Version reproduite par les textes français
2. Date ajoutée probablement pour désigner l'année de l'envoi de la lettre, après Pâques, au lieu de celle de la rédaction qui serait i^^S, avant Pâques.
Des trois expressions récusées par l'héroïne, la première : « Rendez à la Pucelle... » entraînerait la suppression de ce qui suit jusqu'à la phrase : « Et vous, archers... »
Jeanne a pu éprouver un lapsus inemoriœ, à moins t|ue ce ne soit un lapsus de l'évêque P. Cauchon.
Il n'y. a aucune raison de le cruiie parce qu'aucune preuve n'en a été donnée.
Il y a de bonnes raisons de croire le contraire, et elles ne sont pas difficiles à trouver.
Très vraisemblablement, lesgensquiavaient mission de transmettre d'un pays à l'autre les nouvelles qu'on avait intérêt à savoir n'attendirent pas la publication du procès de Rouen |)our transmettre à leurs correspondants des copies de la lettre de la Pucelle. Ces copies purent se procurer facilement, soit du côté des Français, à Poitiers, Chinon, Blois, soit du côté des Ang-Iais, à Orléans. C'est dans l'une ou l'autre de ces villes qu'elles furent exécutées pour se répandie de divers côtés et parvenir au g-reffierde l'hôtel de ville d'Albi {Procès, t. IV, p. 3oi), à celui de La Rochelle, et à l'annaliste Éberhard Windecke.
Les détails biographiques concernant Windecke nous apprennent qu'il passa dans Mayence l'espace de temps marqué par l'apparition et les hauts faits de Jeanne d'Ai*c. « Son chapitre sui" l'héroïne, remarque J. Quicherat, est la reproduction évidente de relations officielles envoyées de France à l'empereur Sig-ismond. » [Prucès, t. V, p. 485.)
La lettre aux Ang-lais, ajoute M. G. Lefèvre-Pontalis, « est un acte émané apparemment de la cour de Charles VII, et véhiculé par la Lorraine jusqu'aux pays rhénans ». i^Les sources allemandes..., p. 4o.) Et il en a été de même des copies envoyées à Tournai, La Rochelle et autres villes. Si la Pucelle ne communiqua pas au Dauphin lui-même l'original de sa lettre, elle la communiqua vraisemblablement à quelquesuns des personnag"es qui l'approchaient et de ses examinateurs de Poitiers. Le scribe à qui elle s'était adressée fut chargé par elle ou par autrui d'en exécuter plusieurs copies, et avant même la levée du sièg-e d'Orléans, Anglais, Français et correspondants de l'étrang-er surent à quoi s'en tenir. Qu'on se souvienne de la lettre du sire de Rotselaer et des nouvelles étonnantes qu'elle transmit à la Chambre des comptes du duc de Brabant. Qu'on repasse les termes de la déposition de Fr. Garivel rapportée plus haut. Ce n'est pas non plus une chose insig-nifiante à constater, que la lettre de la Pucelle aux Auglais fig'ure dans la partie des mémoires de Windecke qui s'arrête au sacre de Reims et qui diftere totalement, quant à l'exac-
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tiliide, de la partie complémentaire. D'où cette conséquence (jiie le chronirpieur eut communication de la dite lettre, ainsi que des autres faits de l'héroïne jusqu'au sacre, dans l'année même où elle fut écrite, et qu'elle lui arriva par la même voie que les autres informations, c'est-à-dire par une voie nullement ang-laise.
C'est donc sans preuves d'aucune sorte qu'on a avancé que la source de toutes les copies de cette lettre était ang-laise et falsifiée, et que les-^ copies que nous en possédons seraient elles aussi falsifiées, dérivant de cet orig-inal. (J. E. Clioussy, Jeanne d'Arc, sa vraie Mission, pp. 55-56. In-8", Orléans.) Au contraire, textes, faits, vraisemblances concourent à établir que la source en question serait parfaitement pure, provenant, sinon uniquement, du moins principalement, de l'entourag-e de la Pucelle et de la cour du jeune Roi.
Des considérations quon oppose.
Quelques mots, en terminant, des considérations présentées pour établir que la lettre aux Ang-lais est indig-ne de la jeune Lorraine.
« Jeanne, a-t-on dit, si simple, si modeste, si réservée, si prudente, ne pouvait dicter une lettre aussi excentrique; tellement excentrique que l'on serait tenté d'ajouter qu'elle est sortie du cerveau d'une ribaude en gog-uette. » {Op. cit.,
pp. 5l, 02.)
Est-ce un admirateur de la Pucelle qui s'oublie jusqu'à user d'expressions aussi peu mesurées? Où donc ces excentricités apparaissent-elles? Serait-ce dans la pensée de s'adresser au roi d'Ang-lelerre? Mais ce roi n'était-il pas le grand ennemi de la France? Jeanne était Française avant tout, et elle écrivait en Française. C'était aussi une fille des champs : qu'on ne lui fasse pas un crime d'ig-norer les usag-es et le style des chancelleries.
Il y a, réplique-t-on, quelque chose de plus g-rave à sig^naler. Est-ce bien Jeanne qui aurait écrit cette phrase : « Si ne veulent obéir, je les ferai tous occire. » Ne serait-ce pas plutôt l'évêque de Beauvais et ses affidés, afin de pouvoir la dénoncer comme « altérée de sane- humain » ?
Que les juges de Rouen se soient emparés de cette phrase pour étaver leur accusation, ce n'est pas nous qui soutiendrons le contraire; mais nous ajouterons qu'ils l'ont détournée de son sens naturel et que Jeanne a pu l'écrire sans encourir une ombre de reproche.
En toute façon de parler, il y a deux choses à considérer, l'esprit et la lettre, et c'est par l'esprit qu'on doit jug-er de la lettre. Or, quel est ici l'esprit de la phrase dictée par la Pucelle : (( S'ils ne veulent obéir, je les ferai tous occire »?
Dans cette phrase, complément de ce qui précède, Jeanne rappelle simplement aux capitaines anglais les lois de la guerre, dans le cas où ils repousseraient la paix qu'elle leur offre. Les hostilités eng'ag-ées, ou bien ils se rendront et consentiront (( à obéir », ou bien ils refuseront d'obéir et de se rendre. S'ils refusent, ils seront passés au fil de l'épée et « seront tous occis ». Qu'ils ne s'en prennent qu'à eux-mêmes de ces conséquences : c'est la loi de la guerre.
Cette explication est si logique, si simple, qu'elle dispense d'accuser l'évèque de Beauvais d'avoir interpolé la phrase susdite dans le texte.
Nous ne l'accuserons pas davantage d'avoir supprimé le })as.sage dans lequel l'héroïne aurait parlé du sacre de Reims, quelque surprenant que soit le silence de la lettre sur ce point. Toutes les copies que nous possédons gardantce même silence, la Pucelle aura estimé inutile de toucher ce sujet, en ayant parlé a.ssez souvent et assez clairement pour n'avoir pas besoin d'insister'.
Est-il nécessaire de montrer ce qu'avait de naturel dans la bouche de l'héroïne la déclaration qu'elle était « envolée pour bouter les Anglais hors de France ou de toute Fiance »? Ce ne sera pas du moins sans quelque utilité.
C'est un fait hors de discussion que la jeune guerrière a toujours présenté comme but final de sa mission la recouvrance du royaume tout entier et l'expulsion totale des envahisseurs. L'essentiel n'est pas que l'envoyée de Dieu ait été l'ins-
1. Ce que l'on peut considérer comnie ajouté au texte de Jeanne, c'est la phrase que l'on trouve en lêle ou à la fin de quelques copies : u Entendez les merveilles de Dieu et de la Pucelle. «
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trument unique de cette recouvianceetde celte expulsion, mais qu'elle en ait été la cause première et l'instrument principal. I/essentiel n'est pas davantag'e qu'elle ait vécu assez longtemps pour être témoin de ce résultat, mais que ce résultat se soit produit dans les conditions qu'elle avait précisées. Sans doute, avec le système qui borne la mission de Jeanne au sacre de Reims, on ne comprend rien à son langage. Mais avec la distinction de ses deux missions de vie et de survie tout s'explique, tout se simplifie, tout se fond dans une lumineuse unité. Orléans, Patay, Reims, Rouen remplissent sa mission de vie. La paix d'Arras, la soumission de Paris, le retour du duc d'Orléans de .sa captivité d'Angleterre, le succès des armées royales, la conquête de la Normandie et de la Guyenne, les victoires de Formigny et de Castillon sont les étapes de sa mission d'outre-tombe et de survie. Il y en a de moins glorieuses.