‹ Histoire Complete de la Bienheureuse Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 285 sur 306 · PORTÉE EXACTE DU RAPPORT DE POITIERS · texte numérisé non relu

PORTÉE EXACTE DU RAPPORT DE POITIERS

(Page 38û.)

Dans les Études religieuses des Pères de la Compagnie de Jésus (numéros du i 5 janvier et du lâ février iSgG), le P. V. Mercier a publié un article sous ce titre ;

6()4 IjA jeunesse de .ieanne d'arc.

Jeanne d'Arc a Poitiers : Reconnaissance officielle de sa mission divine.

Nous croyons que le Révérend Père, auteur de cet article, prête à la Commission de Poitiers une pensée qu'elle n'a pas eue, qu'elle n'a aucunement exprimée. A la vérité, le titre du Rapport que nous reproduisons plus haut parle de Jeanne envoyée de Dieu. Mais ce titre, comme le Rapport lui-même, n'étant pas le texte officiel de la Commission de Poitiers, les mots envoyée de Dieu n'ont pas l'importance que, au premier abord, on croirait devoir leur attribuer. Dans la pièce que nous possédons, quoique non officielle, on ne relèvera pas une ligne parlant de mission divine. L'opinion énoncée est plutôt nég-ative que positive. La Commission ne dit pas : « La mission de la Pucelle doit être jugée véritable » ; mais : « Dans la vie, les mœurs, les réponses de la Pucelle, il n'y a rien qui puisse empêcher Charles VII de s'aider d'elle et de la mettre à même de donner son signe, et de prouver ce qu'elle avance. »

Les théologiens de Poitiers ont rédigé leur rapport en théologiens; ils ont pesé toutes leurs expressions; il ne faut pas leur faire dire ce qu'ils n'ont |ias dit.

La Chronique de la Pucelle, dans le passage auquel nous ayons fait allusion, et le Greffier de La Rochelle dans le paragraphe suivant, n'indiquent que les idées personnelles des examinateurs et non le sentiment qu'ils décidèrent à l'unanimité d'exprimer dans leur Rapport à Charles VII.

« Au lieu de Poictiers, dit le Livre noir, le Roy fit encore interroger la Pucelle par clercs grands et excellents; mais ils la trouvoyent si ferme et si bien respondant de tout ce qu'on lui demandoit, (jue ceux qui parloient k elle estoient tout esmerveillés et disoient qu'ils tenoient que son fait venoit et procédoit de Dieu. » (Relation..., p. 387.)

C'est bien six semaines que la Pucelle paraît avoir passées à Chinon et à Poitiers avant que le Roi prît sa décision. Le Rapport le dit formellement. Eberhard Windecke (Procès, t. IV, p. 488) et la Chronique de Tournay disent que « le Roi retint la Pucelle avec lui pbis de six semaines » pour la faire examiner par les « seigneurs d'Eglise et autres clercs ».

La Chronique de Morosini parle d'une épreuve spéciale qu'on fit subir à Jeanne, à Chinon et à Poitiers. Rien ne prouve

NOTES ET PIÈCES JUSTIFICATIVES. fioB

la vérité de ce récit qui n'a pour le i^arantir aucun témoin oculaire.

« Jeanne, dit le correspondant de cette Chronique, voulait communier. Le prêtre avait deux hosties, l'une consacrée, l'autre non consacrée : il donna celte dernière. La Pucelle prit l'hostie dans la main et dit au prêtre qu'elle n'était pas le corps du Christ, mais que l'hostie consacrée était celle qu'il avait mise sous le corporal. » [Chronique Morosini, édit. de la Société de l'Histoire de France, t. IH, p loi.) .

NOTE XXXLX.

LETTHE DE COSMA RAIMONDl DE CREMONE SUR JEANNE d'aRC ET SA MISSION.

(Pag-e387.)

Cette lettre est d'assez mince intérêt.

L'auteur a pu s'inspirer du traité de Gerson — « ... a pu », disons-nous, car nous ignorons s'il l'a fait, — mais son élucubration ne saurait être comparée à l'opuscule du théologien français, et encore moins à la lettre de Perceval de Boulainvilliers.

C'est en i8gi que M. Giovanni Marcali, alors un des directeurs de la Bihliothè(|ue amhrosienne de Milan, aujourd'hui scriptor à la Bibliothèque vaticane, la fît connaître au public.

Le manuscrit 271 de la Bibliothèque Classense de Ravenne lui permit de donner une analyse et des extraits de ce document.

L'auteur, qui était de Crémone et avait nom CosmaRaimondi, était un humaniste de second ordre. Mécontent de son sort, il voulut l'améliorer en attirant sur lui l'attention des personnages en situation de le bien traiter. Prenant occasion des exploits de la Pucelle dont le bruit était venu jusqu'en Italie, il écrivit en latin à Milan quelques pages assez banales qu'il adressa à Giovanni Corvini d'Arezzo, conseiller du duc de Milan. Atteignit il le résultat espéré?

Pour le moment, oui; car, en i43i-i432, on le voit occuper une chaire de droit à l'Université d'Avignon. Mais la mauvaise

6o6 LA JEUNESSE DE JEANNE d'aRC.

fortune revint le visiter et, au commencement de 1^36, le pauvre humaniste, à bout de ressources, mettait fin à ses jours.

La lettre do Cosma Raimondi surla Pucelle n'est rien moins qu'un document à valeur historique. C'est une thèse lâche de philosophie, non une pag-e d'histoire. Aucun fait précis n'y est articulé et même invoqué. L'auteur se borne à examiner si les exploits attribués à la Pucelle par la rumeur publique, si l'esprit prophétique qu'on lui prête méritent créance ou ne lamentent pas; s'il est dig-ne de Dieu qu'il confie à une femme, à une fille des champs, la mission de chasser les Ang-lais de la terre de France et de restaurer le royaume.

Raimondi n'y verrait pas de difficulté : l'histoire sainte, les deux Testaments lui fournissent des arguments qui lui paraissent satisfaisants. Toutefois, de sa façon de raisonner il ne résulte que la vague et pure j)ossibilité d'une mission divine conférée à la Pucelle.

Aux esprits que cette arg-umentation ne contenterait pas, l'auteur propose des considérations tirées de l'astrologie judiciaire. Pour son compte, « il estimerait n'être pas en défaut en expliquant par un principe et une influence astrale les choses entreprises par la Pucelle. — Non peccatorem me exisiimavero, si crediderim motii quodam injliixuque cœlesti ductam agitatamcjiie Paellam hœc qiiœ diciintiir mjr/ressam esse. »

Les lecteurs désireux de prendre connaissance de la lettre tout entière en trouveront le texte au quatrième volume, pp. 364-373, de la Chronique Morosini, éditée récemment par M. Germain Lefèvre-Pontalis au nom de la Société de l'Histoire de France.

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