Journal d'un Bourgeois de Paris, pp. i44-i
2. C'était la forme suivie pour les cas de bannissement. (Vallet de ViRiviLLE, Histoire de Charles VII, t. I, p. 239.
3. Le Journal d'un Bourgeois de Paris attribue la mort foudroyante de Henri V à la petite vérole, la Chronique Morosini à la peste, d'autres chroniqueurs, Chastellain, par exemple, au « mal dit de saint Fiacre ». Voir, aux Annexes de la Chronique Morosini, t. IV, p. 292, la note de M. G. Lefèvre-Pontalis sur ce sujet.
ANGLAIS ET FRANÇAIS DE li^sS A l4"9 I «JQ
d'Aziiicourt eût survécu de longues années à Charles VI?
Henri V eût été une noble figure de roi, si, à la guerre, il ne se fût pas trop souvent laissé entraîner à de froides cruautés. La gloire ne lavera pas les taches de sang de Rouen, de Montereau et d'Azincourl. Il avait la mine haute, l'air orgueilleux. Jamais il n'usait de serment. II disait : « Impossible! » ou bien : « Cela est, cela sera. » D'ordinaire, il parlait peu. Ses réponses étaient brèves et « tranchantes comme rasoir' ». Sa mort fut des plus chrétiennes. Quand les médecins, sur sa demande, lui dirent qu'il n'avait plus que deux heures à vivre, il voulut qu'on lui récitât les Psaumes de la Pénitence. Ses dernières paroles furent un essai de justification des guerres qu'il avait entreprises.
Cinquante jours après, « le 22" jour d'octobre, jour des onze mille vierges », Charles VI, roi de France, suivait dans la tombe son gendre Henri V d'Angleterre. II mourut de la fièvre quarte, emportant les regrets d'une population qui n'avait jamais cessé de le plaindre et de l'aimer. Son corps demeura vingt jours exposé dans la chapelle de l'hôtel Saint-Pol, en attendant le retour du duc de Bedford qui avait accompagné en Angleterre les restes mortels de son frère, le monarque défunt. Le duc fit à Charles VI de magnifiques funérailles.
I. Georges Gh.vstelvin. Ce chroniqueur rapporte « coniuient un liermite vint, dit-on, prédire au roy Henri sa mort prochaine, si remède ne mettait à son fait. Le plaisir de Dieu, lui dit-il, est que désormais vous vous départez de plus travailler son chrestien peuple François, dont les clameurs sous vostre fléau l'ont provoqué à pitié envers luy ». {Chronique de G. Chastelain, 1. 1, chap. ex, pp. 337-338. 8 vol. in-80, édition Ivervyn de Lettenhove, Bruxelles, i863-GG.)
Voir, sur la mort du monarque anglais, Monstrelet, livre I, chapitre GCLXvii, t. IV, pp. 1 09-1 17 de l'édition citée plus haut.
no msToiUE de la b. jeanne d arc.
« Le dixième jour de novembre fui porlc le corps du roi en l'église Noire-Dame, les processions de toutes les églises allant au-devant du dit corps. El n'était icelui corps accompag"né de nul des princes de son sang"^ sinon du duc de Bedford. » A cheval, vçtu de noir, le duc suivait le convoi. Devant lui, pour rappeler les hautes fonctions dont il était investi, on portail l'épée de l'Etal.
« En tel étal fut porté ledit corps dans Notre-Dame de Paris dans laquelle chanta la messe pour ledit défunt le patriarche de Conslantinople. Après la(|uelle, fut ledit roi porté à Saint-Denis. Et toujours, durant celle allée, était le duc de Bedford près ledit corps. Et fui derechef le service fait (le lendemain) par le patriarche. El ne furent nuls là étant qui allassent à l'offrande, sinon le duc de Bedford. »
C'était chose « moult pitoyable, attendu la grand'puissance et prospérité en quoi ce noble roi avait été durant son règne », de voir le deuil du roi de France mené par un Anglais devenu le maître du royaume.
« Et après que le roi fut mis en sa sépulture, le roi d'armes cria dessus la fosse : « Dieu veuille avoir pitié « et merci de Tàme de très haut et très excellent prince, « Charles, roi de France, sixième de ce nom, notre na- « turel et souverain seigneur. »
(( Et derechef, après ce cria le dessus dit roi d'armes : (( Dieu donne bonne vie à Henri, par la grâce de Dieu « roi de France et d'Angleterre, notre souverain sei-
I . Tous ces passages entre guillemets sont tirés de Monstrelet, livre I, chap. ceux; t. IV, pp. 120-124, de l'édition citée.
Sur la mort et les funérailles de Charles VI, voir le Jourmil d'un Bourfjeuis de Paris, pp. 177-181, édition A. Tueley.
ANGLAIS ET FKANÇAIS DE 1828 A ll\2Ç). III
Le 24 octobre, le Parlement de Paris reconnaissait comme roi de France et d'Angleterre « Henri VI d'Angleterre, fils du roi Henri, nag-uère trépassé ».
Le Dauphin apprit la mort de son père « en un petit cliatel nommé Espallj, qui était à l'évêque du Puj, auprès le Puy en Auvergne. Lequel Dauphin en eut au cœur grand tristesse et pleura abondamment' ». Le 3o octobre, le fils de Charles VI prenait le titre de roi sous le nom de Charles VII, en son château de Mehunsur-Yèvre^. Le lendemain, il annonçait par lettres royales à ses bonnes villes ^ le deuil qui le frappait. Le i"' novembre, il venait célébrer dans la cathédrale de Bourg-es la g'rande fête de la Toussaint. Quelques jours après, il prescrivait dans tout le royaume des prières publiques pour le repos de l'àme du roi son père. Enfin, il se faisait « couronner et élever à roj de France, en la ville de Poitiers'^ », eu attendant le sacre de Reims.
1. MoNSTRELET, Chi'onique, livre II, chap. i, t. IV, pp. 129-180. — Des historiens contestent que le Dauphin ait pu, à cause de la distance, apprendre la mort de son père au château d'Espally. Monstrelet ne fixant aucune date et ne parlant que du « mois d'octobre dessus dit », les messagers ont pu prendre, pour venir de Paris à Espally, tout le temps dont ils avaient besoin.
2. La date légale de l'avènement de Charles VII serait, d'après une de ses ordonnances, le 22 octobre 1422. [Chronique de Jean Chartier, t. I, p. 3, édition de Vallet de Viriville.)
3. Les rois de France appelaient bonnes villes les villes notables du royaume. Plus tard, en 178g par exemple, l'on appelait plus spécialement de ce nom les villes qui envoyaient des députés au sacre des rois de France et aux Assemblées de notables. (Vallet de Viriville, Histoire de Cluirles VII, t. I, p. 286, note 2.)