‹ Histoire Complete de la Bienheureuse Jeanne d'ArcChapitre 256 sur 381 · PiCRGF.VAL DE CvciNY, PrOcèS, t. IV, p · texte numérisé non relu

PiCRGF.VAL DE CvciNY, PrOcèS, t. IV, p

3. C'est la coutume de chanter Noël durant l'Avent et à la Nativité de Notre-Seiiii'neur, rcmanpie E. Richer, qui « a fait que le peuple au siècle de la Pucelle interprétait ces termes : Noël, Noël, pour une manière de compliment, comme (jui diroit : Vous, soyez le bienvenu. Et me souviens en ma^eunesse avoir vu et chanté de vieux Noëls imprimés en lettres ^•olhi(]ues ausquels y avoit ce verset pour refrain ordinaire : Criez voix, à haute voix, Noël tu sois bien venu ! » (E. I\icher, Histoire de la Pucelle, livre I, fo 71.)

348 JEANNE ET S\ « MISSION DE VIE )) . PHASE (iUElVIU Èl< E.

elle, considérant leur niaiiilien, pleurait bien fort. » Ces à cette occasion que se produisit la scène toucliante entre Regnault de Chartres, Dunois et Jeanne, que nous avons rappelée au cours du chapitre précédent.

Le onzième jour de ce mois d'août, à Crespj-en-Valois, Charles VII lecevail une letlre du duc de Bedford, écrite le 7 aov'it ;\ Montereau. Dans cette lettre, le Régent, après maints reproches amers, sommait le prince de piendre, dans la Brie ou dans l'Ile-de-France, « place aux cliamps convenables, à bref délai, pour procéder par journée de bataille, si Ton ne pouvait par voie de paix».

Cette lettre, (|ui est fort Ionique', commençait ainsi :

« Nous, Jehan de Lancastre, régent de France et duc de Bedford, faisons savoir à vous, Charles de Valois, (jui vous nommiez autrefois Dauphin de Viennois, et maintenant sans cause vous dites roy; pour ce que torchionnièrement avez de nouveau entrepris contre la couronne de très haut et excellent prince, mon souverain seigneur, Henry, par la grâce de Dieu, vray, naturel et droilurier roy de France et d'Angleterre, donnant à entendre au sim[)le peuple (jue venez ponv lui donner [)aix et sécurit(''; ce (pji n'est j)as et ne peut être, par les moyens que avez tenus, faisant réduire et abuser le peuple ignorant \ous aydanl de gens superstitieux et réprouvés, comme d'une femme désordonnée et diffamée, en habit d'homme et de conduite dissolue, et aussi d'un frère mendiant (Frère Richard), apostat et séditieux, tous deux, selon la sainte Ecriture, abominables à Dieu";

1. X'oir la lettre entière dans .Monstrelet,^]. II, cliap. lxv; t. I\', pp. 34 0-344 •

2. Frère Richard, après Reims, était resté en la compagnie du roi Charles et, de la Pucelle.

CHAP. XXIV. CAMPAGNE DE l'iLE-DE-FKANCE. 349

« Nous, pour yardei" le way droit de moiidit seig'iieur le roj, avec l'ayde du Tout-Puissant, nous sommes mis sus et tenons les champs en notre personne et en la puissance (pie Dieu nous a donnée. »

Le llég-enl ne manque pas de rappeler « le terrible,

détestable et cruel meurtre commis contre loi et honneur

de chevalerie en la j)ersonne de feu le duc Jean de Bour-

^•o^•ne, à rpii Dieu pardonne, et l'impunité dont avaient

-bénélicié les meurtriei"s ».

En terminant, le duc de Bedford demande à Charles de lui faire savoir hâlivemenl et sans perdre temps ce ipi'il se propose de faire, le déclarant responsal)le des maux, « continuation de guerre, pilleries, rançonnemenis et occisions de i^ens » qui pourront advenir.

Charles VII répondit au héraut (pii lui avait porté la lettre :

« Ton maître n'aura pas grand'peine à me trouver : c'est moi qui le cherche'. »

E. Richer dit qu'il faut voir en ce prélendu messag'e de Bedford, non une letlre adressée au Roi, conformément au cérémonial ordinaire, mais un manifeste, « un papier volant qu'il fit courir pour retenir le peuple dans le devoii" et asseurer Melun, Corbeil, Montereau-faut- Yonne, des(pielles villes la conservation de Paris des[)endoit'. » Aussi Monstrelet ne dit-il pas que ce manifeste ait été envoyé à Charles VU [)ar des hériuits, comme il était nécessaiie.

Le roi Charles, persuadé que Bedford recherchait la bataille, (juitta Crespy avec sa petite armée et vint, le

1. HoLLiNsiiEi), T/iP cronicles of England ; — De Barante, t. III,

2. E. tWcHEu, /Jis.'inre de lu Purelle (VOrléaiis, t. I, p. 142.

35o JEANNE ET SA « MISSION DE VIE ». IMIASE (JUERRIÈKE.

vendredi 12 aoùl, à La^nj-le-Sec. Le samedi i3, « il lenail les champs toul le jour pirs de Dammartiii-eii- Gouelle ' ». La Piicelle, Dunois, La Hire et les capitaines se réjouissaient foil à la pensée de combattre enfin les A Ululais et tie se mesui'er avec le vain<pieur de Verueuil. Ils complaierU, d'après la teneur arrogante du messaj^e, (pie le Jléi^enl, fidèle à ses j)aroles de défi, ne se déroberait pas et \i(Midrail de lui-même olFrii" la bataille. \'ain espoir! Le lièrent, (pii occu[)ait à Mitry, non loin de là, une position très forte, n'en voulut pas sorlii'.

La Hire et autres iiardis compajjnons essayèrent en vain de l'attirer hors de ses lii^nes : on escai'inoucha le lony dune rivière près de Thieux'; mais Bedford ne bougea [)as, soit qu'il ne voulut livrer bataille (jue sur un terrain de son choix, soit qu'il ne voulût qu'amuser les Français par de simples démonstrations. Peu après, il lelouiiiail à Paris.

Devant cette attitude de l'ennemi, Charles VII se replia le lendemain (i4 août) sur- Grespy-en-Valois. liedford, de son côté, ne lardait [)as à sortir- de la capitale avec ses Anglais et à prendre la direction de Senlis. Le Roi, informé de ce mouvement, donna l'ordre de ne pas le perdre de vue. La Pucelle, le duc d'Alcncon, les maréchaux de Boussac et de Bais et le reste des troupes formant un total de six à sept mille combattants^ se mirent en marche; mais on ne [)ul atteindre et surprendre l'ennemi. L'occasion cependant avait été favorable, Ambroise de Loré et Poton de Xaintiailles, (jui couraient après l'armée ang^laise, l'aperçurent « à heure de ves-

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