LES DEMANDES DE JEANNE AU ROI
(Page 319.)
Voici un extrait textuel de l'addition faile au Breviarium historiale. à propos de Jeanne d'Arc :
« Un jour, la Pucelle demanda au Roi de lui faire un présent. Sa prière ajant été agréée, elle demanda que ce don fût le royaume même de la France. Le roi, étonné, hésita, puis le donna, et la Pucelle accepta. Elle voulut que l'acte en fut dressé solennellement et lu par les quatre secrétaires du roi. L'acte rédigé et lu à haute voix, le Roi demeura quelque peu ébahi. La Pucelle, le montrant aux assistants, dit : « Voilà le « plus pauvre chevalier de son royaume. »
« Quelques instants après, devant les mêmes secrétaires, la
jeune fille, disposant en souveraine du royaume, le remit entre les mains de Dieu tout-puissant. Enfin, au bout de quelques moments, elle donna au roi Charles, de la part de Dieu, l'investiture du royaume de France, et du tout, elle voulut qu'acte solennel fût dressé par écrit. »
L'auteur du Breviariuni hisloriale parle avec enthousiasme (le Jeanne d'Arc. A son avis, elle égale ou dépasse les femmes courageuses de l'histoire sacrée et profane, les Débora, les Judith, les Pentésilée. De la vie chrétienne et des vertus de la Pucelle, il conclut que ses « œuvres viennent de Dieu et ne sont jias l'efTet des sortilèges, ainsi que le répètent des esprits que la vérité oflusque ».
NOTE xxxvr.
(Page 332.)
Il nous reste peu de chose à ajouter à ce que nous avons dit des écrivains qui nous ont rapporté en quoi consistait le secret « connu de Dieu seul et du roi » que la Pucelle révéla à Charles VII. Il est regrettable que des trois, deux soient demeurés inconnus; mais, quoique inconnus, on peut dire qu'ils bénéficient de l'excellente renommée qu'a laissée Pierre Sala. Cet auteur les investit d'une autorité qu'ils n'auraient peut-être pas par eux-mêmes. Leur récit s'accordant avec celui de Pierre Sala, il ne subsiste aucune raison pour le reléguer dans le domaine des récits légendaires.
L'Abréviateur du procès écrivit, vers l'an i5oo, par ordre de Louis XII, son histoire de la Pucelle. Ce qu'on peut savoir de lui, c'est qu'il était clerc, sinon prêtre, et admirateur de Gerson qu'il appelle notre maître. Buchon publia, en 1827, d'après le manuscrit d'Orléans, une partie de cet ouvrage sous le titre de Chronique et procès de la Pucelle d'Orléans. Quicherat n'en a donné qu'une dizaine de pages, le reste n'ajoutant rien aux documents qu'il avait précédemment reproduits.
6oO LA JEUNESSE DE JEANNE d'aRG.
L'auteur du Mi rouer des femmes vertueuses n'est pas le seul à parler du secret du roi. On retrouve son récit mot pour ^not dans les Grandes Annales de Bretagne d'Alain Bouchard, et dans les Annales d'Aquitaine de Jean Bouchet. Ce n'est pas une note défavorable.
Nous avons rapporté, pa^e 809, la remarque d'Alain Chartier sur la joie dont Charles VII fut rempli, quand son secret lui eût été révélé. 11 s'exprimait ainsi dans une lettre écrite à un prince étrang-er (on ne sait lequel). En cette même lettre, Alain Chartier met la Pucelle au-dessus des héros de l'antiquité, Hector, Alexandre, Annibal et César.
L'an 1898, à Bajeux, où Alain Chartier naquit (i386), on a inaug-uré, au mois de juillet, un monument en l'honneur de cet éciivain qui fut secrétaire de Charles VII.