CHAP. XX. CAMPAGNE UE LA LOIKE. PATAY
il ne faut plus penser qu'à s'aider les uns les autres, »
Aussitôt, Richemont vint jurer entre les mains de Jeanne qu'il servirait toujours loyalement le Roi; les chefs présents, le duc d'Alençon lui-même, gagnés par la parole persuasive de la jeune Lorraine, furent témoins du serment de Richemont et consentirent à se porter garants de sa fidélité.
D'après l'historien d'Arthur, le connétable aurait abordé la Pucelle, en lui disant : « On m'a dit que vous vouliez me combattre. Je ne sais si vous êtes de par Dieu ou non. Si vous êtes de par Dieu, je ne vous crains de rien, car Dieu sait mon bon vouloir. Si vous êtes de par le diable, je vous crains encore moins '. »
En se préoccupant de réconcilier Richemont avec le Roi, Jeanne lui prouvait qu'elle n'était pas de par le diable. Arthur de Richemont demeura et Beaugency fut pris.
Le duc d'Alençon, ayant accepté les services du connétable, le chargea de se porter à l'extrémité du pont, du côté de la Sologne, et de « faire le guet ».
Richemont s'en chargea volontiers. « Et ce fut, ajoute son fidèle chroniqueur, le plus beau guet qui eust esté en France, passé il y a longtenqis". »
Du côté de la Beauce, canons et bombardes étaient préparés et l'investissement de la place allait être complet. A la vue de ces disj-osilions, les Anglais perdent courage; ils demandent à traiter, et le bailli d'Évreux, qui les commandait, entre en pourparlers avec la Pucelle. Vers minuit, on tomba d'accord (]ue la garnison, composée environ de cinq cents cond)altants, len-
I. GiiLLAUME Grlel, 67(/'o/i/y Hf d'Arthur (le Rirhvinonl, pp. 71-72. 3. Ibid.
2 l8 JEANNE ET SA <( MISSION DE VIE )) . PHASE GUERRIERE.
drail au roi de France, représeiilé par Jeanne et le duc d'Alençon, le pont et le château de Beaugency, et qu'au soleil levant, ces cincj cents hommes se retireraient où l)on leur semblerait, avec leurs chevaux, leurs armes et la valeur d'un marc d'argent en bagages ou autres objets par personne, sous l'engag-ement de passer dix jours sans prendre part à aucun fait de guerre'. « Richard Guetlin et Malhays (Mathag-o), capitaines de la garnison, furent retenus comme otages. Leurs sovidoyers, ayant vidé la [ilace, se retirèrent dans la direction «.le Meung'.
Le samedi matin iS juin, à l'Iieure dite, Jîeaug'ency, le pont et le château (''luictil entre les mains des gens du l\oi.
18 JUIN. BATAILLi: DE l'ATAV. TAI.HOT PRISONNIER.
Ce succès nou\eau pi(»curait à rarmée royale un j)récieux avantage; il lui rendait la liberté de ses mouvements. Les ciiK] mille hommes (pie le duc de Bedford avait envoyés au secours de Talbot étaient depuis le lO juin sous la main de ce capitaine. Lorsque Falslolf, qui les conduisait, eut appris l'entrée en campagne du duc d'Alençon, il laissa à Etampes les vivres et l'artillerie, qui eussent relardé sa marche, et avec ses gens, « les plus déterminés qu'on pût voir au pays de