‹ Histoire Complete de la Bienheureuse Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 93 sur 306 · CH. III. ACHEVEMENT DE SA PREPARATION HUMAINE. I · texte numérisé non relu

CH. III. ACHEVEMENT DE SA PREPARATION HUMAINE. I

non parfaitement établi. Les faits sont certains, les circonstances et la date qu'on leur assigne le sont un peu moins '.

Chose mieux attestée, notre héroïne ne se plaisait guère à Neufchâteau ; pent-être même s'y déplaisait-elle ; il lui tardait de retourner en son village". Elle n'attendit pas longtemps. Les troupes ennemies s'étant éloignées du pays et tout sujet de crainte ayant disparu, Jacques d'Arc et les siens regagnèrent avec joie leur maisonnette de Domremv.

Les divers incidents cjue nous venons de rappeler n'avaient pas seulement pour effet d'inspirer à Jeannette l'horreur de la guerre et des maux de tout genre qui en sont la conséquence ; ils avivaient de plus en son jeune cœur l'aversion pour ces insulaires qui, avides de s'emparer du beau pays de France, ne se contentaient pas de la force des armes et soufflaient le feu de la discorde parmi les habitants du royaume ; car la guerre qui se

1. Procès, t. I, pp. 128, 2i5. Dans l'interrogatoire du 12 mars, pp. 127-127, il n'est pas question de Neutchàteau ; mais à l'article ix du Réquisitoire, d'Estivet dit formellement que c'est à l'occasion du séjour de Jeanne à Neufchâteau qu'un jeune homme de Neufchâteau demanda sa main et, sur son refus, la traduisit devant l'official de Toul (ibid,, p. 212). Sur ces deux points, le texte officiel ne mentionne aucune dénégation de l'accusée. Edmond lAicher {Histoire manuscrite, 2e livre, feuillet i4), fait aussi, du séjour de Jeanne à Neufchâteau, l'occasion de^ cette demande en mariage et du procès qui s'ensuivit.

2. Déposition d'Isabellette, femme Gérardin, et de Gérardin luimême : « End sibi, ut dicebat, grave ibidem siare. » {Procès, t. II, pp. 423, 428.)

igS LA JEUNESSE DE JEANNE d'aRC.

poursuivait, surtout depuis le funeste traité rie Troyos, c'était tout ensemble la guerre élrang-ère et la yuerie civile.

Quoique bien jeune, la fille de Jacques d'Arc pouvait jug-er de ce qu'un pareil état de choses avait de désolant par les divisions qui soulevaient les uns contre les autres les villageois de la vallée de la Meuse. A Domremy, tous les habitants, un seul excepté, soutenaient ouvertement le parti dit Armagnac, ou du Dauphin, iils de Charles VI. A Maxey-sur -Meuse, au contraire, de l'autre coté de la rivière, à 2 kilomètres, on était pour les Anglo-Bourguignons. De là, des rixes fréquentes et acharnées entre les enfants des deux localités. Plus d'une fois, Jeanne vit revenir, blessés et sanglants, ceux de Domremy '. Elle s'en affligeait grandement, à cause de ces pauvres petits d'abord, puis à cause des sentiments antipatriotiques d'où naissaient tous ces maux. Cette impression chez elle était si vive que volontiers elle eût vu, disait-elle, « couper la tète à l'unique habitant de Domremy qui était du party des ennemis du roi ; — si toutefois, ajoutait-elle. Dieu l'eût permis ».

Une devait éprouver l'àme si française de la jeune tille lorsqu'il lui arrivait d'ouïr parler des désordres de cette femme si peu française, si peu soucieuse de sa dignité de mère et de reine, qui avait nom Isabeau de Bavière; du pacte impie que cette épouse de Charles VI avait conclu avec le duc de Bourgogne et le monarque anglais; de l'adhésion inqualifiable que cette mère de Charles VII avait donnée à un traité qui dépouillait son fils et livrait au roi d'Angleterre, à l'ennemi héréditaire,

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