‹ Histoire Complete de la Bienheureuse Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 244 sur 306 · DE L\ CHRONIQUE DE LA PUCELLE · texte numérisé non relu

DE L\ CHRONIQUE DE LA PUCELLE

L'une des Chroniques les [)lus intéressantes concernant Jeanne d'Arc étant la CJivoiiique dite d^ la Piicelle, dont l'auteur présumé serait Gousinot de Montreuil, fils de Guillaume Cousinot, auteur de la Geste des Nobles franrois, elle sera la première dont nous entretiendrons le lecteur.

La Chronique de la Piicelle a été publiée pour la première fois en 16G1, par Denjs Godefroy, conseiller et historiographe de Louis XIV, dans son recueil des historiens de Charles VH, d'après un manuscrit ancien de cette Chronique. Ni ce manuscrit, que Godefroy avait eu entre les mains, ni aucun autre du môme temps ne sont parvenus jusqu'à nous. Il n'existe qu'une transcription mise au net du texte dont Godefroy s'était servi, transcription que cet érudit avait fait exécuter lui-môme. On la trouve à la bibliothèque de l'Institut, dans le volume in-folio qui porte le n» 245 des manuscrits de Godefroy. C'est le texte de ce manuscrit ramené à sa forme primitive que, postérieurement à la publication de J. Quicherat, Vallet de Vlriville a fait paraître en iSSg, avec Notes historiques et critiques, in-iC), Paris.

Dans un Mémoire lu à l'Académie des inscriptions et belleslettres en août-janvier (i855-5C)), Vallet de Viriville s'est proposé d'établir que la Chronique de la Pucelle a pour auteur

AlU'ENDICK I. CUIIONKJMKURS FRANÇAIS. /j 5 I

Guillaume Cousinot dit de Montreuil (d'une terre qu'il avait achetée), pour le disting-uer de Guillaume Cousinot, chancelier du duc d'Orléans dès i4i5, président à mortier du Parlement de Paris en i439, et auteur de la Chronique dite la Geste des Nob les fra n ço is .

Guillaume Cousinot dit de Montreuil était fils du chancelier d'Orléans et naquit vers i4oo'. En i45o, il acquit la seig-neurie de Montreuil, aux portes de Paris. A partir de i438, on le voit désig-né comme secrétaire de Charles VII (peut-être l'était-il dès 1429), comme maître des requêtes et conseiller; en i/|42, il est premier président delphinal. De i438 à i449, il est chargé de nombreuses missions administratives et diplomatiques. Il est fait chevalier au sièg-e de Rouen, bailli de cette ville, membre du conseil du roi. Prisonnier des Ang-lais en i45i, à la suite d'un naufrag"e, Charles VII lui vint en aide pour payer la rançon élevée qu'on lui demandait. Après avoir fermé les jeux à Charles VII (22 juillet i46i), il fut nommé par Louis XI chambellan et devint l'objet d'une faveur qui le suivit jusques sous Charles VIII. Il mourut vers i484.

Cousinot de Montreuil a laissé de nombreux écrits, des relations de ses ambassades, des pièces politiques etdiplomatiques. Mais l'ouvrage qui lui fait le plus d'honneur et g-râce auquel la postérité ne l'oubliera pas, est la Chronique de la Piicelle. Cet ouvrag-e faisait partie d'un travail historique considérable, comme l'indique le début du premier chapitre : « S'ensuivent les gestes et aucunes choses advenues du temps du très chrestien et très noble roy, Charles septiesme de ce nom, etc. »

L'auteur commence son récit à l'avènement de Charles VII et le poursuit jusqu'en septembre 1429. Cousinot fut-il oblig'é d'interrompre son travail et n'eut-il plus le loisir de le reprendre? C'est l'explication que paraît adopter Vallet de Viriville {op. cit.., p. 55). Mais elle est malaisée à défendre, vu la lon-

I. D'après Vallet d.^ V^iriviile, (jousinot de Monlretiil n'aurait été que le neveu de Cousinot le Chancelier. Des recherches de Boucher de Molandon et de deux pièces (du G juin i43i et du lei' août if\!\i) retrouvées par M. Doinel, archiviste du Loiret, il résulterait qu'il serait soa fils. (Cf. l'étude sur Jacques Boucher, trésorier du duc d'Orléans, par Boucher de Molandon, dans le tome XIII des Àféinoires de la Société archéologique de l' Orléanais.)

gxxi vie de Gousinot de Montreuil. Ne serait-il pas plus logique de penser que la suite et la fin de la Chronique se sont perdues injuria temporuni ? II ne paraît pas possible qu'une narration à laquelle l'auteur s'intéresse aussi vivement ait été suspendue et délaissée de gaieté de cœur, aljr.s surtout qu'il avait sous la main les sources d'informations les plus précieuses et les plus authentiques, en particulier, après i456, le texte officiel des deux procès. L'intelligence avec laquelle il s'est servi de ces informations dans la partie de son ouvrage que nous possédons, fait regretter plus vivement celle que nous ne possédons pas.

On a remarqué que l'auteur de la Chronique de la Piicelle rend compte, pour ainsi dire à chaque page, des séances du Conseil privé de Charles VII, et que son style est celui d'un membre de ce Conseil.

Bien des circonstances qu'il rapporte, il les tient « des plus grands capitaines » de l'armée : « Si nous dirent et rapportèrent les plus grands capitaines des Français que... » [Chronique de la Pucelle, p. 290.)

Il nous donne sur le séjour de Jeanne à Poitiers les détails les plus intéressants, et l'on sent bien qu'il ne raconte que ce dont il a été témoin, séjournant lui-même alors en cette ville.

J. Quicherat (Procès, t. IV", pp. 2o3-2o4) ne fait pas grand cas de la Chronique de la Pucelle. Il j voit une copie légèrement modifiée de Jean Chartier et du Journal du siège ; ce qui en reculerait la composition au delà de 1467. hypothèse difficile à concilier avec ce que l'auteur dit des grands capitaines, ses contemporains. Quant aux emprunts faits à l'ouvrage du premier Cousinot, Geste des Nobles françois..., ils ne sont nullement dissimulés et n'indiquent qu'une négligence de composition. L'auteur de la Chronique de la Pucelle en use simplement comme d'un bien de famille.

Vallet de Viriville (op. cit., p. 62), d'accord avec Godefroj, est, au contraire de J. Quicherat, d'avis que Jean Chartier, moine de Saint-Denis et chroniqueur du Roi, aussi bien que les bourgeois et clercs, auteurs du Journal du siège, ont mis à contribution la Chronique de la Pucelle. Comme le dit l'historien de Charles Vil, cette univre « serait toujours la source excellente et primitive, à laquelle beaucoup d'autres

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récits, estimables eux-mêmes, auraient été puisés. » {Ibid., p. 05.) Elle aurait été écrite de 1489 à i45o, d'après Valiet de Viriville; après i^oC), d'après J. Quicherat.

A l'autorité et à l'exactitude des informations, la Chronique de la Puce/le joint une naïveté et un charme de récit ])eu ordinaii-es. L'auteur admire, aime, vénère son héroïne; après avoir lu sa Chronique, il est difficile de ne pas l'admirer, la vénérer et l'aimer.

L'édition que nous citons dans le cours de cette Histoire est celle que Valiet de Viriville a publiée sous ce titre :

Chronique de la Pucelle ou Chronique de Cousinof, d'après les manuscrits, avec Notices, Notes et développements, I vol. in-i6; Paris, i85q.

JOURNAL DU SIÈGE d'oRLÉANS ET DU VOYAGE DE REIMS.

C'est le titre que J. Quicherat, dans le IV» volume de sa publication sur Jeanne d'Arc, pp. 94-202, donne à une Chronique imprimée et publiée à Orléans, en 1676, par Saturnin Ilottot, sous cet autre titre un peu prolixe mais significatif; nous l'avons relevé dans l'exemplaire de la Bibliothèque nationale que nous avons eu entre les mains :

« L'Histoire et Discours au vray du siège qui fut mis devant la ville ^/'Orléans, par les Anglais, le inardy, 12^ jour d'octobre 1^28, régnant alors Charles F//, de ce nom, Roy de France.

« Contenant toutes les saillies, assauts, escarmouches et autres particularités notables qui de jour en jour j furent faictes; avec la venue de Jeanne la Pucelle, et comment par g'râce divine et force d'armes elle feist lever le siège de devant aux Ang-lois;

« Prise de mot à mot, sans aucun changement de langage, d'un vieil exemplaire escript à la main en parchemin, et trouvé en la maison de ladicte ville d'Orléans.

« Imprimé à Paris, par Saturn v Hottot, libraire et imprimeur juré de la ville d'Orléans, demeurant en [la rue de l'Escrivainerie, 1M.D.LXX\L Avec privilège du Roy. »

454 1-A jp:ijm;ssk ue .ika.n.m-: u'auc.

!)';.[. ivs MM. Paul Cliarpoiitier et Charlos Cuissanl. Oïlrauais. (|iii ont publié en iH;)*) une l'dition du Joi/r/iaf tlii Sii'i/c (!'( ti'lt'diis, revue sur les copies du iiiaiiusciit le plus ancien, le litre véiitaldo du Journal serait le suivant :

« Petit traictié par manière de Cronique, contenant en hrief le sièi;e mis par les Ang-lois devant la ville d'Orléans, et les s;iillves, assauts et escarmouclies ([ui durant le sièye v Turent laides de joui' en jour; la venue et vaillants faicls de Jeliannc la Pucelle, et commejit elle en feisl partir les An^lnis et enleva le sièt>-e par grâce divine et force d armes, 1/4 'jH. »

Saturnin Hottot avait gardé l'essenliel du litre en v ajoutant la phrase qui termine le sien.

J. Quicherat se demande à quelle époque remontait l'exemplaire (le l'hôtel de ville re[)roduit par l'imprimeur Hottot. A son avis, il ne remontait guère au ilelà de i4'"'*"'. «lu moins pour sa forme actuelle. D'après cet érudit, il faudrait distinguer entre la partie qui relaie les laits du siège proprement dit, et ceux qui se rapportent à la cam[)agne de la Loire et au .sacre de Reim.s. Rien n'empêcherait que la première partie n'ait été composée au cours des événements. (Juant à la seconde, comme elle contient des réminiscences manifestes de Berri et de J. Chartier, elle paraît i)0stérieure à la Chronique de ce dernier, en sorte que l'original reproduit aurait été mis au net entre i4<>2 et i4*^7- A l'appui de son explication, J. Ouicherat invoque ce fait-ci, signalé par Faillie Dubois, chanoine d'( Orléans, d'après les manuscrits du sieur Polluche, érudit Orléanais du di.x-huitième siècle. En i4<iO, un clerc Orléanais, « notaire en cour d'Église », nommé I^ierre Souhsdan ou Soudan, écrivit « en parchemin la manière du siège d'Orléans, tenu par les Anglais en 1428-14^9 », et reçut de la ville pour rémunération de ce travail onze sols parisis.

Les nouveaux éditeurs du Joiinud du Siège sont d'un avis opposé à celui de J. Quicherat. D'après eux, les deux parties du Journal auraient pour auteur un Orléanais, du moins pour l'ensemble du récit; l'unité (jui y règne en fournit la preuve. Cependant ALM. Charpentier et Cuissard' admettent

I. I'acl Chvupkntieh et Chaules CuissAno, Journal du Siègi' t/'()/-l''(iiis, pp. XIX cl sniv.

API'ENDICE I. CHRONIQUEURS FRANC VIS. l\Ô7)

([lie l'original a dû être rol)jet de retouches maladroites, faciles à reconnaître • les unes constituant des erreurs de détail, d'autres consistant en incises, en transpositions qu'il est aisé de faire disparaître de manière à rendre au Journal son unité première'. La conclusion des éditeurs Orléanais est la suivante : « Le Journal a été fait en 1428-1429, au jour le jour; mais un compilateur, un copiste probablement, a complété le texte primitif en y intercalant des additions parlailement distinctes'. »

Les mômes érudits, dans leur publication, ont reproduit le manuscrit de Saint-Victor, comme l'avait fait Quicherat : J. Hottot se serait, à leur jugement, rendu coupable de trop de modifications au texte primitif et de retouches maladroites. Il ne paraît pas cependant qu'il j ait introduit aucune altération substantielle.

Quant aux inexactitudes et cà la partialité que l'abbé Dubois reproche aux auteurs du Journal, l'importance n'en est pas grande^ : rien n'est parfait sous le soleil; nombreuses restent les pages de cette Chronique propres à renseig'ner sûrement et à intéresser vivement les historiens de Jeanne d'Arc.

L'édition que nous citons dans la présente Histoire est celle de MM. Paul Charpentier et Charles Cuissard :

Journal du Siège d'Orléans, 1428-1429, auf/nicnfé de plusieurs documents. In-80, Orléans, 1896, H. Herluison , libraire-éditeur.

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