Ibid., t. IV, p. 2o5, t. V, p. i.^o
CHAP. I. A I)(»i\rHK>[Y, LES DEUX FOYERS. 12^
Jacques on Jacquemin ; les deux autres, Jean et Pierre ou Pierrelot. Les deux fdies s'appelaient Jeanne et Catherine. Celle-ci, (|ue sa sœur paraît avoir aimée tendrement, se maria avec un cultivateur de Greux nommé Colin et mourut après c[uelques mois de mariaçe, avant le départ de sa sœur pour Chinon '.
Le villag'e dans lequel vit le jour la jeune fdle qui devait ramener la victoire sous l'étendard de la France se trouvait dans cette partie du nord-est appelée communément Marches de Lorraine, entre le duché de Lorraine et le royaume de France, à vingt et un kilomètres de Vaucouleurs en France, au nord ; à douze de Neufchâteau en Lorraine, au midi. Directement ou indirectement, la maison delà famille d'Arc relevait du royaume. « D'où nous apprenons, remarque son premier historien, que cette fille estoit vrayment Française de nation et d'affection^. » Elle n'eut, en effet, qu'un souverain légitime, Charles, fils de Charles, et elle ne cessa de l'appeler son roi^. C'était, au reste, le cas des habitants
1. V^oir E. DE BouTEiLLER et G. DE Bk.vux, La famille de Jeanne d'Arc, documents inédits, p. 91, in-Ho; Paris-Orléans, 1878; — Du nom de Romée. Un pèlerinage à Rome valait sans doute ce nom h quelque membre de la famille de la mère de Jeanne d'Arc. En ce temps, c'était chose re(;ue que les pèlerins de Rome prenaient ce nom : Romei, en italien ; « Romées » en français. — De la sœur de Jeanne. On suppose qu'elle était son aînée; c'est vraisemblable, mais les documents gardent le silence.
2. E. RiCHER, Histoire de la Piicelle d'Orléans, livre I, fu 8. Manuscrits delà Bibliothèque nationale, fonds français, n'> iol\liS.
3. A tort ou à raison, les rois de France ne cessèrent de revendiquer une autorité directe sur la rive gauche de la Meuse, de iJomremy à Vaucouleurs. Ce qui ne les empêchait pas de négocier selon les temps. Voir dans Y Annuaire-Bulletin de la Société de l'hisloire de France, années 1901 et igoS, les deux articles du comte de Pange sur « le pays de Jeanne d'Arc » ; 1901, pp. 169-208; 1908, pp. 270-271.
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de son village. Tous, sauf un seul, au lémoig-iiaj^e de Jeanne, tenaient le parti du roi de France'. Néanmoins, la vierge de Domremy ne méconnut pas le lien qui la rattachait, sinon au duché, du moins au « pays de Lorraine ». Ne déclarait-elle pas à son hôtesse de Vaucouleurs qu'elle était la Pucelle des Marches de Lorraine, appelée à réparer le mal qu'une femme avait l'ait au royaume? Ce n'est donc pas sans raison que le poète Villon, en sa ballade des Dames du temps jadis, nommait Jeanne la bonne Lorraine.
La nature et la configuration des lieux, a-t-on remarqué, exercent une influence appréciable sur le caractère et les dispositions morales des habitants. Dans ce eas, l'influence du petit coin de terre où naquit et grandit Jeanne d'Arc ne put être qu'heureuse. Rien de plus frais, de plus doux, de plus riant que cette vallée de la Meuse à laquelle appartenait Domremy; rien de plus gracieux au regard que ce petit village encadré de verdure, avec ses maisonnettes, les unes assises le long de la rivière, les autres rangées sur la pente du coteau couronné de bois qui les protégeaient contre les bourrasques du vent d'ouest. Et c'était toujours le même spectacle reposant, que le regard se portât vers Coussey et Neufchâteau, ou qu'il suivît le cours de cette vallée aux couleurs harmonieuses, aux fleurs variées, qui avait valu au bourg, siège de la chàtellenie, le nom de Vallis coloriini. Vallée des couleurs, Vaucouleurs.
Géographiquement parlant, Domremy appartenait au Barrois. pays considérable situé des deux côtés de la Meuse, entre la Lorraine proprement dite et la Cham-