CHAP. XIII. LE ROI ET LE ROYAUME. O
mandat, faisait annoncer aux habitants de Paris l'avènement de leur prétendu souverain. Un héraut parcourut les rues de la capitale, criant : « Vive Henri VI de Lancastre, roi d'Angleterre et de France! »
C'était le Roi de Paris.
De l'autre côté de la Loire, dans la chapelle de Mehun-en-Berrj. le 3o octobre, pendant la messe à laquelle le Dauphin assistait en vêtements de couleur vermeille, on levait la bannière de France, et les hérauts criaient à plusieurs reprises « haut et clair : Vive le RoiM »
C'était le Roi de Bourges".
Lequel de ces deux princes, un enfant qui venait de naître et un jeune homme qui n'avait pas vingt ans, allait rester le seul et vrai roi de France? Humainement parlant, il n'y avait pas lieu de douter. Quoique la moitié de la France reconnût encore Charles VII pour roi, au point où en étaient les envahisseurs, ils se flattaient assurément que leur seigneur et maître en resterait le possesseur définitif.
Le rég-ent de France pour le fils de Henri V était le duc de Bedford. Au nord de la Loire, il occupait la plus grande partie des provinces françaises, et il avait l'immense avantage d'être maître de Paris. Les troupes qu'il menait à l'envahissement progressif du royaume
1. Enguerran de Monstrelet, Chronique, livre II, chap. i; t. III, p. 537.
2. Nous avons eu déjà, t. I, p. 343, sujet de remarquer que Poitiers était aussi une des deux capitales provisoires du royaume. A Bourj^es résidait la chambre des Comptes; mais à Poitiers, depuis i4i8, siégeait le Parlement, et à partir de i425 la Cour des aides réorganisée et les docteurs de l'Université ralliés à la cause nationale.
4 JEANxXE ET SA (( MISSION DE VIE )) . PHASE GUERRIERE.
comptaient dans leurs ran^^^s les capitaines et les archers vainqueurs d'Azincourt. Lui-même unissait aux talents militaires l'art du diplomate et l'iiahileté de l'homme d'Etat. Du côté des Fran(;ais comme du côté des Ang^lais, il ny avait qu'une voix sur les qualités remarquables de l'adversaire de Charles VII.
Jean PIantai;enet, duc de Bedford ou de Bethfoid, était le troisième fils de Henri IV, roi d'Ang^leterre, et frère de Henri V. le vainqueur d'Azincourt. Né en 1889, il mourut a un à;;e peu avancé, en i435. Dès sa jeunesse, il se forma dans l'art de la guerre et dans l'art plus difficile de t^ouverner les hommes, en remplissant les fondions de y;^ouverneur de Berwick et en défendant les frontières de l'est, du côlé de l'Ecosse. Pendant que Henri V faisait campagne en Fiance, il confia la régence d'Angleterre au duc de Bedford. Lorsque le jeune roi se sentit frappé à mort, il manda près de lui à Vincennes le duc de Bedford, le comte de Warvick et quatre autres seigneurs de haute dislinclion. Il recommanda à leur loyauté la reine et son enfant. Il les conjura de cultiver l'amitié du duc de Bouricogne et de lui olTrir la régence du royaume de France; dans le cas où le duc la refuserait, le mourant la confiait à son cher frère de Bedford.
Le duc de Bourgogne refusa et Bedford fut nommé régent de France, au nom du petit roi Henri YI d'Angleterre, son neveu'.
Le nouveau régent prit à cœur la lâche qui lui était
I . Le vrai titre donné à Bedford et à Giocester par les pairs et les communes (10 novembre 1422) fut celui de « Protecteur et gardien du royaume ».
John Lingard, Histoire d'Angleterre, trad. par le baron de Koujoux, t. V, pp. 73, 74, 87, 89, 90. Iu-80, Paris, 1842.