‹ Histoire Complete de la Bienheureuse Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 291 sur 306 · Gentils et vilains », nobles ou non nobles · texte numérisé non relu

Gentils et vilains », nobles ou non nobles

2. <( Je suis chef de guerre. » On conçoit (jue la Pucelle ait récusé cette expression : quand elle écrivit la lettre, le roi ne l'avait pas encore nommée « chef de guerre ». Elle écrivait la lettre le 22 mars, et elle ne fut nonunée chef de guerre qu'en avril, après l'examen de Poitiers.

'A. « Corps })our corps », ex|)ression (pie le scribe de Jeanne peut bien avoir ajoutée : expression d'ailleurs sans conséquence.

L'adjonction des lignes qui suivent ne modifie en rien le sens «rénéral.

le royaume de France, Dieu, le Roy du ciel, fils sainte Marie; ainz le tiendra le roy Charles vray héritier :

car Dieu le roy du ciel le veult, et luy est révélé par la Pucelle ; lequel- entrera à Paris à bonne compao^nie.

Se ne voulez croire les nouvelles de par Dieu et la Pucelle, en quelque lieu que vous trouverons, nous ferrons dedans et y ferons un si «Tant hahay, que encore a-il mil ans, que en France ne fut si grand se vous ne faictes raison.

Et croyez fermenrent que le Roy du ciel envoiera plus de force à la Pucelle, que vous ne lui sauriez mener de tous assaulx, à elle et à ses bonnes gens d'armes ; et aux horions verra-on qui aura meilleur droit de Dieu du ciel.

Duc de Bedfort, la Pucelle vous prie et requiert que vous ne vous faictes mie détruire.

Se vous lui faictes raison, encore pourrez venir en sa compaignie, d'où que les Franchois feront le plus bel fait que oncques fut fait pour la chrestienté. Et faites res-

de France, de Dieu le roy du ciel, fils de Marie la Vierge sans tache, car seul doit le tenir le roy Charles, héritier d'iceluy et de [par] Dieu le roy : et veut le même Dieu du ciel qu'il le possède et tienne tel qu'il l'a reçu '.

Et lui est révélé par la Pucelle, laquelle doit bientôt venir à Paris à bonne compagnie.

Et si ne voulez croire les nouvelles de la Pucelle envoyée de par Dieu, en (pielque lieu que nous vous trouverons, nous vous ferrf)ns () horions et ferons un si grand hahay 3, que jamais en Fi-ance, passé mille ans, tel grand hahay ne fut fait.

Et si ne faites raison, lors croyez fermement que le Roy du ciel enverra plus de force à la Pucelle que vous ne sauriez livrer en tout d'assauts avec tous vos gens d'armes. Et adonc verrat-on, nu.K (/rancis horions, lequel a meilleur droit, de Dieu du ciel ou de vous. Duc de Bedfort, la Pucelle vous prie et requiert que vous ne vous fassiez pas détruire.

Si vous voulez faire raison, encore pourricz-vous bien venir en sa compagnie, et lors les Français feront-ils un si beau fait qu'en la chrétienté tel n'est oncques ad-

1. Leçon remarquable expliquant les lignes précédentes et déterminant l'objet de l'étendue de la mission de la Pucelle : à savoir la recouvrance du royaume tout entier et l'expulsion totale de l'Anglais.

2. Tous les textes parlent ici de Charles VII, non de la Pucelle. Wiudecke fait seul exception.

3. « Hahay », clameur, tumulte. De ce mot tiérive n brouhaha ».

63o LA JEUNESSE DE JEANNE d'aRC.

ponse se vous voulez faire paix venu. -Et faites réponse à la Pucelle si vous voulez faire paix, en la cité d'Ur/éans^ : cl se et si ne le faites,

ainsi ne le faictes, de vos bien lors vous souvienne du jçrand grans dommaiges vous souvienne dommage qui vous en doit venir, briefment.

Escript ce mardi, sepmaine Ecrit le mardi de la semaine

saincte. sainte, l'a/i de la naissance de

Notre Seigneur mil quatre cent vingt-neuf-.

Les différences qui existent entre les deux textes qui viennent d'être pré.sentés se ramènent à celles-ci.

Six mots qu'on lit dans le texte allemand ne se lisent pas dans celui du procès. Il en est de même de deux phrases allemandes, qu'on ne trouve ni dans la copie du procès ni dans la plupart des autres copies.

Notons encore trois mots ajoutés, toujours au texte de Pierre Cauchon, et cinq variantes.

De ces différences, aucune ne modifie de façon sérieuse la physionomie du document.

L'on doit inférer. de là qu'il n'y a pas plus de raison pour nier l'authenticité ou l'intégrité substantielle de la lettre du procès, que pour nier celle des autres exemplaires.

Question qui mérite examen : Quel est le texte orig-inal d'après lequel ont été exécutées les copies qui se répandirent en. divers lieux? Existe-t-il des raisons sérieuses de croire que cet orig-inal était un texte remanié par les jiiçes de Rouen ou par les Ang-lais?

Réponse : Non, il n'y a aucune raison de le croire, et il y a des raisons de croire le contraire.

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