CHARLES VII
Coup d' d'il réirospeclif sur les a/uiécs qui préccdêrent son uvèneineul (in tronc. — Charles, dauphin de Viennois et réçjent du royaume. — Charles, roi de France. — La guerre avec les Anglais. — Etal désespéré des affaires. — Jeanne d'Arc.
Charles VII était le onzième des douze enfants et le cinquième des cinq fils qu'Isabeau de Bavière donna à son époux le roi Charles VI. Il naquit le 22 février i/|o3, en l'hôtel Saint-Pol ', où le roi résidait, et il fut baptisé dans l'église paroissiale du même nom^. Dès l'année de sa naissance, il reçut le titre de comte de Ponthieu qu'il garda jusqu'à l'àg-e de quatorze ans. Il n'eut celui de Dauphin, avec les privilèges attachés à ce titre, qu'en avril 1417, après la mort de son frère Jean (5 avril), lequel avait remplacé lui aussi comme Dauphin, Louis, duc de Guyenne, que ses excès emportèrent le 18 décembre i4i5.
1. L'hôtel Saint-Pol ou de Saint-Paul n'était pas un palais comme le Louvre ou les Tuileries, mais un groupe de maisons entourées de jardins que le roi achetait quand il en avait l'occasion.
2. Sur les premières années du règne de Charles VII auxquelles se rapportent l'intervention et les exploits de la Pucelle on pourra consulter les trois ouvrages suivants :
lo Histoire de Charles VII, par Vallet de Viriville. Trois volumes in-80, Paris, 1 862-1 865;
2» Histoire de Charles VII, par G. du Fresne de Beaucourt. Six volumes grand in-8'J, Paris, 1881-1891 ;
30 Histoire des ducs de Bourgogne {le la maison de Valois, par de Barantc, tl. III et IV. Huit volumes in-18 anglais, Paris, 1869.
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A l'âge de dix ans (i8 décembre 14^3), le comle de Ponthieu fut fiancé à Marie d'Anjou, fille de Louis II, duc d'Anjou, et d'Yolande d'/Vragon. La fiancée de Charles était née le i4 octobre i4o4- ^on père portait les litres de duc d'Anjou, de comte de Provence, de roi de Naples, de Sicile et de Jérusalem. Deux ans après la bataille d'Azincourt à laquelle il prit part,. Louis d'Anjou mourait en son château d'Ang-ers, à quarante ans (29 avril 1417)? laissant la reine Yolande régente.
Cette princesse était fille de Jean P'', roi d'Aragon, et d'Yolande de Bar, petite-fille elle-même de Jean le Bon. En attendant que le mariage des deux fiancés pût se célébrer, la reine de Sicile les prit sous sa g-arde et ne cessa de veiller sur eux.
En la même année qui faisait de Charles l'iiéiilier de la couronne de France, au mois de novembre i4i7? ^^ reine Isabeau, unissant ses intérêts à ceux de Jean sans Peur, établissait à Troyes le siège de son gouvernement. Charles VI répondait à cet acte audacieux en instituant, par lettres du 6 novembre (1417), le dauphin Charles son lieutenant général dans toute la France.
De fait, il y avait alors guerre ouverte entre le roi et le duc de Bourgogne. Armagnacs et Bourguignons se disputaient Paris. Le 28 mai i4i8, Perrinet le Clerc ouvrait les portes de la capitale au sire de l'Isle-Adam, capitaine de Pontoise et Bourguignon. Tanneguy-Duchâtel, prévôt de Paris, courut éveiller le Dauphin, qui dormait tranquillement, et l'emporta à la Bastille, sans lui donner le temps de shabiller. A la Bastille, Charles mit- ses vêtements, monta à cheval et gagna Melun à franc étrier. Le i4 juillet, la reine Isabeau entrait dans
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Pendant que la faction bourguignonne l'emportait dans la capitale, Henri d'Angleterre envahissait la Normandie. Le Dauphin ne put arrêter sa marche victorieuse; mais il assiégea Tours, qui se rendit le 3o décembre i4i8. C'est dans des lettres données à celte date, « au siège devant Tours », que le Dauphin prend le titre de régent. Il se dit « Fils du roi de France, régent le royaume, duc de Berry et de Touraine, et comte de Poitou ». A la fin, on lit ces mots : « Par Monseigneur le Régent et Daulphin en son grant conseil'. »
En mai 1419, le Dauphin s'efforra de traiter avec le duc de Bourgogne. Le m juillet, la paix entre les deux princes fut signée près de Pouilly. Cette réconciliation fut suivie, comme nous l'avons déjà vu, de la prise de Pontoise par les Anglais, et peu après (le 10 septembre) de la fatale entrevue de Montereau.
Après la mort de Jean sans Peur, le Dauphin se retira derrière la Loire, et, dès les premiers mois de 1420, entreprit dans le Midi une campagne qui réussit à souhait. Quand il revint à Poitiers (8 juin), le funeste traité de Troyes avait été signé et promulgué. Malgré ce contretemps, les partisans du Dauphin ne perdirent pas courage; l'arrêt du Parlement qui bannissait le fils du roi et le déclarait indigne de la couronne (3 janvier i42i) ne les empêcha pas de porter de l'udes coups aux Bourguignons et aux Anglais coalisés. Le duc de Clarence, père de Henri V, était venu assiéger Angers. Le 23 mars, il perdait contre le maréchal de La Fayette
I. Pour le titre de « Daupliin de Viennois 0, voir J. Ouicherat, Procès, t. IV, pp. 3o3 et 382, et abbé Joiiin, Jt'diinc cFArc, inislcre, p. i3, note 1 .
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el le comle de Buclian la bataille de Baugé, el il y élail lue avec plus de deux mille Ani^lais. A celte nouvelle, le roi d'Angleterre se liàla de quitter Londres et de repasser en France. Il débarquait en juin à Calais. Mais il était si loin de la confiance d'xVzincourt que, ayant rencontré en août l'armée du Dauphin près de Vendôme, il n'osa livrer bataille el se replia sur la Sologne.
Le 24 septembre de celte année 1421, le fils de Charles VI établit son séjour à Bourges, ce qui lui valut de ses ennemis le surnom de « Roi de Bourges ». Il prit poui" résidence le château que son oncle, le duc de Berry, y avait fait construire et ({u'on nomma le Logis du Roi. C'était une forteresse autant qu'un palais, à l'abri de toute surprise, soit du coté de la campagne, soil du côté de la ville.
En octobre suivant, le Dauphin se rendit à La Rochelle où il passa cinq jours. Peu s'en fallut qu'il n'y fût victime d'un «rave accident. Il présidait une assemblée dans
une des salles de l'Évêché, lorsque le plancher se rompit. Plusieurs des assistants furent précipités et périrent. Charles ne fit heureusement que glisser de son siège et n'eut que quelques contusions.
C'est au retour de ce voyage que le fils de Charles VI apprit la mort de son père; dès ce moment, le Dauphin devenait roi de France.
Les provinces sui' lesquelles le jeune et nouveau monarque pouvait conq)ter étaient, au centre, l'Orléanais, le Blaisois, le Vendômois, le Maine, l'Anjou, la Touraine, le Berry, le Poitou, l'^X-uvergne et une partie de la Saintonge; à l'est, le Lyonnais et le Dauphiné; au midi, le Languedoc et une partie de la Guyenne.
L'Ile-de-France el Paris, la Picardie, la Brie, la Cham-
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pagne restaie^it entre les mains des Bonrguig-nons ou des Anglais, à l'exceplion de quelques places isolées, telles que Guise, le Croloy, le Mont-Saint-Michel, qu'occupaient de hardis capitaines, Français avant tout'.
De i422 à 1424? les hostilités entre Français et Anglais furent continuelles. A la tête des Français était placé un Écossais, le comte de Biichan, à qui le roi avait confié l'épée de connétable. Bon nombre d'Ecossais figuraient alors au service du roi de France. Dans ces hostilités, il y eut beaucoup de sièges de châteaux et de villes. Plusieurs places furent prises et reprises successivement; par ex'emple, Meulan, en i423, et Compiègne, en i424-
Le 4, juillet i423, naissait à Bourges l'enfant qui devait être Louis XI. Cet événement fut, dans toutes les villes du royaume, et à Tournai surtout, l'occasion de grandes réjouissances.
Les deux années 1428, ili2l\, furent peu favorables aux armes françaises. Le 3 juillet r423, les troupes du roi, commandées par l'Écossais Jean Stuart, étaient battues à Crevant-sur-Yonne. Il est vrai que, quelques jours après, les Anglais que commandait Sutfolk furent taillés en pièces, près de la Gravelle, par Jean d'Harcourt, comie d'Aumale. Ils perdirent deux mille hommes : le seigneur de la Poole, le sire de Lozé, Thomas Clifton et plusieurs autres capitaines y furent faits prisonniers.
En 1424, le 17 août, se livra la bataille de Verneuil (jui, par les perles que les Français y éprouvèrent, rappelait les fatales journées de Crécy, Poitiers et Azincourt. Le duc de Bedford, à la tète de quatorze mille hommes,
I. Auguste Longnon, Les limites de la France et refendue de la domination anglaise à l'époque de la mission de Jeanne d'Arc, pp. 2 cl 22. In-So, Paris, 1875,
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remporta la victoire grâce à ses archers, comme à Azinconrt. Il ne perdait que seize cents hommes quand les troupes royales en perdaient plus de sept mille. Les seig-neurs de Buchan, d'Aumale, de Graville, de Tonnerre, de Ventadour, furent tués. Le sire de Gaucourt, le maréchal de La Fayette, le jeune duc d'Alençon furent faits prisonniers.
Après ce désastre, les troupes de Charles VII ne pouvaient plus songer à tenir la campagne. Si les Anglais avaient su profiter de leur victoire, c'en était fait de la dynastie des Valois et de l'indépendance nationale. Heureusement, une division éclata entre le duc de Glocester, oncle du petit roi d'Angleterre, et le duc de Bourgogne, au sujet du Hainaut que le prince anglais revendiquait comme appartenant à sa femme Jacqueline. Philippe le Bon conclut une trêve avec Charles VII, et celui-ci put porter toutes ses forces contre les Anglais (3o janvier
De 142.5 à 1427, une absence du duc deBedford permit au royaume de respirer. Le régent était appelé à Londres pour apaiser une querelle qui s'était élevée entre le duc de Glocester son frère, et leur oncle le cardinal de Winchester : il demeura quinze mois absent et ne revint à Paris qu'en mars 1427.
En août de cette année, les Anglais tentèrent, avec une flotte de cent vingt voiles, de surprendre La Rochelle : ils se retirèrent sans y avoir réussi. Mais, si Louis d'Estouteville, gouverneur du Mont-Saint-Michel, leur faisait éprouver de rudes pertes; si, à la rescousse de Montargis, La Hire et le Bâtard d'Orléans les culbutaient et dégageaient la place, Bedford s'emparait de Rambouillet (octobre 1427) et Talbot de Laval (mars 1428).
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Tout fier de ces succès, le conseil de rég'ence de Paris riîsoliit de meUre à exéculion un plan de campagne qu'il jugeait décisif. L'opération i)rincipale de ce plan consistait à s'emparer d'Orléans. La capitale de l'Orhianais vit en effet les Anglais paraître sous ses murs, en octobre 1428, et commencer les travaux du sièg'C. La ville se défendit six mois avec un courage et une constance admirables. Malgré cette belle défense, elle était en grand dang-er dêtre prise, lorsque Jeanne d'Arc, à la tète d'un corps et d'un convoi deisecours, pénétra dans ses murs, battit à plusieurs reprises les ennemis et les oblig'ca de lever le sièg-e.
Qu'était-ce que cette jeune fille dont l'apparition chang"ea si inopinément la face des choses; quelle part lui revient dans la restauration des affaires et la libération du royaume; quelles furent sa vie et sa mort, c'est ce que les pages suivantes vont dire au lecteur.
DE DOMPiEMY A ORLÉANS