‹ Histoire Complete de la Bienheureuse Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 67 sur 306 · Domine, qui (unas (iniinas! » Sagesse, XI · texte numérisé non relu

Domine, qui (unas (iniinas! » Sagesse, XI

ir)4 I-V .lEUNKSSE DE JEANNE d'aRC.

Jeannclle l'aininit; clic en faisait l'occupation la plus douce de sa vie. Elle |)riail dans sa petite cliainl)i(! delà maison paternelle, et elle priait à l'église, la maison de famille des chrétiens; elle priait au repos, et elle priait en accomplissant sa tâche, au village et dans les champs. « On ne la voyait pas par les chemins, disait-on d'elle, — nous l'avons déjà rappelé, — mais dans le saint lieu où elle restait et priait'. » Après avoir assisté à la messe le malin, le soir, quand c'était jour de Complies, elle s'y rendait religieusement, et là, « tout à genoux, elle récitait dévotement ses prières^ ». Durant la journée, quand elle en avait le loisir, elle venait dans sa chère église se prosterner. Bien des fois, les liaLitaulsde Domremy l'y surprirent « les mains jointes, immobiles, les yeux fixés sur le crucifix ou sur l'image de la Bienheureuse Vierge Marie », la face respirant une joie toute céleste -\

Cette sainte habitude de la prière, la fille de Jacques d'Arc la gardera fidèlement lorsqu'elle aura quitté son petit village. Elle ne cherchera pas ailleurs, durant les deux années de sa vie publique, l'énergie indispensable pour triompher des difficultés, des obstacles accumulés sur son chemin et porter le poids de cette solitude qui eût écrasé les plus forts. Car, de Vaucouleurs au bûcher de Bonen, Jeanne demeura constamment isolée; la foule bruyante, au milieu de laquelle elle était jetée, ne luifai-

1. Déposition d'Isabelletle, femme Gérardin. Procès, t. II, p. 4^7-

2. Déposition de Dominique Jacob, prêtre, et de E'errin le Drappier, marguillier et sonneur de Domremy. Ibid., t. II, pp. SgS, l\i2>.

3. <( Dum erat in ecclesia, aliquotiens prona erat ante crucifixum, et aliquaudo habebat manus junctas et fixas insimul, ac vultum et oculos erigendo ad crucifixum aut ad bcatam Mariam. » Déposition de Henri Arnolin, prêtre. Ibid., t. II, p. ^Sg.

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sait sentir que davantage l'isolement auquel sa piété, sa vertu, la mission qu'elleavait à remplir la condamnaient. Et puis, Jeanne était femme! mais il lui restait la prière. A Cliinon, dans les ang-oisses de l'attente, chez son hôtesse, elle priait, demandant à Dieu qu'il ouvrît les yeux et le cœur de son Roi. A Poitiers, au logis de maître Rabaleau, son occupation habituelle, son refuge, son soutien sera la prière. Dans le cours de ses campagnes, son aumônier frère Pasquerel nous dira qu'il « la vit souvent durant la nuit, à genoux contre terre, prier Dieu pour la prospérité du Roi et l'accomplissement de la mission dont l'avait charg-é le Seigneur' ». Au château de Rouen, lorsque la prisonnière pouvait entrer dans un oratoire, on la voyait s'agenouiller, « et prier longuement avec la plus tendre piété" ». Sur le chemin du supplice, les prières qui jaillissaient de son cœur étaient si pleines de foi et si émouvantes, que tous les assistants, Ang-lais et Français. Cauchon lui-même, versaient des larmes.

Ainsi s'était formée dans le cœur de Jeanne d'Arc cette piété saine puisée aux sources les plus pures, l'amour de Dieu son créateur, de Jésus son rédempteur, une tendresse filiale pour la bienheureuse Vierg-e Marie, une dévotion pleine d'abandon et de confiance envers les ang-es et les saints; ainsi g-randit en elle cette relig-ion, cette charité larg-e et profonde qui devait être sa force et qui fit l'admiration de tous ceux qui la virent de près.

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