habileté dont la jeune guerrière a fait preuve « ne lui est venue ni par la pratique des armes, ni par la lecture des campagnes passées, ni par la conversation des capitaines' )^.
Le général Davout, neveu du vainqueur d'Auerslaedt, fait les remarques suivantes " :
1° Jeanne avait les deux qualités maîtresses nécessaires à tout vrai capitaine : le courage moral qui inspire les grandes résolutions, et le courage phijsique qui domine les dangers.
2" Jeanne savait allier la sévérité à la bonté. D'une humeur inaltérablement douce, elle était ligoureuse aux pillards, honte et fléau des armées. Quels batailleurs lui furent plus dévoués que les deux seigneurs gascons, Poton de Xaintrailles et La Hire?
!> Jeanne avait grand souci du bien-être des hommes d'armes et veillait à ce qu'ils fussent bien restaurés avant d'en venir aux mains.
4° Jeanne n'était nullement fière, elle donnait l'élan par des mots qui se répétaient et qui décuplaient les courages.
5° Entreprenante et hardie, autant que circonspecte et sage, Jeanne avait au plus haut degré l'esprit d'initiative.
6° Elle avait au même degré l'esprit de persévérance.
1. Capitaine Marin, Le Génie militaire de Jeanne d'Arc. Paris, Baudouin, 1889.
2. V. Joseph Fabixe, Le Mois de Jeanne d'Arc, Avant-propos, p. i4 et suiv.
[\[\'2 LA JEUNESSE DE JEANNE I)'aR€.
(( Sus! SUS loujours! s'écriait-elle. Frappez dedans et tout sera votre. »
Confirmant par un exemple ces appréciations générales, le même officier rappelle la conduite de la Piicelle au siège d'Orléans et pendant la campagne de la Loire.
<( Quand j'étais en garnison à Orléans, dit-il, j'ai suivi pas à pas Jeanne sur le terrain de ses marches et contremarches, et je suis arrivé à cette conclusion qu'elle avait agi en général consommé. »
Quoiqu'il ne soit pas question d'un personnage de nos jours, quand on parle du chevalier Bayard, il y a profit à rappeler ses idées sur les qualités qui distinguent un vrai capitaine. C'est, disait-il, « assaut de lévrier, défense de sanglier, retraite de loup ».
Pour n'invoquer qu'une preuve, Bayard faisait « retraite de loup » et protégeait les troupes françaises, quand il fut frappé mortellement.
C'est en protégeant, à la sortie de Compiègne, la retraite de ses hommes d'armes que la Pucelle tomba entre les mains des Anglo-Bourguignons.
Ainsi que le capitaine Marin et le général Davout, le général Canonge et le colonel Biottot, après avoir procédé à l'examen critique des campagnes de Jeanne, aboutissent à la même conclusion. Le colonel Biottot n'affirme pas seulement la réalité du talent militaiie de l'héroïne; il parle de son « génie », et il ne craint pas de rappeler celui de Napoléon. En quoi, remarque-t-il, « nous ne cédons pas à l'envie du paradoxe ' ». N'a-t^on
I. Colonel Biottot, Les grands inspirés dpvanl la science. Jeanne d'Arc, p. i55. In-i8, Paris, 1907.
Général Canonge, Jeanne d'Arc. In-12, Paris, 1907.
CHAP. Xir. I,.\ LKTTRK AUX ANGLAIS. l\l\^
pas dit que « moins de huit jours après son entrée en cam[)aune, Jeanne avait g'agné une des quinze batailles décisives du inonde » ?
En cette bataille comme en tous ses succès, la science acquise n'a été pour rien. A l'instinct guerrier, à la sûreté du coup d'oeil, au i)on sens, à l'inspiration doit en être attribué le mérite.
Les officiers français ne sont pas les seuls qui aient voulu se rendre compte des qualités de Jeanne d'Arc guerrière : un officier russe, le g^énéral Dragomirov, a suivi leur exemple et publié dans la Revue des Deux- Mondes, i*"" mars 1898, le résultat de ses réflexions. De cet article, remarquable à bien des ég-ards, nous détachons les passages suivants :
« Comme Jeanne comprend les vérités militaires ! Comme elle voit clairement que là où le brave se risque. Dieu aide au moins vaillant^ \ qu'il faut pousser droit au but; qu'ayant commencé à frapper, il faut frapper jusqu'à la fin, sans donner le lenq)s à reuueini de se reconnaître; que l'impétuosité est bonne au début d'une action , mais que seule la jiersévérance va jusqu'au terme; que perdre du temps, c'est quelquefois perdre la partie!... Sans la présence de Jeanne, les trois assauts des bastilles angolaises à Orléans se seraient terminés par des insuccès ^... »
Si l'élan est bon, l'opiniâtreté est meilleure. Une femme apprend cela à des liommos.
Pour donner à ses appréciations la consécration des