‹ Histoire Complete de la Bienheureuse Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 240 sur 306 · LA LRTTRE AUX ANGLAIS · texte numérisé non relu

LA LRTTRE AUX ANGLAIS

QUE PENSENT DE JEANNE GUERRIERE LES STRATEGISTES ET GÉNÉRAUX d'aUJOURd'iIUI.

Les slratégistes qui jugent aiijourcriiui Jeanne giierlièrc et capitaine sonl de deux sorles. Il y a les hommes de lettres qui s'improvisent slialégistes « en cliamhre » et il y a les engag-és dans la carrière des armes, parlant de choses qu'ils ont étudiées et expérimentées. Ecoutons les uns et les autres.

A la tète des hommes de lettres qui se sont tout récemment improvisés « stratégistes », se présentent deux membres de l'Académie française, M. v^nalole France et M. Emile Faguet.

M. A. France n'use pas d'euphémismes : il dénie à la Pucelle tout talent et toute habileté au fait de la guerre; il ne convient que de son courage. « On entend^ écrit-il, des officiers discuter le génie tactique de Jeanne d'Arc. Elle n'avait qu'une tactique : empêcher les hommes d'armes de blasphémer et de mener avec eux des ribaudes. C'était là toute sa science militaire, hors toutefois qu'elle ne craig-nait pas le danger. »

Le même écrivain ajoute : a Elle ne conduisait pas les gens d'armes; les gens d'armes la conduisaient, la tenant non pour chef de g-uerre, mais pour portebonheur. )) Aussi la Pucelle n'a-t-elle été pour rien dans la délivrance du teriiloire : elle l'a plutôt retardée'.

I. A. Frange, Vie de Jeanne d'Arc, t. I, pp. xlvi, xlvii, 43o. —

440 LA JEUNESSE DE JEANNE d'aRC.

L'auteur convient toutefois que « quand cliacun songeait à soi, elle songeait à tous ». Ce n'est pas là le [)iopre d'un chef qui se laisse mener.

A la suite de son collègue et ami, M. Emile Fag"uel se pose la question : « Jeanne fut-elle une femme de g-énie? Eut-elle l'intuition de l'art de la guerre?» Et il répond :

<( Je suis, à très peu près, de l'avis de M. France. Cependant, ajou(e-t-il. il ne faut pas trop diminuer Jeanne de ce côté-là. Cette jeune fille, ignorante, très littéralement délivra un g-rand pays du joug de l'étranger ' . »

En désaccord sur ce point avec M. A. France, M. Emile Faguet lui concède néanmoins l'absence chez l'héroïne de toute science militaire, intuitive ou acquise.

Qu'il nous suffise de constater que nos deux académiciens, en ce point, se mettent en contradiction formelle soit avec les capitaines contemporains de la Pucelle, soit avec la plupart des officiers de nos jours qui, dans ces dernières années, ont abordé ce sujet.

Depuis 1889, neuf officiers ou généraux français au moins se sont appliqués à contrôler, par des recherches spéciales, les appréciations des compagnons d'armes de la Pucelle sur ses qualités militaires et ses talents de stratégiste. De ces neuf officiers, sept, depuis le capitaine Paul Marin, qui publia son travail en 1889, jus-

Dénier à Jeanne toute initiative en matière militaire, c'est se mettre en contradiction ouverte avec les documents. Ce qu'ils rapportent de la levée du siège d'Orléans, des campag-nes de la Loire et de lieims et de la tentative sur t^aris met le contraire en pleine évidence.

I. Annales liftérnires du lO janvier 1908 : directeur, Adolphe Brissoii.

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