CHAI'. H. A DOMREMY, LES DEUX FOYERS
chandelles, comme elle disait, devant son image dans la modeste église de Domremy'. Aussi souvent que possible, elle venait prier devant l'aulel qui lui était dédié, là même où ses parrains et marraines l'avaient présentée après son baptême, pour la mettre sous la protection de la Reine des Vierges. Mais ce que Jeannette aimait de préférence, c'était de se rendre en pèlerinage aux sanctuaires rustiques que la piété populaire avait érigés. Un de ces sanctuaires lui plaisait extrêmement : celui de Notre-Dame de Bermont ou Belmont, à une petite lieue de Domremj (trois kilomètres environ) au delà de Greux, dans la direction du nord.
Presque tous les samedis, dans la belle saison, au mois de mai principalement, les habitants de Domremy et de Greux voyaient Jeannette, accompagnée de sa sœur ou de quelqu'une de ses amies, parfois de petits g"arçons et de fillettes, traverser après midi" les deux villages et s'engag-er dans le sentier menant à la colline sur laquelle se dresse la chapelle de Bermont. Chemin faisant, les jeunes filles cueillaient des Heurs et en formaient des bouquets qu'elles déposaient ensuite aux pieds de la statue de la Vierge. D'habitude, Jeannette apportait aussi des cierges qu'elle faisait brûler devant la Madone, en témoignage de dévotion et de piété filiale^ Avant de reprendre le chemin du village, on descendait à la fon-
1. Déposition de Simonin Musnicr, de Domremy, laboureur. Ibid., pp. 424-425.
2. « PosL meridiem », dit Colin, de Greux. Procès, t. II, p. 433.
3. Procès, t. II, pp. 4o4, 4i3, 4iG, 420, 427, 433, 439, 462, 455, 462. — Voir dans l'ouvrage de M. Emile Hinzelin , Chez Jeanne d'Arc, la première et la deuxième partie : A Donireniy; — La terre et la race. Mais dans quel document l'auteur a-t-il découvert que, à Bermont, d Jeanne tit vœu de délivrer la France »? Op. cit., p. 93.
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Liine de saint Thiébaut qui est là tout près, cachée dans un pli de terrain, et on s'y désaltérait : puis, on retournait au logis, en caressant la pensée du prochain pèlerinage.
Qu'est-ce qui nous expliquera le charme puissant auquel cédait la fille de Jacques d'Arc dans ces visites à Noire-Dame de Bermont? Etait-ce l'attrait que le site sauvage et exceptionnellement pittoresque de la petile chapelle exerçait sur sa nature poétique? Etait-ce encore le plaisir qu'elle éprouvait à parcourir la route agreste qui y menait, et à jouir de la belle vue qu'on y avait sur Il vallée de la Meuse et sur les coteaux qui s'étagent aux yeux du pèlerin par delà la rivière?
Devant cette statue de Notre-Dame de Bermont qui représentait la Vierge reine et mère, une couronne sur la lèle, un sceptre à la main droite, sur le bras gauche le divin Enfant Jésus, Jeanne d'Arc, pourra-t-on dire encore, goûtait plus de joie à prier, son àme s'envolait d'un élan plus vif aux célestes demeures.
Il n'y a rien que de judicieux en ces explications; néanmoins elles ne donnent pas à l'historien une satisfaction complète. Il semble que sous cet empressement de Jeanne à visiter le sanctuaire de Bermont, sous l'enthousiasme qu'il décèle, se cache quelque mystère. L'archange saint Michel et les saintes Catherine et Marguerite, avec qui la pieuse jeune fille devait être en commerce ininterrompu à partir de sa treizième année, ne lui donnaient-ils pas en ce lieu comme de divins rendez-vous? Ses voix ne l'ont-elles pas visitée maintes fois dans les bois qui entouraient cette solitude? N'aurait-on pas, dans ces visites et leur souvenir, l'explication de cette parole mystérieuse sortie de son cœur au milieu du second interrogatoire
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public de Rouen : « Si j'étais dans un bois, j'entendrais bien les voix qui viendraient à moi' »?
A la vérité, Jeanne n'a jamais parlé, à ses juges, de Beimonl et de ce qui l'y attirait. Mais elle leur donnait sujet de l'interroger quand elle leur déclarait « être venue au roi de France de par Dieu et de par la Vierge Marie^ ». En dire davantag^e, Jeanne ne le pouvait pas. C'était une sainte. Or, les saints, qui savent le prix de l'iiumilité, ont accoutumé de dérober aux profanes les faveurs dont il plaît à Dieu de les combler^.
Un sentiment de même nature nous expliquerait peutêtre encore le silence que la Pucelle a gardé sur ses visites à l'église de Maxej-sur-Meuse où sainte Catherine était spécialement vénérée, ainsi qu'à cet autre sanctuaire de la Bienheureuse Vierge, proche de Maxey, connu dans le pays sous le nom de Notre-Dame de Beaurog-ard. A la vérité, les habitants de Domremy qui déposèrent au procès de réhabilitation n'en disent rien. Mais ils s'accordent à nous apprendre que Jeanne entretenait en son cœur pour la mère de Noire-Seigneur la