I. — Vie de Jules Quicherat
Jule.s-Étienne-Joseph Quicherat naquit à Paris, le i3 octobre i8i4 : il devait y mourir le 8 avril 1882, dans sa soixantehuitième année.
11 était le dernier enfant d'un simple ouvrier ébéniste qui était venu de Paray-le-Monial, son pays, à Paris, dans l'espoir d'élever plus facilement sa nombreuse famille. Son frère, Louis-Marie Quicherat, plus âg-é que lui de quinze ans, devait être auteur de plusieurs ouvrag'es classiques, entre autres du Thésaurus poeticus linguœ lafinœ, et, avec la collaboration de A. Daveluy, des Dictionnaires latin-français et françai.slatin bien connus dans les lycées et a\itres établissements d'instruction secondaire.
Tous deux, Louis et Jules, firent leurs études au collèg-e de Sainte-Barbe.
Au sortir du collèg-e, Jules hésita quelque temps sur le choix d'une carrière. Il songea tour à tour aux lang-ues orientales et aux beaux-arts. En i834, ses préférences étaient fixées : elles allèrent aux cours de l'École des Chartes. P]n i835, il était
APPENUICi: II. JULES OUICHERAT. l\Hl
nommé pensionnaire, et, en 1887, il en sortait avec le diplôme d'archiviste paléographe.
Deux ans après, les anciens élèves de l'Ecole fondaient la Bibliotlièqne de l'Ecole des Charles, recueil consacré spécialement à l'étude du mojen àg-e. L'un des promoteurs les plus ardents de ce projet fut Jules Quicherat, ce qui lui valut d'être nommé membre du Comité de rédaction. Il prit sa tâche grandement à cœur. Durant dix ans, il fut l'âme du Comité et, jusqu'à la fin de sa vie, il resta l'un de ses plus actifs collaborateurs. « Plus de quatre vingts mémoires ou comptes rendus critiques attestent la part qui lui revient dans le succès de cette publication. Celle suite d'articles le montre tour à tour « philologue émérile, historien exact et ing"énieux, archéologue «plein d'intuition, criti(|ue aussi profond que bienveillant'. »
A l'année i84o se place la préparation du texte des deux procès de la Pucelle dont la Société de l'Histoire de France avait décidé la publication. Dès i84i , J- Quicherat faisait paraître le premier volume, qui contenait le procès de condamnation. En 1849, le cinquième et dernier volume vovait le jour.
N'eùt-il produit aucun autre ouvrag-e, cette publication eût suffi pour rendre le nom de l'éditeur impérissable.
Les Aperças nouveaux sur l'histoire de Jeanne d'Arc, qui parurent en i85o (in-8'' de 167 pages, Paris, Renouard), furent écrits à l'occasion des deux procès; mais ils n'expiiment que des vues propres à J. Quicherat.
En 1847, ^^- *^^*^ Salvandj ayant reconstitué l'Ecole des Chartes, l'enseignement de l'archéologie nationale fut confié à l'éditeur des deux procès. Pendant trente années, J. Quicherat occupa cette chaire et donna un enseignement que ses élèves déclaraient ne pouvoir assez louer. En 1849, il y joignait l'en- .seignement de la diplomatique française.
En i856 surg-it la question d'Alesia. Notre paléographe avait été frappé des raisons au moyen desquelles un architecte de Besançon, Alphonse Delacroix, s'attachait à montrei- quel".!/?sia de Vercingélorix et de César devait être cherchée, non à
I . K. Di. L\siEM\iio Elndi' sur J. Oiiirlti'riit . su rie et ses irâraïuv. Va\ léle du premier vuliinic tics Mét(//if/es (l'cii-c/icolorjie cl d'histoire ])ubliés après sa mort. 2 volumes in-S". Paris, A. Picanl, i885.
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Alise-Sainte-Reine-en-Auxois, mais dans le massif d'Alaise, en Franche-Comté. J.Quichcrat embrassa ce sentiment et, dix ans durant, le défendit envers et contre tous.
Avec sa vaste érudition, le professeur de l'Ecole des Chartes était désigné naturellement pour faire partie des grandes Commissions du Ministère de l'Instruction publique. Aussi fut-il tout ensemble membre de la Commission des souscriptions aux ouvrag-es d'art, de la Commission des archives, de la Commission des monuments historiques et, en 1880, du Conseil supérieur de l'Instruction publique.
En l'année 187 1, l'Institut décernait à Jules Quicherat le prix que venait de fonder M'"« Jean Raynaud, el le Ministre de l'Instruction publique le nommait directeur de l'Ecole des Chartes. C'est dans l'exercice de cette charge que s'écoulèrent les dernières années de sa vie.
Il ne s'était jamais bien remis d'une terrible attaque de choléra qui, jeune encore, avait failli l'emporter. Au commencement de l'hiver 1881-1882, il devint plus souflVant que d'habitude; toutefois, il ne s'arrêta pas et continua ses travaux. Vers Pâques, le mal prit un caractère soudain de g'ravité. Le 8 avril 1882, il expirait dans la soixante-huitième année de son àg-e.
Personne ne s'étonnera que le directeur de l'Ecole des Chartes fût membre d'un grand nombre de Sociétés savantes. Mais ce qui surprendra ses futurs historiens, c'est qu'il n'ait point occupé un des fauteuils de l'Institut. Sa place était marquée à l'Académie des Inscriptions et Pelles-Lettres. Pressé par ses amis, il avait un jour posé sa candidature. Un concours fâcheux de circonstances l'ayant fait échouer, il ne se présenta plus.
Au reste, il eût |ni faire sienne la devise connue : a Plus d'honneur (pie d'honneurs. )i Promu chevalier de la Lég-ion d'iionneureu 18^7, on lui fit attendre plus de ving-t ans la rosette d'ol'Hcier : il ne la reçut que deux ans avant sa mort.
J. Quicherat n'avait pas songé non plus, quand il en était temps, à fonder une famille. « Sur la fin de sa vie, remarque son l)io2ra|)he, il sentit cruelleaieiit le vide de son fover'. »