LE BRUN DE CHARMETTES, SOUS-PRÉFET DE SAINT-CALALS
Cette histoire en quatre volumes est la première qui ait paru au dix neuvième siècle.
L'auteur connaissait l'histoire manuscrite d'Edmond Ricliei-, et il y avait appris à quelles sources il fallait puiser. 11 appréciait aussi ."i leur valeur les travaux de L'Averdy sur les deux procès, et il en a résumé une partie au livre XV de son Histoire.
Dans son Discours /jréliniiiiaire. Le Brun de (^harmettes
API'KNDICE II. LE BIUJN DE CIIAIUIETTES. 477
écrivait ces mots déjà cités : « Jeanne d'Arc sauva la France, et les Français ne possèdent pas encore une seule histoire complète et régulière de cette héroïne. » {Histoire, t. I, p. m.)
L'auteur de la nouvelle Histoire nourrissait-il l'espoir de combler cette lacune? 11 n'est pas téméraire de le penser. Mais le trésor des documents sur Jeanne d'Arc s'est tellement enrichi depuis la publication de son ouvrage, qu'il a laissé encore beaucoup à faire. Certainement, si Le Brun de Charmettes donnait une édition nouvelle de ses quatre volumes, il sacrifierait ou réduirait considérablement Y Introduction de deux cents pages dans laquelle il recherche les causes de la rivalité des Français et des Anglais. (T. I, pp. 1-120.)
Il retrancherait du second volume la lettre qu'il prête à Charles VII en réponse à celle du duc de Bedford. (T. II, pp. 344-
Et, dans l'exposé du procès, il ne passerait pas sous silence des textes aussi importants que les soixante-dix articles du Réquisitoire.
Le Brun de Charmettes a écrit un peu trop dans le goût déclamatoire du discours que Mézeray en son Histoire de France prête à Jeanne d'Arc sur le bûcher.
Mais quand il aborde les divers systèmes par lesquels on a essayé d'expliquer la mission de l'héroïne, il ne se préoccupe plus que d'être logique et sensé.
Il se demande, tout à la fin, pourquoi Calixte III n'a pas canonisé la Pucelle. Et il répond, estimant, à tort ce semble, la question déjà m Are :
« Est-il si difficile d'en deviner la véritable cause? Une puissante raison politique, le désir de ne pas se brouiller avec l'Angleterre, ne peut-il pas l'en avoir empêché? »
Sa déclaration dernière est celle-ci :
« Que si l'on demande à l'auteur de cette histoire quelle est son opinion particulière sur Jeanne d'Arc et les merveilles de son avènement, il se contentera de répondre dans toute la simplicité de son cœur :
« Je suis Français!
« Je suis chrétien! » (T. IV, pp. 4^^-4^tJ-)
^7^ LA JEllNE.SSr; DlC JEANNE D*AKC.
FRANÇOIS DE l'aVERDY.
Clément-Charles-Fi-ançois de L'Avcrdy naquit à Paris on 172801 mourut, sur l'échafaud, le 24 novembre 1798, victime de la Terreur.
Il était conseiller au Parlement lorsque sa réputation de probité et la protection de M'"'' de Pompadour le firent nommer en 1763, à la place de Berlin, contrôleur général des finances. On attendait du nouveau contrôleur les réformes nécessaires; on ne lui en donna pas les moyens. Il fallut recourir à une aiig-mentation d'impôts. On ne tint pas compte à L'Averdy du bien qu'il avait fait et auquel Voltaire rend hommag-e, et Choiseul le fît remplacer en 17G8.
L'Averdy se relira dans sa terre de Gambais, près de Montfort- l'A maury.
Devenu libre, comme il était membre honoraire de l'Académie des inscriptions et belles-lettres depuis 1764, il consacra à des recherches d'érudition le temps que ne réclamait pas la surveillance de son domaine, et il composa ses Notices sur les deux procès de la Pucellc.
Aux mauvais jours de la Révolution, les ennemis de l'ancien régime se souvinrent du passage de L'Averdy aux affaires. Traduit devant le tribunal révolutionnaire, il fut condamné à mort et exécuté.
L'Averdy a laissé plusieurs mémoires qui témoignent de son érudition. Mais ceux qui lui font le plus d'honneur et préserveront son nom de l'oubli sont ses deux Notices sur hs deux procès. On les trouve dans les Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, au tome troisième des Notices et Extraits des manuscrits de la Bibliothèque du Roi, imprimerie royale, MLGGXC.
La Notice sur le premier procès a pour titre :
Notice du Procès criminel de condamnation de Jeanne d'Arc, dite la Pucelle d'Orléans, tirée des différents manuscrits de la Dibliothèciue du Roi.
APl'ENDICK H. FRANÇOIS DE L AVERDY. 479
Elle est divisée en quatre parties. La première comprend les préliminaires du procès. La deuxième va jusqu'aux douze articles. La troisième jusqu'à l'abjuration. La quatrième expose le procès de rechute jusqu'aux incidents qui suivirent le supplice de la condamnée.
La Notice sur le second procès a pour titre :
Notice du Procès de revision et d'al)solntion de Jeanne d'Arc, dite la Pucelle d'Orléans.
Quatre parties la composent. La première concerne les procédures suivies jusqu'au jug-ement définitif. La deuxième résume les enquêtes jusqu'au moment où les juges dy Rouen entrent en scène. La troisième — la plus importante — passe au crible les actes du procès de Rouen jusqu'à la sentence du Vieux-Marché. La quatrième reproduit l'avis des docteurs qui ont été consultés et la sentence finale des juges de la revision.
Indépendamment de ces deux Notices, ce même volume des Mémoires de l'Académie contient :
1° Des réflexions de L'Averdj sur la conduite de Charles VU, pendant la captivité de la Pucelle.
2" Une Notice générale historique et critique des ving-t-huit manuscrits concernant les procès et l'histoire de Jeanne d'Arc; notice remarquable à to\is égards et à laquelle, de l'aveu même de J. Quicherat, il n'y a à peu près rien à ajouter.
3° Une dissertation sur les minutes originales des deux procès de condamnation et d'absolution de Jeanne d'x\rc. Question que n'a pas traitée J. Quicherat et sur laquelle après L'Avcrdv il n'y a pas grand'chose à dire.
On trouvera dans nos Etudes critiques, troisième série, page 99, les jugements flatteurs portés par Daunou, Michaud, Walckenaer sur les travaux de L'Averdj. Nous nous bornerons ici à rappeler celui de Jules Quicherat :
« L'honneur, dit-il, restera à M. de L'Averdj d'avoir composé le premier répertoire exact, le premier ouvrage digne de la science moderne. Et notre siècle lui doit d'avoir eu la matière toute prête pour traiter l'hlstoiiede la Pucelle, après que l'expérience des révolutions l'eût mis à même de saisir toute la beauté d'une telle histoire'. »