SAINTE CATHERINE DE FIERBOIS
(Page 407).
On lira avec intérêt la Notice liistoriqiie et archéologique publiée par M. l'abbé J.-B. Fourault, chapelain de la Sainte- Force, à Tours, sous ce titre : Sainte-Catherine de Fierbois. Ses monuments et les souvenirs de Jeanne d'Arc. (Brochure in-8'^ (le 6G pag-es. Tours, 1887.)
Une vieille tradition rapporte que Charles-Martel, pour remercier Dieu de sa victoire sur les Maures à Poitiers, fit élever une petite chapelle en un lieu sauvag-e nommé Fierbois i^Ferus bocus), non loin de Sainte-Maure, où il avait écrasé le reste des fuyards. En action de g-râces, il y déposa son épée comme ex-voto. Malheureusement, de cette chapelle dédiée à sainte Catherine, aucun document ne nous entretient jusqu'en 1875. C'est à partir de cette année seulement que ce sanctuaire devint un lieu de pèlerinage.
Voici comment, d'après un manuscrit du quinzième siècle, « un prud'homme de Sainte-Maure, nommé Jean Godefroy, demeurant au lieu dit de Fierbois, trouva et mit en honneur, vers 1875, le pèlerinage de Madame Sainte-Catherine. »
« Depuis sept ans, il était paralysé de tout son corps et rien ne pouvait le soulager. Ayant appris qu'il y avait une chapelle de Madame Sainte-Catherine en un lieu plein de grands bois, de buissons et de ronces, il lui fut avis que s'il faisait une neuvaineen ce lieu son état s'amenderait. Il fit tant, que ses valets, à force de cognées, pratiquèrent une sente par laquelle on le porta audit lieu. Et quand il fut dans ladite chapelle, avant que sa neuvaine fût terminée, il devint sain et guéri de tous ses membres. Grâces en soient rendues à Dieu et à sainte Catherine. »
Pour recevoir les pèlerins et les malades, le maréchal de Boucicaut (Jean II le Mingre), seig-neur de Sainte-Catherine, y bâtit (i4oo) un hôpital et le dota, par acte du 8 août i4i5,
NOTES ET PIÈCES JUSTIFICATIVES. 6l3
« pour l'honneur et révérence de Dieu ». Cet hôpital comprenait une chapelle dédiée à saint Jacques de Compostello, trois chambres, et, comme dé|)cn(lances, trente-deux arpents de terre.
Lorsque Jeanne passa à Sainte-Catherine, le pèlerinage était très fréquenté, à ce point que huit g-ardiens étaient chargés d'en faire les honneurs. On a conservé les noms de ces huit gardiens.
Fax i43o, un ecclésiastique d'Angers, qui était venu remercier sainte Catherine de la guérison qu'elle lui avait ol)tenue, dans le certificat où il rend compte de cette grâce, ajoute :
« Dans la présente chapelle, Dieu en soit loué, j'ai célébré la messe, priant Dieu pour le Roi, pour la Pacelle digne de Dieu, pour la prospérité du royaume et pour la paix, ce vendredi 5 mai de l'année susdite (i43o). » {Op. cit., pp. 19-20.)
La chapelle visitée par Jeanne d'Arc fut incendiée peu après; mais la statue de la sainte fut sauvée des flammes. L'archevêque de Tours, Elle de Bourdeilles, l'un des docteurs de la réhabilitation, fit reconstruire l'église en i484- Elle l'ut achevée vers i5i5, telle qu'on la voit aujourd'hui.
En cette année i5i6, Léon X érigeait Sainte-Catherine-de- Fierbois en paroisse.
Un procès-verbal des premières années du dix-huitième siècle constate la présence dans l'église d'une relique de l'orteil de sainte Catherine et d'un fragment du bois de la roue sur laquelle la sainte martyre fut attachée. On crovait également y posséder « descheveux de Notre-Dame ». {Op. cit., pp. 38-3(). ) On y voit encore de nos jours deux reliquaires précieux : l'un est d'argent, de forme gothique, qui aurait été donné par le maréchal de Boucicaut; l'autre est un cylindre de cristal de quatre pouces de longueur, avec deux emboîtures d'argent dont l'une porte en lettres gothiques ces mots : L'orteil de .sainte Catherine. Ces deux reliquaires sont exposés à droite et à gauche du maître-autel. {Op. cit., pp. 47-49-)
Vers i85o, l'église de Sainte-Catherine-de-Fierbois fut classée parmi les monuments historitpies Elle est de style gothique, en forme de croix latine, avec un campanile de 4i mètres de hauteur. Une petite arcade, près de la chaire, à 5o centimètres au-dessus du sol, indique l'endroit auprès duquel aurait été
Glh LA JEUNESSE DE JEANNE u'aRC.
trouvée l'épce de Jeanne d'Arc : c'est là, vralsemblaljlement, qu'était l'autel de l'ancienne chapelle. Dans une verrière du côté du midi, Jeanne d'Arc est représentée à genoux, écoutant les Voix; dans un nuag'e, apparaissent saint Michel, sainte Marguerite et sainte Catherine. On voit aussi, tout près, dans la travée de droite, les armes de Jeanne d'Air, avec cette inscription : « Ici Jeanne d'Arc fit prendre son épée en 1A29 pour sauver la France. »