‹ Histoire Complete de la Bienheureuse Jeanne d'ArcChapitre 255 sur 381 · RESULTAT DES NEGOCIATIONS AVEC LE DUC DE BOURGOGNE · texte numérisé non relu

RESULTAT DES NEGOCIATIONS AVEC LE DUC DE BOURGOGNE

CE qu'en pensait la PUCELLE.

L'accueil fait par le Iloi de l'^rance aux envoyés du duc de Bourg'og'ne, au lendemain du sacre, avait fiai lé ce prince. Les négociations engag'ées ne traînèrent pas en iong-ueur; elles eurent pour résultat, à la date du 5 août :

I" Une trêve de quinze jours;

2" La promesse, au nom de Pliilippe le Bon, d'ouvrir au roi Charles, à l'expiration de la trêve, les portes de Paris,

Il fut en outre convenu que Charles VII enverrait une ambassade au duc Philippe à Arras, où elle se rencontrerait avec celle du duc de Savoie'.

Les conseillers de Charles VII paraissaient priser fort la promesse du fils de Jean sans Peur; Jeanne n'y eut aucune confiance. Ce qu'elle eût voulu de Philippe, c'était une démarche loyale, une avance décisive, et non une de ces négociations dipIomati(pies dans lesquelles les deux parties cherchent à se duper l'une l'autre.

La promesse du duc de Bourgogne d'ouvrir au Roi les portes de la capitale était-elle d'ailleurs sérieuse? et comme h; reniar(pie le greffier de La Rochelle, n'élailelle pas faite « [)Our- ameser le Roy (pii esloit tout dis-

I. I3e Bualciilhi, ff/stoire de Charles VII, t. II, p. iol\; — VALLF.r UE Viiuvii.Li;, iiK'iiie tilre, t. II, p. 107. — Tout document liiisaiil déFaut, (mi ne coniiait (jue le fait pur et simple de cet accord.

344 JEANNE ET SA « MISSION DE VIE ». PHASE GUERRiÈUR.

posé d'aller tout droit devant Paris' »? Sons ces impressions diverses, Jeanne écrivit aux l\émois la lettre suivante :

« Mes cliiers et hons amis les l)ons et loyaux Fran- « çais de la cité de Hains (/{ei/ns), Jehannc la Pucelle (( vous faict à savoir de ses nouvelles et vous prie et (t vous requiert que vous ne faictes nul doute (que nous (( riP (lonticz pas) en la bonne querelle que elle mayne <( j)Oui- le sain;' royal (du succès de la bonne cause « (ju'elle soutient pour le sang royal); et je vous pro- « met et cerlily (pie je ne vous ahandonneray poinct (( tant (pie je vivray. Et est vray que le Roy a faict « trêves au duc de Bourç^og^ne quinze jours durant, j)ar (( ainsi (à r issue desquelles) qu'il li doit rendre la cité « de l*aris paisiblement au chief (au bout) de quinz(; « jours, l^ourlanl ne vous donnes nulle merveille {ne a soijer pas étonnés) si je ne y entre si briefvemenl (si (( je n II entre pas bie/itàt), combien que (bien que) des (( lr("'ves (pii ainsi sont faictes je ne suy point contente (( et ne scay si je les tendray; mais si je les tiens, ce « sera seulement j)Our ^aider l'honnenr du Hoy; com- « bien aussi (pie ils n'abuseront pas le san*;' royal, car (( je lendray et maintendray ensemble l'armée du Roy (( pour estre toute [)reste au chief (bout) desdiz quinze (( jours, si ilz ne font la paix. I*our ce, mes très chiers (( et parfais amis, je vous prie (jue vous ne vcjus en dow- (( niez malaise tant comme je vivray (r/ue vous ne vous « en tourmentiez pas tant que je uiorai); mais vous « re(juieis que vous faictes (fassiez) bon g"uet et gardez

I. /{étalions du Licrc noir (te La Bochelle, Revue hislor ique

t. IV, p. 3:^7.

CFIAP. XXIV. CAMPAGNE DR l'jLE-DE-FRANCE. 345

« (gardiez) la bonne cité du Boj ; et me faicles savoir « s'il n'y a nn!z (riteurs [de mauvaises gens) qui vous « veullent grever, et au plus brief que je })Ourray, je les « en osteray ; et me faicles savoir de vos nouvelles. A (( Dieu vous commans [recommande) qui soit garde de « vous [qu'il ait garde de vous).

(( Escript ce vendredy, cinquiesme jour d'aoust, enprès « Provins, un log^is sur champs au chemin de Paris. »

Sur l'adresse : « Aux loyaux Franczois habitans en la ville de Rains '. »

Au fond, la pensée qui avait inspiré à la Pucelle sa lettre du 17 juillet au duc de Bourgogne lui inspirait cette lettre-ci aux Rémois. Dans la première, elle requérait du duc Philippe « bonne paix ferme qui durât longtemps ». Au lieu de cette bonne paix, Philippe n'accordait qu'une trêve, et encore de quinze jours. Or, d'une trêve pareille, et même de toute cette politique qui va restreindre de plus en plus l'action {guerrière, Jeanne ne s'en soucie pas. De{)uis le commencement du règne de Charles VII, de nombreuves trêves avaient été consenties entre le duc de Bourgogne et le roi de France. Jamais ces trêves n'empêchèrent le fils de Jean sans Peur de fournir aux Anglais des hommes et des subsides'. Quant aux trêves qui se préparent, elles auront

1. Procès, t. V, |)|). i;5(j-i/|o. — l/oriyin;il de cette lettre était conservé aux Archives de Reims ou commencement du dix-seplième siècle. Il est aujourd'hui dans le charirier de M. le comte de Maleissye, à Houvillc, près Chartres. M. de Maleissye est un descendant direct par les lemmes de (Charles du Lys, mort en [682, arrièrepetit-fils du plus jeune des frères de Jeanne d'Arc. (H. Jadakt, op. cil., p. 125.)

2. Pendant que les hostilités entre Anglais et Français se poursuivaient dans les premières années du règne de Charles VIT, le duc de

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pt)ur effet de réduire Jeanne elle-même à l'im[)uissance.

Comme on vient de le voir, Jeanne écrivait cette lettre (( en un lo^-is sur champ, chemin de Paris ». I/armée rovale venait de reprendre celte direction dont avaient cherché à la détourner les conseillers cl seig"neurs qui voyaient avec (h'pil le Hoi s'en rapporter aux vues de la Pucelle. Foris du succès de leurs nég-ociations avec le duc de IBouryog-ne et de la trêve cjui avait été consentie, ils insislèienl auprès de Charles VII afin (ju'il renonçât à poursuivre la campag"ne et (pi'il re|)rît la route de la Loire. « A (pn)i lion, disaient-ils, s'efforcer d'obtenir par beaucoup de sanj; répandu celte ville de Paris rpie, sous peu de jours, Philippe le Bon devait livrer sans coup férir? » Le jeune monarque, toujours faible, toujours enclin aux mesures qui favorisaient son indolence natu. relie, consentit à ce qu'on lui demandait. Par ses ordres, l'armée prit la route de Bray où elle devait passer la Seine j)Our rei^ay^ner ensuite Gien et la Loire'.

Cette décision causa une pénible surprise à Jeanne d'Aïc (jui se voyait déjà aux portes de la ca()itale. Le duc (rAlen(;on, les seig^neurs de Vendôme, les comtes de Clcrmonl et de Laval n'en furent pas moins mécon-

Savoie s'était entremis et avait obtenu du duc de Bourgogne plusieurs trêves (28 septfnibre \f\'i.l\, 3o janvier 14^0, 20 janvier 1/127, 22 niai 1428). Le iG janvier i4^9, la trêve existante fut prorogée, toujours grâce à la médiation du duc, et elle était encore en vigueur le 3o juin 1429. Les néii^ocialions directes établies en juillet suivant enire (Iharles VU et le duc de liourgogne donnèrent lieu à la trêve (pie mentionne la Pucelle. (De Be^lcocrt, Revue des questions historiques, t. II, p. 288; — GuiCHENON, Preuves de l'Histoire rjénéalogique de la royale maison de Savoie, p. 296.)

I. Chronique de la Pucelle, p. 325; — Jean CnAmiER, p. 79 ; — Journal du siêrje, pp. i i5-i lO,

CHAP. XXIV. CAMPAGNE DR LILE-DE-FRANGE. S/Jy

lents. Heureusement, une circonstance imprévue rendit inutiles les mesures arrêtées.

Les habitants de Bray avaient pris l'eng^aç-ement de livrer aux gens du Roi le passage de la ville et du fleuve. Mais la nuit qui précéda l'arrivée des troupes royales, les Anglo-Bourg-uig-nons pénétrèrent dans Bray et s'emparèrent du pont. Quand les premiers Français arrivés se présentèrent pour passer le pont, ils renconirèrent de la résistance et durent se retirer en désordre. Impuissant à forcer le passage, Charles VII fut obligé de revenir sur ses pas et de regagner Provins. Un nouveau conseil fut tenu. Cette fois, le sentiment de la Pucelle prévalut définitivement. « Les princes du sang et les capitaines firent entendre au Roi que la guerre se faisoit autant par bonne opinion et renommée que par autres moyens' »; et l'armée se remit en marche vers Paris.

Le dimanche 7 août, le Roi passa la journée à Coulommiers. Le mercredi 10, il était à la Ferté-Milon, et le jeudi (11 août) à Crespy-en-Valois^. En apprenant la venue de leur jeune monarque et de la libératrice d'Orléans, les populations accouraient de toutes parts, « criant NoëP et chantant Te Deiim laiidamns, et dévotes antiennes, versets et répons, et faisant merveilleusement fêle, regardant surtout beaucoup la Pucelle. Et

1. K. RiCHiiR, Ilistoife de la Pucelle d'Oi-lédris, t. I, p. i^/^.

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