CHAP. XX. CAMPAGNE DE LA LOIRE. — PATAY. 22Ç
au fuyard de Palay d'avoir donné à ses compag-nons d'armes ce triste exemple sinon de lâcheté, du moins de faiblesse '.
II fallut bien pourtant que Bedford avouât sa déconvenue, quand il rendit compte des événements au jeune Roi et au Grand Conseil d'Angleterre. Pour atténuer sa responsabilité et flatter l'orgueil de ses compatriotes, il est assez vraisemblable (ju'il afiribua, comme il le fit plus tard, ce terrible échec « à un limier du diable, à un « un suppôt de l'enfer, nommé la Pucelle, qui avait usé, « pour vaincre, d'enchantement et de sorcellerie; lequel « échec avait non seulement diminué le nombre des « gens du monarque anglais, mais avait aussi diminué « de façon merveilleuse le courage de ceux qui res-
« taient^ ".
Dans sa déposition au procès de réhabilitation, Dunois rappelle (|ue (piinze jours a[)rès la prise de Jargeau, huit j(juts par conséqiient après la bataille de Patay, on fit tenir au comte de Suffolk, (|ui était prisonnier, quatre vers dans lesquels était mentionnée la fameuse prophétie
1. MoNSTRELET, C/irori iqiie , l'ivre II, chap. lxi ; t. IV, p. 332.
2. Procès, t. A", p. i\\^. — Rapin Thoyras cite ce passage dans son Histoire iV Angleterre, t. IV, p. 237 (petit in-40, La Haye, ly^o)- (I Ce fragment de lettre, dit-il dans une note, est sans date. Il a été mis mal à propos dans le Recueil des Actes publics parmi ceux de l'année 1428. » Par conséquent, il n'est pas extrait du Rapport adressé par Bedford au Grand <"onseil de Londres après la bataille de Patay, comme on le dit souvent. Il le serait plutôt d'une Lettre écrite au Roi, en 1434 probablement, par le Régent à propos de l'état auquel la domination anglaise avait réduit les provinces de France qui lui étaient soumises. Bedford, ayant à parler des villes et populations qui avaient abandonné la cause anglaise depuis 1429, chercha à dégager sa responsabilité. Il a fait, dit-il dans sa lettre, tout ce qu'il devait et pouvait. C'est à la Pucelle, à la foi qu'on eut en elle et aux enchantements dont elle usa ([u'il faut attribuer ces défections.
de Merlin sur la Piicelle du Bois-Cliesiiu. Les Ain>lais ayant en haute estime les valicinations de Merlin l'enchanteur, on supposait (jue, à défaut d autre consolation, c'en serait une pour les vaincus d'apprendre que leur défaite avait été annoncée par leur prophète de prédilection'.
De Corbeil, le duc de Bedford revint à Paris. Il (i(Miva la ville tout émue du bruit de la victoire des Français. On voyait déjà les Armagnacs aux portes de la capitale. Le Conseil royal s'assembla : l'on y raconta les périls et les exlréuiités auxquelles les troupes anglaises avaient été en butte, la destruction (pie les Français avaient faite d'un grand nombre de combattants. Les fidèles sujets de Henri VI pleuraient en entendant ces récits. La conclusion arrêtée fut qu'il fallait mettre la ville en état de défense. Le prévôt des marchands et les échevins, soupçonnés de froideur pour la cause anglaise, furent remplacés. Enfin, on écrivit à Londres pour demander en toute hâte, non seulement les 200 lances et les 1.200 archers (jue le lièrent avait demandés en avril précédent et (pi'il al tendait toujours, mais le plus de secours possible en hommes et en argent".
Autant les Anglo-Bourguignons étaient abattus et déconcertés par les succès de l'armée royale, autant la joie était grande dans le royaume. Deux jours après Patay, le 21 juin, Perceval de Boulainvilliers, conseiller-chambellan de Charles VII, s'en faisait l'écho et écrivait au duc de Milan la curieuse lettre que nous mentionnions
1. Procès, t. III, p. 10. — On a vu dans la page de Mézeray, citée aux Notes du premier volume, que les Anglais invoquaient à tout propos les prophéties et l'autorité de Merlin.
2. De Baiv\nte, Histoire des ducs de Bouryotjne, t. III, p. 323.