I. Procès, t. V, pp
en elles et s'apprêtait à vibrer plus fort que jamais. En un mol, non seulement l'ainiée du lloi, mais le royaume, mais la France elle-même se ressaisissaient.
JEANNE RENOUVELLE SES INSTANCES AUPRES DE CHARLES VII, POUR ALLER A REIMS.
Malgré l'accueil peu encourag'eant qu'avait fait le Roi à sa démarche concernant Ricliemont, Jeanne d'Arc ne laissa pas le prince s'endormir dans la nonchalance qui lui était naturelle. Tout entière à l'accomplissement de sa mission, elle ra[)pela respectueusement au Dauphin les résolutions qu'il avait airètées lui-même lorsque fut décidée la cam[)agne de la Loire. Puisqu'il n'y avait plus rien à craindre du côté de la Beauce, il fallait, lui dit-elle, se porler en avant sans allendi'e davantage et marcher sur Reims.
Charles VII, sous l'empire néfaste de La Trémoille, écoula assez froiilement le lang^age delà Pucelle. 11 serait imprudent de se hâter, lui répondit-il. Tout le pays, de{)uis Orléans j-isqu'à la \ille du sacie, était entre les mains des Jiourguignoiis et des Anglais; du reste, on examinerait en conseil, à Chàteauneuf-sur-Loire , ce qu'il y aurait de mieux à faire.
Le 20 juin, le Roi partait de Sully, emmenant avec lui la jeune Lorraine. Le lendemain, 21, il était à Saint- Benoît-sur-Loire. Jeanne paraissant profondément triste, Charles en fut ému. Il lui remontra qu'elle se donnait trop de peine pour lui, (pt'elle devait songer à prendre un peu de repos.
244 JEANNE ET SA « MISSION DE VIE )). PHASE GUERRlÈllE.
— Ce n'était pas le moment de prendre du re[)os, repartit la Pucelle; elle n'en prendrait pas et n'y songerait pas tant que Charles n'aurait pas reçu son digne sacre.
Le Roi ret(jnd»ant dans ses doutes et ses perplexités, Jeanne lui dil :
— Pourquoi (l(Hitez-vous ainsi, gentil sire? Vous aurez votre rovauuie et vous serez couronné'.
A r<liàleauneuf-sur-Loire, où l'on était rciulu le ■22 juin, il se tint de nombreux conseils. Dans quelle mesure l'opposition ouverte aux desseins de la Pucelle se fit-elle jour, nous ne saurions le dire; mais une opposition indirecte, mettant en avant l'imprudence qu'il y aurait à compromettre par un échec les résultats obtenus, ne maïupia pas de se produire. C'est Dunois «pii nous l'ajjprend. Les seigneurs de sang royal, dit-il, et autres capitaines voidaient (|ue le Uoi allât non à Reims, mais en Normandie".
A leui" avis, le voyag^e de Reims était tro[) périlleux. « Tout le païs [)ar où il fallait passer était ennemi; il faudrait former autant de sièjfcs qu'on rencontrerait de villes et de ports. Pour ce faire, il était besoin d'un grand attirail de munitions et d'artillerie qu'il était impossible delraîner à ce voyage. D'ailleurs les 'vivres et l'argent manqueraient. Le Roy pourrait tout à son aise, après avoir i-angé les ennemis à la raison, se faire sacrer et couronner^, » En prenant la loute de la Normandie, on évitait une marche à travers près de cent lieues de pays
1. Procès, t. III, p. 1 16. Déposition du président Simon Ciiarles. — Chronique de la Pucelle, p. 3o8.