‹ Histoire Complete de la Bienheureuse Jeanne d'ArcChapitre 3 sur 381 · CHAP. XIII. LE ROI ET LE ROYAUME. O · texte numérisé non relu

CHAP. XIII. LE ROI ET LE ROYAUME. O

confiée : il n'y eut pas de sa faute si la Fiance ne fut pas assujettie clérinilivement à la domination anglaise, car il déploya dans la poursuite de ce but les qualités les plus rares et une énergie qui ne se démentit jamais.

« Le duc de Bedford, dit un des principaux historiens anglais, était le prince le plus accompli de son temps : son âge, sa prudence, sa valeur et sa générosité le rendaient digne de l'honneur auquel il avait été élevé. Aussi énergique que son royal frère, il avait des qualités morales qu'on cherchait en vain chez le vainqueur d'Azincourt. Grâce à ces qualités, il était capable d'entretenir l'union parmi ses amis et de gagner la confiance de ses ennemis '. »

Un des premiers soins du nouveau Régent de France fut de resserrer les liens qui existaient entre les trois États d'Angleterre, de Bourgogne et de Bretagne. Le 23 avril de l'année qui suivit la mort de Henri V, le Régent eut à Arras, avec les ducs de Bretagne et de Bourgogne, une entrevue dans laquelle les trois princes se jurèrent amitié. Pour cimenter cette amitié, Bedford épousait peu après, à Troycs, Anne, sœur du duc de Bourgogne". Appuyé sur ces deux alliés, il n'avait, semblait-il, pour arriver à ses fins, qu'à laisser marcher les événements.

L'écrivain du quinzième siècle qui a maintes fois élevé le ton de la chronique à celui de l'histoire, Georges Chastellain, fait de Charles VII le portrait suivant :

1. David Hume, Histoire d'Angleterre, t. II, p. l\l\o. Petit in-4o, Amsterdam, M. D. CC. LXIX.

2. MoNSTRELET, Chrotiiqiie, livre II, chap. vu; t. W, pp. i/iy-iSi.

« Cestuy Charles septiesme, a proprement le décrire au vif selon que nature y avait ouvré, n'était pas des plus spéciaux en son œuvre, car moult était linge (laihle, délicat) et de corpulence maigre : visage avait hlème, mais spécieux assez, parole belle, et bien agréable et subtile (pénétrante). En lui logeait un très beau et très gracieux maintien. Néanmoins, aucuns vices soutenait, souverainement (surtout) trois : c'était muableté (mobilité, versatilité), diffidence, et au plus dur et le plus c'était envie par la tierce (pour le troisième)'. »

Ainsi s'exprime le chroniqueur bourguignon au chapitre XLiii du livre II, dans lequel il s'attache à décrire (( les caractères des deux princes de ce temps, le Roy de F'rance et le duc de Bourgogne ».

Ce qu'il ajoute plus bas nous permettra de compléter ce crayon :

« De sa personne luy-méme (Charles VII) n'était pas homme belliqueux; il n'était pas robuste, mais avait des grâces à l'eucontre que de sages et vaillants s'accompagnait volontiers et s'en souffrait conduire. Par quoy ce qu'il perdait en vaillance, que naturellement n'avait de luy-mème, le recouvrait-il en sens, de quoy il profitait aux vaillants ". »

Un autre chroniqueur du temps, Pierre de Fenin, écrira ces lignes significatives :

« Charles était de sa personne beau prince et beau parleur à toutes personnes et était pileux envers les pauvres gens ; mais ne s'armait mie volontiers, et il

1. Georges Chxstei^lms, Chroniq iif, t. Il,|». 178. Iii-S", Bruxelles, i863-i866.

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