CHARLES VI
Premières années de son règne (iSSo-iSgG). — Son mari âge avec habeaii de Bavière. — Sa folie (1392).
Un règne de vingt ans venait de relever la France ; celui qui suivit, et qui fut de quarante-deux ans, la couvrit de maux et la mil à deux doigts de sa perte. « L'enfant est jeune et de léger esprit», disait Charles V de l'héritier de sa couronne à ses trois frères les ducs d'Anjou, de Berry et de Bourgogne; « enseignez-lui tous les points et les états royaux qu'il devra tenir».
ANGLAIS ET FRANÇAIS DE l3a8 A l/^'iÇ). 8f)
De ces trois frères du roi défunt, le duc d'Anjou était l'aîné; mais le plus puissant était le duc de Bourçoyne, Philippe le Hardi, l'adolescent qui, à la bataille de Poitiers, veillait sur son père Jean le Bon. Ce monarque, ayant liéri(é du duché de Bourgogne par la mort de Philippe de Rouvre qui ne laissait pas d'enfants (i362), le donna, en récompense de sa belle conduite, à son plus jeune his Philippe, qui devint ainsi le chef de la seconde maison des ducs de Bourgogne. Le mariage du nouveau duc avec la tille et héritière du comte de Flandre, en i369, fit de lui l'un des plus puissants princes de la chrétienté. A la mort de son beau-père, en i384, le jeune fils de Jean le Bon devenait, par sa femme, seigneur de la Flandre, de l'Artois, de Nevers et de Bethel. La communaulé d'inlérêls qui exislail entre les Flamands et les Anglais au point de vue industriel et commercial oblig-ea Philippe à ménager les Anglais, plus peut-être que d'abord il ne l'eût voulu. La politique aidant et l'occasion survenant, les ducs de Boiirg-ogne n'éprouvèrent pas à se lier avec les éternels ennemis de la France la répugnance que leur qualité de princes du sang royal de France eiU dû leur inspirer. Cette réflexion a son importance, à propos d'un règne à la fin duquel les pires ennemis du royaume seront les Anglais sans doute, mais encore, avec les Anglais, les ducs de Bourgogne et leurs sujets.
Le jeune roi, quoique n'ayant que douze ans, fut sacré à Reims le 4 octobre i38o. En vertu d'une ordonnance de Charles V, le duc de Bourbon, frère de sa mère, et le duc de Bourgogne prirent le litre de tuteurs et de rég-ents. Olivier de Clisson reçut l'épée de connétable. En i384, le duc d'Anjou s'en alla mourir dans le royaume de Napics qu'il venait disputer à Charles Durazzo, cousin
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de Jeanne de Naples, inorle deux ans auparavant (1882). Le duc de Berry ne s'occupa que de g^ouverner à sa guise la Guyenne et le Languedoc, où il s'était installé en souverain.
Les premières années du nouveau règne furent marquées par de nombreux soulèvements populaires, soit dans Paris, soit dans les provinces. La misère qui régnait et l'élévation des impôts en étaient la cause. Hors du royaume, le duc de Bourgogne entraîna son royal neveu dans une expédition contre les Flamands qui s'étaient révoltés à la voix de Philippe d'Arlevelde, (ils du célèbre brasseur de Gand. Tout fier d'avoir battu à Bruges (3 mai 1882) le comte de Flandre, beau-père du duc de Bourgogne, Artevelde crut avoir aussi bon marché de l'armée du roi de France. Il disait à ses capitaines, la veille de la bataille : « Recommandez à vos gens de ne pas faire de merci. N'épargnez que le roi de France. C'est un enfant. Nous l'emmènerons à Gand et nous lui apprendrons à parler flamand. » L'action s'engagea le 29 novembre 1882 à Rosebecq, entre Ypres et Gourtrai. En dépit de leur courage, les Flamands furent complètement défaits. Le 10 janvier suivant, le jeune roi, glorieux de sa victoire, rapportait l'orillamme à Saint- Denis ; le lendemain, avec ses troupes, il entrait triomphalement dans sa capitale.
L'année i385 vit la célébi-ation du mariage de Charles VI et de la jeune princesse Isabeau, fdle du duc de Bavière. Ce mariage se fit d'après le conseil du duc de Bourgogne. Il fut célébré le i3 juillet à Amiens. Les époux avaient l'un seize ans, l'autre quatorze. Ce qui inspire à Guizol cette réflexion : « Il y a encore plus de
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If'o'èretc et d'imprévoyance dans les mariai^es des rois que dans ceux de leurs sujels'. »
Entre la France et l'Angleterre, l'état de guerre sid> sistait toujours. Mais les embarras causés par la minoi'ilé du successeur d'Edouard III et les troubles provoqués par le fanatisme de Wiclef gênaient considérablement les ennemis de la ?>ance. L'héritier de la couronne d'Ang-leterre était le (ils du Prince Noir, et par conséquent le petit-fils du vainqueur de Crécy. Richard — c'était son nom — était né en Guyenne en i366. Ses oncles, les ducs de Lancastre, d'York, de Glocester, g-ouvernèrent le royaume pendant sa minorité.
Les partisans de Wiclef ne voulaient rien moins qu'exterminer les prélats, les nobles et les riches. « Lorsque Adam labourait et qu'Eve fdait, qui était g'entilhomme? » demandaient-ils. « Donc, plus de seig^neurs. » Les troubles qui furent la conséquence de ces prédications sectaires, et qui furent rudement réprimés, empêchèrent les Angolais de venir au secours d'Artevelde. Mais un an après Rosebecq, les Anglais, unis aux Gantois, s'emparèrent de Cassel, de Berg-ues. Graveline et Dunkerque. Charles VI accourt à la tête de cent mille hommes. Ypres ayant été prise, on conclut une trêve. Elle ne dura g'uèrc. Les hostilités recommencèrent après le mariage de Charles et d'Isabeau. Cependant, le duc de Bourg"og"ne négocia si bien qu'il obtint des Flamands un traité de paix. Il leur confirma toutes leurs libertés, et ils lui promirent fidélité (i 385).
A partir de ce moment, la France n'eut à se préoccuper que de sa rivale d'outre-Manche. Pour la frapper au