EDMOND RICUER, DOCTEUR EN SORBONNE
I. Sa vie. — Edmond Richer naquit cî Chaource, aujourd'hui du diocèse de Troyes, en Ghampag-ne, le 3o septembre loGo, de parents peu fortunés, et mourut à Paris le 28 novembre i63i. A dix-huit ans, il vintà Paiis; il fut reçu maître es artSj soutint ses thèses de docteur et s'adonna à la prédication. En 1694. il devenait ^rand maître et principal du collège du cardinal Lemoine. En lOoo, il était nommé censeur de l'Université. En 1606. il composait une apolog-ie en faveur de Gerson. Le 2 janvier i()o8, il était élu syndic de la Faculté
472 I-^ JEUNESSE DE JEANNE d'aUC.
de ihéolof^ie de Paris, (jallican déclaré, il l'ut l'adversaire des jésuites.
Son livre sur la « puissance ecclésiastique et |)oliti(iue », qu'il composa en 161 1, lui attira mille tracasseiies et persécutions. Les évoques de plusieurs provinces censurèrent l'ouvrag-e. On parla d'enlever l'auteur et de l'emprisonner comme hérétique, de le déposer du syndicat. En efl'et, en 1G12, il était déposé par lettres patentes du roi.
Cependant, la même année, Riclier obtenait un canonicat à Notre-Dame. Les luttes doctrinales qu'il ne cessa de soutenir remplirent le reste de sa vie. Le cardinal de Richelieu même se déclara contre lui. Richer mourut après sept mois de maladie, le 28 novembre i63i, et fut inhumé dans la chapelle de la Sorbonne.
(Voir la Vie d'E. Richer, par Adrien Baillet, in-12, Amsterdam, M.D.CC.XV.)
Sur les doctrines théologiques de Richer, on lira avec intérêt le livre de M. le chanoine E. Pu vol : Edmond Rie/ter, Etude historique et critique sur la rénovation du (jallican isme au commencement du dix-septième siècle, 2 volumes in-8°, Paris, Th. Olmer, 1876.
2. Son Histoire de la Pucelle d^ Orléans. — Dans la préface de cet ouvrage laissé manuscrit, o.i Advsrtissement au lecteur, Edmond Richer fait observer, comme le faisait, en 1817, Le Brun de Gharmettes, qu'au moment où il l'écrivait, il n'existait pas de récit complet et suivi des faits et g-estes de la Libératrice d'Orléans. « Auparavant ce jour d'huy, dit-il, l'histoire de la Pucelle d'Orléans n'a été traitée que par lambeaux ou parcelles, laquelle nous expliquerons en quatre livres et ferons voir que jamais histoire humainement écrite ne fut plus véritable, comme prenant son jour et lumière très certaine des ennemis conjurés de la France et de la Pucelle. — Tout ce que nous déduirons, ajoute Richer, est recueilli de pièces originales bien authentiques. »
Et au premier rang- il place, avec le Journal du siège d'Orléans, « le procès que les Ang-lais firent à la Pucelle », procès dit de condamnation, dont il a eu en mains l'original scellé de deux sceaux : l'un g-rand, de l'évêque de Beauvais; l'autre, plus petit, (le frère Jean Lemaître, inquisiteur de la foi; et.
APPENDICE II. EDMOND RIGIIER. [\']'i
en outre, le texte du procès de revision dont il a eu « deuxoriginaux, l'un du trésor de Notre-Dame de Paris, l'autre de la bibliothèque de M. Du Lis, conseiller du Roy et son advocat g-énéral en la cour des aides » .
Richer déclare avoir eu aussi entre les mains les six traités présentés par les avocats de la famille de Jeanne d'Arc aux jng-es de la réhabilitation, traités dont cinq portent les noms de Jean Gerson, d'Hélie de Bourdeilles, de Frère Jean Bréhal. de Robert Cibole, de Guillaume Bouille; le sixième ne porte d'autre indication de nom d'auteur que les trois lettres capitales xM. E. N'.
Outre ces mémoires, Richer dit avoir consulté les écrits de Paul Pontanus, de Théodoricus (Théodore de Leliis), canonistes romains, et de Thomas Basin « grand jurisconsulte ». Il a pu aussi se procurer le « sermon que maître Guillaume Érard, docteur en théolog-ie de Paris, fit à Rouen, au cimetière Saint-Ouen ». Tous ces mémoires et traités lui ont g-randement servi pour l'exposé et la discussion canonique du procès de Rouen.
h' Histoire de la Pucelle par Richer est donc divisée en quatre livres. Le premier « contient bien exactement la vie de cette fille recueillie tant de ses propres dépositions que de celles des témoins qui ont été ouïs en la revision du procès.
« Le second est l'examen de tout son procès.
f( Le troisième est la revision d'iceluy.
« Le quatrième contiendra desélog'es de Jeanne, extraits de divers auteurs de toute nation. »
Il eut été beaucoup « plus facile à l'auteur de l'écrire en latin qu'en lang-ue vulg-aire. Néanmoins, observe-t-il, pour faire connaître à ma patrie combien, après Dieu, elle est oblig-ée à cette fille qui ne parlait que très bon français, j'ai mieux aimé l'écrire en notre langue afin que ceux qui n'entendent pas le latin, et même les femmes et les jeunes filles, y puissent profiter^ ».
1. J. QaiCHERAT {Procès, t. V, pp. 403, 4G/|) propose de remplacer N. par C, et de voir en ces trois majuscules les initiales des trois mots suivants : Martimis Episcopus Cenoinanensis, Martin (Berruyer), évèque du Mans.
2. E. Richer, llistoice de la Pucelle (VOrléaiis:, Adverlissement
474 f'V .lEUiNESSR DR JEANNE d'aKC.
On a l)eaucoup loué la publication qu'a faite J. Quicheiat du texte des deux procès et des Chroniques, pièces diverses, notes qu'il y a ajoutées. S'il eût découvert les manuscrits mêmes, ou s'il eût écrit de Jeanne d'Arc une de ces histoires mag-istrales qui ne laissent plus rien à tenter en ce genre, on ne l'aurait pas loué davantag-e.
Cette idée de publier et de vulgariser le texte manuscrit des deux procès, Edmond Richer l'avait eue en 1628; nous l'avons rappelé dans notre Introduction : Richer offrait même g-énéreusement « sa peine et son travail à revoir et conférer les copies et Impressions sur les originaux' ».
Il a traduit — nous l'avons remarqué ailleurs — tous les interrogatoires du procès de condamnation et les pièces principales des deux procès, et il a fait suivre les interrog-atoires et plusieurs de ces pièces d'avertissements et de réflexions critiques dont l'ensemble constitue, au point de vue théolog-ique, canonique et critique, une discussion peu banale de l'œuvre de mauvaise foi élaborée par les jug-es de Rouen.
Presque tous nos récents historiens de Jeanne d'Arc citent deux ou trois pages de Richer qu'on lit avec un intérêt véritable. Après les avoir parcourues, il n'est personne qui ne convienne que Richer ne soit ce qu'on appelle un autour estimable.
A tous les lecteurs sérieux, et principalement à ceux qui tiennent à se rendre compte des choses et qui, par la variété et la solidité de leur savoir, sont en mesure de le faire, nous nous permettrons de signaler non pas deux ou trois pages du docteur de Sorbonne, mais le livre deuxième tout entier de son Histoire de la Pucelle, c'est-à-dire les deux cent trente et un feuillets à recto et verso, en d'autres termes les quatre cent soixante-deux pag-es in-folio qu'il consacre au récit et à la discussion du procès de Rouen. Lorsque les lecteurs seront arrivés au bout de ces pag-es, ils jug-eront, nous n'en doutons pas, que l'auteur mérite mieux qu'une estime l^anale et que,
au lecteur, f"s i-l\. Manuscrits de la Bibliothèque Nationale, fonds français, cote iol\[\%.
I. J. OuiCHERAT, Procès, t. V, pp. 38(), 390. — K. Richkh. Ilisto're e( Adverlisseinenl cités.
APPENDICE II. LENGLRT-DUFUES.NOY. [\']^)
VU la dalo tle son ouvrage, il a dioità l'une des iilaces les plus honoral)les parmi les historiens de la honne Lorraine',
LENGLET-DUFRESNOy (lG74-I755).
Cet érudit du dix-luiitiènie siècle publia son histoire de Jeanne d'Arc deux ans seulement avant sa mort (1753), sous ce titre : Histoire de Jeanne dArc, vierge, héroïne et martyre d'Etat, trois volumes in-S», Orléatis et Paris, 1753,
Il allait en donner une édition nouvelle, avec le résumé des pièces principales du procès, lorsqu'il mourut {l'^ôb). Le prospectus seul de cette édition projetée parut en 1754, formant une demi-feuille in-4°.
Celte histoire de la Pucelle est ainsi divisée, dans l'édition en trois volumes publiée à Amsterdam en 1769 :
Préface, contenant un certain noml)re de pages sans numéros.