I. GuizoT, Hisloire de France citée, chap. xxiii
C)') IIISTOIHK l)K LA H. JEANNE D ARC.
cœur, 1«^ roi cl son oncle Philippe le Hardi formcrenl le projet d'une descente en la (irande-Bretagne. On lit d'immenses préparatifs. En septemljre i380, (jualorze cents bâtiments étaient réunis dans le port de l'Écluse et dans le voisinag-e. Par les soins d'Olivier de Clisson, l'on construisit à Tréguier, en Bretagne, une ville de bois rpie l'on devait transporter démontée sur la flotte et reconstruire après le débarquement. Le joi était impatient de partir. Le duc de Berrj ne l'était pas du tout : il se fit attendre et n'arriva à l'Écluse qu'à la mi-octobre. Le temps était devenu mauvais; les vents contraires ne permirent pas aux bâtiments d'avancer et les rejetèrent sur la côte de France. Découragé par ces contretemps, Charles YI congédia les troupes. Les Anglais seuls profilèrent des préparatifs qui avaient été faits : ils s'emparèrent des approvisionnements, des bateaux et de plus de deux mille tonneaux de vin. Ce mécompte ne put amener Clisson à renoncer à ce projet de descente au pays anglais : il se proposait de le reprendre en sous-œuvre l'année d'après; mais le duc de Bretagne, son ennemi, s'empara par trahison de sa personne et le réduisit à l'impuissance.
En octobre i388, Charles VI assembla à Beims un grand conseil. Là, il déclara sa volonté bien arrêtée de gouverner le royaume par lui-même. Aussitôt ses deux oncles, le duc de Bourgogne et le duc de Berry, reg-agnèrenl leurs États.
Le premier usage que le jeune roi fil de son indépendance fut de reprendre pour conseillers les ministres de Charles V, Novianl, La Bivière, Montaigu, ceux que les grands seigneurs, dans leur impertinence, appelaient les Marmousets. De son côté, Clisson profita de ce change-
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ment pour faire conclure avec l'Angleterre une trêve de trois ans.
Une entrée solennelle de la reine Isabeau dans sa bonne ville de Paris, le mariage du jeune frère du roi, le duc d'Orléans, avec Valenline, fille de Visconti^ duc de Milan, un voyag^e de Charles VI dans le midi de la Fi'ance, voyage qui dura six mois à peu près, sig"nalèrenl l'année i.^Sq.
Le i3 juin 1.392, Pierre de Craon assassinait à Paris le connétable Olivier de Clisson et cherchait un refuge chez le duc de Brelag^ne, son cousin. Le duc refusant de livrer l'assassin, Charles VI, irrité, lui déclara la guerre. Le roi relevait à peine de maladie. Toutefois, il se rendit au Mans où les troupes devaient se réunir, avant d'entrer en campagne. Oài se mit en marche dans les premiers jours d'août. Le jeune roi chevauchait dans la grande forêt du Mans avec ses oncles et plusieurs seigneurs, lorsque un homme, vêtu d'une souquenille blanche, les [)ieds nus, s'élança à la tête du destrier que montait Charles VI, et saisissant la bride, s'écria : « Ne va pas plus loin, tu es trahi! » Le roi fut fort troublé par cet incident. Néanmoins il poursuivit sa marche. Quand on fut sorti de la forêt, on se trouva au milieu d'une g"rande plaine sablonneuse : la chaleur était excessive. Un des pages du roi ayant laissé tomber sa lance, au bruit que fit l'acier, Charles tire son épée, et pressant son coursier sécrie : « En avant sur ces traîtres! Ils veulent me livrer aux ennemis! » Quand il se fut lassé à poursuivre tantôt l'un, tantôt l'autre, on l'entoura, on lui prit son épéé et on l'élendit à terre. Ses yeux étaient fixes ; il ne reconnaissait personne. On le mil sur une charrette à bœufs et l'on reprit le chemin du Mans. C'était le pre-
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inier accès d'une folie qui devail durer trente ans et ne cesser (ju'à la mort (i 392-142:2). Les deux oncles du roi, les ducs de Bourg-ogne et de Berry, menèrent à partir de ce jour les affaires du royaume.
En 1390 survint un événement qui put faire espérer la lin de la g-uerre entre rAnglelerre et la France. Richard Il demanda la main d'Isabelle, fille de Charles VI, quoi(|u'elle n'eût que huit ans. L'on signa le contrat le 9 mars 139(5, et, dix jours après, une trêve de ving-thuil ans.
Cette même année i39() vit s'accomplir la folle équipée, qualifiée de croisade, contre le sultan Bajazet. Elle était dirigée par un jeune prince de vingt-deux ans, le comte de Nevers^ fils de Philippe, duc de Bourgogne, celui qui dans l'histoire porte le nom de Jean sans Peur. De sept cents chevaliers qui ])rirent part à la bataille de Nicopolis, quatre cents périrent les armes à la main ; les trois cents autres, prisonniers de Bajazet, furent tous égorgés, à l'exception du comte de Nevers et de vingt-sept riches seigneurs qui payèrent une rançon exorbitante.
CHARLES VI (^siii(t').
RiiHilité des ducs de Bouryocjne et d'Orléans. — Assassinat du duc d'Orléans (i^oy). — Henri IV et Henri V, rois d'Angleterre. — Bataille d'Azincourt [iL\iï)). — Coufjuète de la Normandie par les Anglais.
Comme si la folie du roi n'eût {)as suffi pour le malheur du royaume, on vil naître, grandii", puis éclater
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entre le duc d'Orléans et le duc de Bourg-og^nc une rivalité qui devait avoir les plus tristes conséquences. En l'année iSqq, Richard II fut détrôné par son cousin le duc de Lancastre, qui prit le nom de Henri IV. Le duc de Bourgogne, Philippe le Hardi, était d'avis de reconnaître le nouveau roi d'Angleterre. Le duc d'Orléans, loin de vouloir le reconnaître, le provoquait en combat singulier. En il[02, Charles VI remit à son frère le duc d'Orléans le g-ouvernement de tout le royaume, à l'exclusion de son oncle le duc de Bourgogne. Cependant cette mesure ne fut pas maintenue. On fit comprendre au roi que le duc d'Orléans avait « plus besoin d'être gouverné lui-même que de g-ouverner » ; et le roi rendit à son oncle toute sa confiance. Peu après, malheureusement, Philippe était emporté par une courte maladie (27 avril i4o4)- H fut vivement regretté, et à bon droit, des amis du roi et de la France.
Son fils Jean, comte de Nevers, fit encore plus regretter son père. L'assassinat du duc d'Orléans, exécuté par ses ordres dans la rue Vieille-du-Temple, le 23 novembre 1407, frappa la cour et Paris de stupeur'. Le jeune duc de Bourgog'ne eut l'audace de déclarer au duc de Berry, son oncle, que « c'était lui, et nul autre, qui avait fait faire ce qui avait é:é fait ». Après celte déclaration, le fils de Philippe le Hardi s'en retourna à l'hôtel d'Artois, et de l'hôtel, accompagné de six hommes
I, MoNSTRELET, C/ironif/fic, Wv. I, chap. xxxvi, t. I, pp, lo/j-iOy. l^dition de la Société de l'Histoire de France.
Le chroniqueur ajoute la remarque suivante :
« Geste doioreuse mort fut l'année du grant hyver, et dura la gelée soixante-six jours en ung tenant, très terrible et tant que au desçelez, le Pont-Neuf de Paris fut abattu en Seine. » (Ihid., p. iOj.)
g(3 iiisTonu!; de la ij. jeanne d'akc.
d'armes, il partit à franc étrier pour son comté de Flandre. Trois mois après (20 février i4o8), il rentrait à Paris à la tète d'un millier d'hommes et chargeait le cordelier normand Jean Petit de justifier devant l'Université et la cour l'assassinat qu'il avait ordonné'.
L'épouse inconsolalde du prince assassiné, Valentine de Milan, obtint, du roi d'abord, en décembre Moy, du dauphin Louis ensuite, le 5 septembre i4o8, que justice serait faite; mais elle mourait à Blois sur la fin de cette année i4o8, le 4 décembre, sans que la mort de son mari eût été veng-ée'. A son fils aîné, Charles d'Orléans, et à son beau-père le comte Bernard d'Armag-nac, l'un des plus puissants seigneurs du Midi, devait incomber le soin de poursuivre cette tache. Charles d'Orléans épousa Bonne d'Armagnac en i4io. Dès ce moment éclata au g-rand jour, entre les deux maisons d'Orléans et de Bourg-og-ne, cette lutte qui fit couler des ruisseaux de sang-.
Il y avait eu pourtant, en 1409, un semblant de réconciliation. Après la bataille de Hasbain dans laquelle le duc de Bourgogne avait battu complètement les Liégeois
1. CeUe apologie de l'ass.Tssiiiat du duc d'Orléans comprenait douze arguments « en l'honneur des douze apôlrcs ». I^e prince assassiné était un monstre digne de mille morts. L'auteur du meurtre méritait d'èlre récompensé, « à l'exemple des rémunérations qui furent faictcs à Mgr Sainct Michel l'archange pour avoir tué le diable ».
Cet assassinai, disait Jean Petit, « a été perpétré pour le très grand bien de la personne du roi, de ses enfants, de tout le royaume ».
Voir cette apologie dans Monstrelet, 1. 1, chap. xxxix. Paris, in-40, K.9O.
2. Monstrelet, ihid . , chap. xliv, xlv, xlix. C'est le chancelier d'Orléans, l'auteur de la Geste des lYobles François, Guillaume Cousinot, qui plaida pour Valentine de Milan « devant le Roy ». (Monstrelet, t. I, p. 1G9.)
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et gag-iié son surnom de Sans Pair, Jean élait revenu à Paris. La reine Isabeau, effrayée de ce retour, quitta la capitale, emmenant le roi. Le duc de Bourgogne comprit qu'il fallait négocier. Il résulta de ces nég-ocialions une entrevue à Chartres à laquelle prirent part Jean sans Peur, Charles VI, la reine, le Dauphin, le jeune duc Charles d'Orléans et cent chevaliers de sa maison. Jean sans Peur demanda son pardon pour le fait commis en la personne du duc Louis d'Orléans, et il lui fut accordé (9 mars lAog).
Ces discordes intérieures faisaient oublier la lulle avec l'Angleterre. Henri IV eût fait volontiers la paix; il dut se borner à renouveler les trêves. Elles n'empêchaient pas les Bretons de faire aux Anglais le plus de mal possible par leurs expéditions maritimes. Dans le reste de la France, en Guyenne principalement, il n'y eut, jusqu'à l'avènement de Henri V d'Angleterre, que des faits d'armes isolés et sans conséquence.
Beaucoup plus alarmante et pour le présent et pour l'avenir était la guerre civile qui éclatait après i4o9 entre les deux maisons de Bourgog'ne et d'Orléans ou, d'après le nom donné à leurs partisans, entre les Bourguig-nons et les Armagnacs. C'était une véritable g'uerre du Nord contre le Midi. Jean sans Peur faisait appel aux Picards, aux Brabançons, aux Flamands contre ses adversaires, tandis que Bernard d'Armagnac et son gendre lançaient contre les Bourguignons des bandes gasconnes et les gentilshommes, toujours prêts à partir en guerre, du Languedoc et du Béarn. Ce qu'il y eut de déplorable, c'est que les deux partis sollicitèrent le secours des Anglais. Ceux-ci se prononcèrent en faveur du duc de Bourgogne; ils n'oubliaient pas que Jean sans
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Peur était comte de Flandre. De i4iJ à i4i5, il y eut entre les deux maisons rivales des alternatives de revers et de succès. En i4i2, les Bourg-uignons l'emportent. Les boucliers de Paris, Caboche à leur lête, chassent les Armagnacs et font régner la terreur dans la capitale. L'année suivante, les bourgeois parisiens secouent le joug, rappellent les partisans du duc d'Orléans et délivrent le Dauphin que les Cabochiens retenaient prisonniers. Le pouvoir resta dans les mains des Armagnacs jusqu'à l'année de la bataille d'Azincourt.
Depuis i4i'^, année de la mort de Henri IV d'Angleterre, son fils Henri lui a\ait succédé à l'âge de vingtcinq ans. Actif autant qu'ambitieux, le nouveau roi de la Grande-Bretagne tourna ses regards du côté de la France. En août i4i45 il réclamait l'exécution du traité de Brétigny avec la possession de la Normandie, du Maine, de l'Anjou, la main de la princesse Catherine, fille de Charles V^I, et une dot de deux millions de couronnes. LTne ambassade anglaise, en janvier i4r5, renouvela cette même proposition. N'ayant pu s'entendre avec le roi de France et ses conseillers, le monarque anglais résolut, dès le mois d'avril, « de partir en personne pour aller, avec la grâce de Dieu, recouvrer son héritage ».
Ses préparatifs achevés, Henri V s'embarqua avec trente mille hommeset vint aborder à Harfieurprès l'embouchure de la Seine. Harlleur, assiégée, se défendit vaillamment, sous le commandement du brave chevalier Raoul de Gaucourt; mais n'ayant pu être secourue, elle se rendit le 22 septembre (i4i5). L'aimée anglaise repartit d'Harfleur le 8 octobre. Le 24 du même mois, Henri V apprenait que les Français l'attendaient, non loin
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du chàleau d'Azincourt, prêls à lui barrer le passage. Il demanda combien il y avait de combaltanls dans cette armée. On lui répondit orgueilleusement : « Assez pour être tués, assez pour être pris, assez pour fuir. »
Le lendemain, à la première heure, Henri V entend trois messes consécutives'. La nuit avait été pluvieuse, le sol était boueux et détrempé. Le prince rang-e son armée en bataille et exhorte ses soldats à faire « de belle besogne ». Au sig-nal convenu, les dix mille archers anglais, développés sur une profondeur de quatre rangs et protég'és par de long-s pieux ferrés, plantés dans le sol, décochent leurs redoutables flèches de trois pieds de long- contre les Français qui ne peuvent répondre, n'ayant pas d'archers. Ils ne peuvent non plus se porter en avant, car leurs chevaux enfonçaient dans le terrain détrempé. Douze cents lances, au cri dcMontJoie Saint- Denis, essayent decharg-er; trois cents hommes à peine parviennent à rejoindre l'ennemi. Les Anglais les repoussent aisément ; puis, voyant l'avant-g^arde rompue, ils laissent leurs arcs, saisissent leurs haches et leurs maillets, et se précipitent sur les combattants qu'ils massacrent à plaisir. Le corps de bataille veut soutenir l'avant-garde; mais la cavalerie, dont il est formé, ne se meut que difficilement : il lui est impossible d'agir en masse; elle est réduite à combattre par groupes isolés et les Anglais en font un carnage effroyable. Par surcroît d'infortune, sur la fin de la bataille, une fausse alerte se produit. On craint que les prisonniers déjà faits ne se retournent contre les vainqueurs. Le roi d'Angleterre,
I. Voir dans Vl/is/oir-e des ducs de Bourgogne, t. II, pp. 4i8-43o (iu-18, Paris, 1859), le récit de celle funeste journée.
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(jiii se croit en grand péi"il, ordonne de les mellre tous à mort". Deux cents archers, qu'il charge d'exécuter cet ordre, frappent de sang-froid à hi tète les chevaliers français à (pii on avait ôté leurs casques, et couvrent le sol de leurs cadavres. Huit mille gentilshommes, parmi lesquels on comptait cent ving-t seigneurs portant bannière, périrent dans cette journée, tandis que les Anglais perdaient en tout quinze cenis hommes. Le duc d'Orléans fut retiré vivant, mais blessé, de dessous les morts. Il en fut de même du comte de Ricliemonl. Le connétable d'Albret, le comte de Nevers, le duc de Brabant, ces deuxci frères du duc de Bourgogne, le ducd'Alenron,dusang royal de France, furent parmi les morts. On transporta à Londres quinze cents prisonniers portant les plus beaux noms du pajs^. Il y en eut pour qui on ne voulut pas accepter de rançon. De ce nombre fut le duc Charles d'Orléans, dont la captivité dura vingt-cinq ans.
Tout heureux de la victoire éclatante qu'il venait de remporter (i4i5), le roi d'Angleterre suspendit momentanément la campagne : il revint jouir à Londres de son triomphe et donnera ses troupes le repos qu'elles avaient bien mérité. Deux ans après seulement (août i4i7) il se mit à conquérir la Normandie. La ville de Caen,
1. « Inédit roi d'Angleterre til crier à haute voix, au sonde la trompette, ([ue chaque Anglois, sous peine de la harl, occitles prisonniers, afin que, au besoin ne feissent aide à leurs gens. » (Moxstuelet, Chronique, liv. I, chap. cxlviii, t. III, p. 109. Edition citée.)
C'est le roi Henri qui donna à cette bataille son nom. Elle aurait, dit-il, « en nom perdurablement la bataille d'Azincourt ». [Ibid. , p. 1 1 1 . Voir tout le chap. cxlviii de Monstrelet.)
2. On pourra lire dans la Chronique de Monstrelet, chap. cxliv, t. lit, pp. 112-121, les noms des priucipau.x seigneurs tués ou faits prisonniers.
assiettée, fut contrainte, comme Harfleur, de se rendie faille de secours. La population en ayant été bannie, une population nouvelle, tout anglaise, vint rhal)iter. Bientôt Henri V se rendit maître de toute la basse Normandie : Falaise, Vire, Coutances, Evreux, Saint- Lô subissaient sa loi.
En juillet i4i8, ce fut au tour de Rouen d'être assiégée. La ville tint bon sept mois, malgré l'investissement rigoureux qui la laissait sans communication avec le dehors. Pour prolonger la résistance, on fît sortir les bouches inutiles, douze mille vieillards, femmes et enfants : ils périrent misérablement. Chevaux, chiens, chats servirent aux habitants de nourriture. Au lieu du secours qu'ils espéraient, un messager du duc de Bourgogne vint les inviter « à traiter avec le roi d'Angleterre du mieux qu'ils pourraient ». Le i3 janvier i4i9^ 'a capitulation était signée. Le vainqueur accordait aux Rouennais la vie sauve ; il n'excej)lait que sept personnes qui avaient été l'âme de la résistance, entre autres xVlain Blanchard, capitaine des arbalétriers. Le 19, les (roupes anglaises prenaient possession de la capitale de la Normandie.
CHARLES VI [fin).
Bourrjuignons et Armagnacs. — Le dauphin Char/es. — Assassinai (le Jean sans Peur (i4i9)- — Traité de Troijes. — Mariage de Henri V et de Catherine de France. — Mort de Henri V et de Charles Vf.
Pendant que le roi d'Angleterre poursuivait le cours de ses conquêtes, les événements avaient suivi, à l'inlé-
rieur de la France, une marche exlrêmemenl favorable à ses intérêts. En lAiG, le dauphin Louis, troisième fds de Charles VI, mourait des suites de ses désordres. Son frère Jean mourait peu après. Un enfant de quatorze ans, Charles, devenait l'héritier présomptif de la couronne. Le nouveau Dauphin n'aimait pas la reine Isabeau. Celle-ci fit alliance avec Jean sans Peur et se déclara régente (i4i7). L'année suivante, les Bourguignons étaient introduits dans la capitale et leur présence provoquait le massacre des Armagnacs. Le connétable, Bernard d'Armagnac, qui s'était réfugié chez un maçon, trahi par son hôte, fut traîné à la prison du Chàtelet et, quelques jours après, la populace le mettait en pièces.
Une entrevue avait été projetée (mai i4i9) entre les deux monarques de France et d'Angleterre pour préparer la paix. Charles VI, malade, ne put s'y rendre et la conférence n'aboutit pas. Henri V, déçu dans ses espérances et mécontent d'ailleurs de la réconciliation" opérée (9 juillet) entre le Dauphin et le duc de Bourgogne, surprit Pontoise (29 juillet) et s'en empara. La capitale se trouvait dès ce moment menacée. Il était urgent pour le Dauphin d'arriver à une entenle complète avec Jean sans Peur. L'entrevue de Montereau fut décidée.
Le duc de Bourgogne s'y rendit le 10 septembre, malgré les instances et les avertissements de plusieurs personnes qui lui étaient sincèrement attachées. « C'est mon devoir, disait-il, de m'aventurer pour arriver à un aussi grand bien que celui de la paix. S'ils me tuent je mourrai martyr. » On sait ce qu'il advint. Quoi qu'on ait tenté pour faire la lumière sur ce douloureux événement, il subsiste toujours de l'obscurité Ce qui paraît
ANGLAIS ET FUANÇAIS DE 1 1:528 A lti'2g. Io3
cerlain, c'est (jue l'enl revue — elle eut lieu au milieu du pont de Montereau — fut très courte. Les curieux qui regardaient aux barrières du pont virent le duc de Bourgogne pénétrer flans la loge qui avait été ménagée à l'endroit convenu, ôter son chaperon de velours noir et poser un genou à terre devant le Dauphin. A peine se relevait-il qu'on entendit des cris d'alarme et qu'on vit les épées et les haches d'armes s'abattre sur Jean sans Peur. Au môme instant, les gens de Charles envahissaient le pont et faisaient les serviteurs du duc prisonniers.
Quant aux auteurs de l'assassinat, il en est qui ne craignirent pas de se déclarer. Tels furent le vicomte de Narbonne, le Bouteiller, messire Robert de Loire et Frottier. Au dire des serviteurs de Jean sans Peur, c'est Tanneguy-Duchâtel qui aurait frappé le duc à mort. « Il fit un signe, raconte Monstrelet, en disant : Il est temps. Et férit le duc d'une petite hache qu'il tenait en sa main parmi le visage, si rudement qu'il chey a genoilz (chut à genoux) et lui abatty le menton '. »
Tanneguy protesta toute sa vie contre celte accusation. A l'entendre, il aurait été occupé à entraîner le Dauphin hors de l'enceinte réservée, laissant le duc et le sire de Navailles avec leurs ennemis jurés, et il n'aurait eu personnellement aucune part à l'assassinat.
Le cadavre de l'infortuné duc de Bourgogne demeura « sur la place jusqu'à minuit, qu'on le porta sur une table dedans un moulin assis près du pont ». Le lende-
I. Monstrelet, Chronique, liv. I, chap. ccxii, t. Ht, p. 343. Voir même livre, les chap. ccxm-ccxvii, t. III, de l'édition citée plus haut.
I04 HISTOIRE DE LA B. JEANNE d'aRC.
main malin, le curé de Monlereaii le fil mellre dans la bière des pauvres et Iransporler par quelques mendiants en l'église Notre-Dame, où il fut inhumé; « et lui fit-on prestement dire douze messes ' »,
L'opinion publique fut loin d'approuver cette revanche de l'assassinat du duc d'Orléans, Le sire de Barbazan, un des dix chevaliers qui avaient accompag-né le Dauphin sur le pont de Montcreau, et que ses contemporains surnommèrent le Chevalier sans reproche, disait à ceux qui l'avaient accomplie : « Vous avez détruit l'honneur et l'héritag-e de notre maî(i-e. J'aurais mieux aimé mourir que d'assister à cette journée, encore que je n'y fusse pour rien ". »
L'historien Du Haillan rapporte une anecdote curieuse que rappellent de Barante et Vallet de Viriville^. François P'', visitant Dijon en loai, voulut voir les restes de Jean sans Peur. Le chartreux qui les lui montra lui fit remarquer le trou béant que présentait le crâne du duc. « Reg-ardez bien. Sire, ajouta-t-il ; c'est le trou par où les Anglais sont entrés en France. »
Quand il s'exprimait de la sorte, le bon moine faisait un mot et oubliait l'histoire. Il y avait près de cent ans que les Anglais étaient en France lorsque le duc de Bourg'og-ne succombait à Montereau : le moment approchait où ils allaient en sortir. Encore dix ans, et Jeanne d'Arc ouvrait la campagne qui devait débarrasser le