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3. L'historien Thomas Basin, évèque de Lisieux, contemporain de Jeanne, dit, en son Histoire de Charles Vil, que Jeanne d'Arc a avait une dévotion extraordinairement fervente en Notre-Seigneur Jésus- Christ, sa o-lorieuse Mère, et envers les vierges Catherine, Marguerite, Agnès et quelques autres ».
Il n'est pas improbable que le curé de Domremy ait inspiré à la petite Jeanne une vraie dévotion pour Agnès, cette martyre de treize ans; Jeanne avait une marraine qui portait ce nom. Mais ce qui est certain, c'est que la Pucelle ne joint jamais le nom de sainte Agnès à ceux de sainte Catherine et de sainte Marguerite. (Th. Basin, Histoire de Charles VII, i. \, cap. x, p. G9. Quatre volumes in-8o; Paris, iSâS-Sg, édition J. Ouicherat.)
CHAP. II. A DOMHEMY, LES DEUX FOYERS. l53
Il y avait encore une chose qui remuait doucement l'âme de Jeannette enfant et jeune fille : le son des cloches. En quelque lieu qu'elle se trouvât, môme au milieu des chainps, le vent lui en apportait-il le son à l'heure des Complies ou à celle de l'Ang-élus, elle s'agenouillait, se sig-nait et priait '. S'il arrivait au marguillier chargé des fonctions de sonneur de négliger son office, Jeannette l'en rej)renait et le lui reprochait. « Ce n'est pas bien, cela », lui disait-elle. Pour le rendre plus diligent à sonner les Complies, elle lui promettait des écheveaux de laine ou de ces g-âteaux de famille que les g"ens du pays appelaient des lunes'.
Nous ne quitterons pas ce sujet sans faire observer que si, durant son adolescence et sa jeunesse, Jeanne d'Arc ne négligeait aucune des pratiques extérieures propres à développer en son âme une tendre et solide piété, elle ne s'exagérait pas l'importance de ces pratiques et n'avait g-arde de faire consister la vraie religion à les observer uniquement. Elle n'ignorait pas — son excellent curé le lui avait appris — que « le royaume de Dieu est au dedans de nous ».
Du même maître et à la même école elle avait appris que l'âme chrétienne « a besoin de respirer du côté du ciel », et qu'elle ne respire de la sorte que par la prière, par de fréquentes élévations vers Dieu, le père céleste, Tami dUnii de nos âmes 3. La prière ainsi entendue,
1. « Dum erat in campis et audiebat campanam pulsare, ipsa se signabat et flectebat genua. » Dépositions de Jean Watterin, de Domremy, et de Simonin Musnier, op. cit., t. II, pp. 420, l\'i.[\.
2. Déposition du sonneur lui-même, Perrin le Drappier, op. cit., t. II, p.4i3.