t'noissART, ihid., chap. cccxx-xxi, pp. 268, 2G
2. Il y a un Jean Ur, tils de Louis le Hutin, à qui on accorde une place parmi les rois de France. Il ne vécut que cinq jours.
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l'époque, crédule et chevaleresque, — livra la bataille de Poitiers pour obéir à la première de ces recomniaiidations; il la perdit et tomba au pouvoir des Anglais.
Pendant les trois ou quatre années qui suivirent la mort de Philippe VI, la France jouit de la trêve qui avait mis momentanément fin aux hostilités. Mais une sourde animosité ne cessait de régner entre Français et Anglais. Les chevaliers bretons, batailleurs mais loyaux, éprouvaient la même répulsion que les sujets du royaume pour ces insulaires dont les prétentions et l'orgueil, depuis Crécy, n'avaient plus de bornes. On le vit bien en i35i, lorsque le sire de Beaumanoir, compagnon d'armes de Du Guesclin, envoya, du château de Josselin dont il avait la garde, un défi en règle au gouverneur anglais de Ploërrael.
Trente chevaliers bretons et trente chevaliers anglais se mesurèrent en combat singulier, le 27 mars de cette année i35i. Beaumanoir y fut grièvement blessé. Pour apaiser la soif qui le brûlait, sur le conseil d'un de ses preux, Beaumanoir but le sang qui coulait de ses blessures.
Beaumanoir, bois ton sang; la soif te passera.
lui dit son vaillant compagnon d'armes.
Beaumanoir but son sang et la soif lui passa.
Dans ce combat, connu sous le nom de Combat des Trente, les champions bretons restèrent vainqueurs.
En i355, la guerre reprit entre les deux royaumes. Edouard III, qu'un traité secret liait à Charles le Mauvais, roi de Navarre, attaqua sur trois points : au nord,
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par Calais; à l'Ouesl, par la Normandie; au midi, par le Languedoc. La campagne menée par le monarque anglais dans la Picardie et. l'Artois fut plutôt avantageuse à Jean le Bon; une révolte des Écossais obligea Edouard à regagner l'Angleterre.
En Normandie^ les ennemis, commandés par le duc de Lancastre, saccagèrent le pays jusqu'à Rouen. Le roi de France marcha contre eux, et, s'emparantd'Evreux, les contraignit de battre en retraite.
Pendant que Jean le Bon guerroyait en Picardie et en Normandie, le prince de Galles, fils aîné d'Edouard III, avec Jean Chandos pour lieutenant, ravageait à son aise le Languedoc, le Périgord, le Limousin et le Berry. Il était à Vierzon lorsqu'il apprit que le roi Jean, à la tète d'une nombreuse armée, lui barrait le chemin dans la direction de Poitiers. Le prince de Galles — qu'on appelait aussi le Prince noir, à cause de la couleur de son armure — n'avait à ses ordres que huit ou dix mille combattants, mais huit ou dix mille soldats d'élite. Avant de tenter le sort des armes, le fils d'Edouard proposa au roi de France de rendre les places, châteaux et prisonniers dont il s'était emparé. Le roi répondit (ju'il fallait, de plus, « que le Prince Noir et cent de ses chevaliers se vinssent mettre en sa prison. — A Dieu ne plaise, répliqua Chandos, que nous partions sans combattre »,
La petite armée anglaise avait pris position à deux lieues au nord de Poitiers, sur le coteau de Mauperluis, tout couvert de buissons, de haies et de vignes. Les Français, renouvelant les fautes de Grécy, attaquèrent en désordre. Le centre s'apprêtait à gravir le coteau qu'occupaient les Anglais, lorsqu'une embuscade de
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cavalerie le surprend et provoque une panique. Les ennemis, mettant à profit la confusion qu'eng-endre cette panique, marchent avec un ensemble parfait sur les corps qui étaient dans la plaine et en ont bientôt raison. S'il eût suffi du couraçe pour vaincre, les chevaliers français eussent remporté la victoire. Mais ils se battaient au hasard, « comme ils se trouvaient ». Le roi Jean donnait l'exemple de la résistance et de la valeur. Il était descendu de cheval. Tête nue, blessé deux fois au visag-e, une hache d'armes à la main, le monarque français combattit avec l'énergie du désespoir. A ses pieds, le sire de Gharny serrait dans ses bras roidis par la mort l'oriflamme que les ennemis n'avaient pu lui arracher. A ses côtés, le plus jeune fils de Jean le Bon, Philippe, âgé seulement de quatorze ans, ne cessait de l'avertir. « Père, disait-il, g^ardez-vous à droite; père, g'ardez-vous à g^auche! » Les assaillants, de plus en plus nombreux, lui crient : « Rendez-vous, autrement vous êtes mort. » Un chevalier de Saint-Omer pénètre jusqu'au roi et lui dit en français : « Sire, sire,, rendez-vous! — A qui me rendrai-je? demande le roi Jean; où est mon cousin le prince de Galles? — Sire, rendez-vous à moi; je vous mènerai à lui. — Oui êtes-vous? — De Morbecque, un chevalier d'Artois. — Je me rends à vous », dit Jean le Bon; et, (Uant son gant de la main droite, il le lui jeta.
Le Prince Noir traita son prisonnier en roi. 11 s'inclina devant lui jusqu'à terre et lui adressa les paroles les plus couitoises. « Quand vint le soir, le prince de Galles donna à souper au roi de France et à monseigneur Philippe, son fils, et à la plupart des comtes et barons de France qui étaient prisonniers. Et le prince ne se voulut
asseoir à la table du roi, quelque prière que le roi lui en fit; et il servait toujours la table du roi, sag-enouillant devant lui et disant : « Cher sire, ne veuillez pas faire simple chère (triste figure), pour tant si Dieu n'a pas voulu consentir aujourd'hui à votre vouloir. Vous avez aujourd'hui conquis le haut nom de prouesse, et avez passé tous les mieux faisans de notre coté. Tous ceux de notre partie se sont à ce accordés^ et vous en donnent le prix et le chapelet, si vous le voulez jjorter'. »
Le monarque prisonnier fut d'abord conduit à Bordeaux, où il passa l'hiver de iSSy; puis, au mois de mai de cette même année, on le mena à Londres, où Edouard III, accompagné de nombreux barons, le reçut courtoisement et lui donna le château de Windsor pour résidence. Deux ans après, en avril iSSg, le roi d'Ang-lelerre fit tenir au dauphin Charles un projet de traité par lequel il demandait pour la rançon du roi son père la moitié de la France à l'ouest, depuis Calais jusqu'à Bajonne, et quatre millions d'écus d'or payés comptant. Le Dauphin, ayant pris l'avis des notables et députés des bonnes villes du royaume, répondit qu'un pareil traité n'était « ni faisable, ni passable ».
Sur cette réponse, Edouard résolut de recommencer la guerre. Le 28 octobre iSSg, il débarquait à Calais avec une armée nombreuse et se portait sur Reims, qu'il espérait surprendre. Trompé dans son attente, il arriva au mois d'avril de i36o sans avoir réalisé aucune des conquêtes qu'il s'était promises. Il fit mine d'assiéger Paris. Mais Paris, dûment gardé, ne bougea pas et le laissa faire. Les environs de la capitale avaient été rava-
I. t'uoissAHT, t. I, livre I, 2'^ partie, cliiip. x.xxv-xlix, pp. 345-3Go.
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g-és et brûlés. Au bout de huit jours, les Anglais ne trouvaient plus de quoi manger. Edouard alors se dirigea vers la Beauce. Là, des ouvertures de paix lui furent faites. Le 8 mai, un traité fut signé à Bréjig'nj, près de Chartres. Edouard s'y engageait à renoncer à toute prétention à la couronne de France, si Jean II renonçait de son côté à tout droit de suzeraineté sur l'Aquitaine. Son prisonnier lui paierait, en outre, dans un laps de temps de six années, une rançon de trois' millions d'écus d'or. Le 8 juillet, 'le prince de Galles ramenait le roi de France à Calais, et, le i3 décembre, le premier terme de la rançon stipulée ayant été payé, Paris revoyait son roi.
Entre autres otages donnés au roi d'Angleterre, jusqu'au parfait paiement des trois millions d'écus d'or, se trouvaient deux des fils du roi Jean, le duc d'Anjou et le duc de Berry. En i3G3, le duc d'Anjou, violant sa parole, s'évada pour rejoindre sa femme au château de Guise. Ce manque de loyauté contrista fort le roi de France. « Si la bonne foi était bannie de ce monde, dit-il en l'apprenant, elle devrait trouver un asile dans le cœur des rois. » Peu de temps après, Jean le Bon partait pour Londres, afin de réparer l'acte déloyal de son fils. Edouard III lui fit un accueil brillant. Tout l'hiver de i364 se passa en fêtes; mais la mort guettait le monarque français. Tombé gravement malade, le roi Jean mourait le 8 avril en l'hôtel de Savoye. Edouard lui fit à Saint-Paul de Londres de splendides funérailles. On y brûla « quatre mille torches de douze pieds de haut et quatre mille cierges pesant chacun dix livres ».