Jean Chvrtieiv, Procès, t. IV, pp
« douze mille romhallaus, tous preux, hardis, vaillants et de grand courage ' ».
Le 25 juin, le jour même où le Roi et sa maison arrivaient dans Gien, Jeanne, qui s'y était rendue également, adressait aux fidèles lial)itants de Tournay une lettre dans laquelle elle les informait des résultats de la campagne de la Loire et les invitait « à venir au sacre du genlil roi Charles, à Reims, où nous serons bientôt », disait-elle.
Voici, dans sa teneur, cette lettre qui, comme toutes celles de Jeanne, respire un [)arf"um exquis de patriotisme et un amour ardent pour a la bonne cause du royaume de France » :
-|- Jhesus -j- Maria.
a Gentilshommes loyaux Français de la ville de Tour- « nay, la Pucelle vous fait savoir des nouvelles de par « deçà. En huit jours, elle a chassé les Anglais de toutes « les places qu'ils tenaient sur la rivière de la Loire, « par assaut ou autrement. Il y en a eu beaucoup de (( pris et de tués, et elle les a déconfis en bataille. Et « croyez que le comte de SufTolk, La Poole, son frère, « le sire de Talbot, le sire de Scales et messire Jean « Falstolf^, ainsi que plusieurs chevaliers et capitaines, « ont été pris, et le frère du comte de SufTolk et Glans- « dale tués. Maintenez-vous bien loyaux Français, je « vous en prie.
1. Procès, t. m, p. 76. Déposition de Gobert Thibault. — Journal du siège, p. 108.
2. Falstolf, oa l'a vu plus haut, no fut ni pris, ni tué. Il se réfugia dans Corbeil. — Peut-être avait-on confondu avec ce capitaine quelque seigneur anglais qui lui ressemblait de visage et de nom.
2;)0 JKAN.NK ET SA « MISSION DE VIR ». PHASE GUEHKIÈRE.
'( Je VOUS prie et vous reqiii(M\s (jue vous sovez tous « prêts à venir au sacre du gentil roi Charles à Reims, « où nous serons hieulôt; venez au-devant de nous, a quand vous saurez que nous approchons. A Dieu je (( vous recommande. Que Dieu vous g^arde, et qu'il vous (( donne la grâce de pouvoir défendre et mainlenir la « honiu^ querelle (cause) du loyaiime de France.
« Ecrit à (lien le vingt-cinquième jour de juin. »
Sur l'adresse : « Aux loyaux Français de la ville (le Tournaii '. »
La lettre de la Pucelle « et du confesseur d'icelle » fut remise le () juillet aux Tournaisiens. Le lendemain, les ([uatre Consaux ou comité administratif mandèrent le clergé, les officiers du bailliage et gens de loi, pour en prendre officiellement connaissance et aviser avec eux sur le contenu de la dépêche.
Le 9 juillet, il fut décidé, après délibération, qu'on la communiquerait aux bannières, c'est-à-dire aux trentesix sections formant l'universalité des citoyens.
Quant à nommer des ambassadeurs pour accompagner (ïliarles \']1 à Reims, les Tournaisiens n'avaient pas attendu l'invitation de la jeune g"uerrière. Le 3 juillet, maître Henry Romain, conseiller g-énéral tie la ville, désigné à cet effet, partait de Touinay et allait rejoindre auj)rès du roi les deux Tournaisiens Biétremieu Carlier, grand doyen, et Jacques Oueval, juré, f|ue des lettres spéciales lui adjoignaient. C'est pour cela que, dans le procès-verbal officiel dressé à leur retour, l'on voit qu'ils assistèrent non seulement au sacre et couronnement de
I. Procès, t. V, p. 124. — Cette lettre n'ayant pas rim])oilance de la lettre aux Anglais, nous en avons rajeuni les mots et l'orthographe.
Charles VII, mais encore « aux entrées ([u'il avait faictes es villes de Auxerre, Gien, Troyes, Chàlons et autres ' ». Le jeudi soir, 21 juillet, les trois ambassadeurs rentraient dans Tournay. Le lendemain, ils rendaient compte au peuple de leur mission et présentaient les lettres adressées par le Roi à ses fidèles sujets. Lecture publique en fut donnée ce même jour au peuple, ainsi que le 26 juillet « par-devant les Gonsaulx et commis en halle" ».