‹ Histoire Complete de la Bienheureuse Jeanne d'ArcChapitre 310 sur 381 · Procès, t. I, pp · texte numérisé non relu

Procès, t. I, pp

2. lieiHie bleue, du i3 février 1892, p. 2o3. Extrait d'un nianiiscrit de la tiiljlii)lhè(]ue iiiipériale de Vienne, n'^ ♦>9r)9, fo 77, publié par M. Boui;enot, archiviste paléographe,

420 JEANNE ET SA « MISSION DE VIE ». PHASE GUEKRlÈllE.

lieues de Bourg-es. « C'était, dit Froissarl, l'une des plus belles maisons du inonde. » Il avait élé l)àli par Jean, duc de Berry, troisième fils de Jean le Bon. Ce prince, à qui l'on doit aussi le g^rand portail de la cathédrale de Bourges, « y avait fait ouvrer excellentement, et jolyer et édifier; et avait bien coûté trois cenis mille francs ». Une galerie à mâchicoulis et à créneaux perinellail de circuler tout autour. Des tourelles élégamment sculpt<''('s siii inonlaienl les bàlinients. An pied des remparts (h; la première eiu-einle, la petite livière qui donnait sou nom à la ville roulait ses eaux |)aisil)les. Du haut du l'ocher sur lequel il se dressait, le château dominait Mehun, qui élait la quatrième ville royale du Berry'.

Après lii tentative sur Paris, la douleur de la Pucelle était grande; mais on ne pouvait, sans mauvais vouloir, faire peser sur elle toute la responsabilité de l'échec qu'on avait subi : au Boi et à ses conseillers en revenait la partie principale. Il n'eu l'iail pas de même de 1 échec de La Charité : Jeanne d'Arc avait eu la direction du siège, (îlle commaiulait en clief; de même (pi'on lui eût fait honneur du succès, on lui renvoyait la responsal/dilé de la défaite. Quelle différence entre sa visite triom- ]»haute à SuUv-sur-Loire, après Jargeau et Palay, et sa rentrée à Mehun-sur-Yèvre ! Quel sujet de tristesse pour ses admirateurs; (piel sujet de joie pour ses envieux et ennemis!

Malgré les actes de faiblesse (pi'ou re[>roche avec raison à Charles VII, nous sommes persuadé que la politique, la triste politifpie, n'avait pas encore insensibilisé

I. Thaumas de l\ Thaumassikre, llisloirc du lieirij, p. ^7/1; — Raynal, même titre d'ouvrage, t. II, pp. f\\>.-[\\!\\ — SiMiios Luck, Jeanne cl' Arc ù Domi'emtjy p. 207.

CIIAP. XXVI. — DANS LA HAUTE-LOIRK. 42 1

à l'endroil de Jeanne d'Arc le cœur du jeune lloi, et (|iril gardait à sa bienfaitrice une atFeclion vraie et une sincère gratitude. Il en donna une preuve publique dans les lettres d'anoblissement qu'il octroya à la Pucelle et à tonte sa Famille, au mois de décendjre 1429. Ces lettres, an bas desquelles on lit les noms de La Trémoille et de Rcjbert Le Maçon, seigneur de Trêves, indiquent seulement le mois et rannée où elles furent données. Sans doute le Roi ménagea cette surprise à Jeanne d'Arc, afin d'adoucir la peine que son récent insuccès venait de lui causer. Ces lettres commencent ainsi :

(( Charles, ad perpetaam rei memorinm.

« Pour célébrer les grâces si nombreuses et si éclatantes dont la Majesté divine nous a combes par le ministère glorieux de la Pucelle de Domremy, notre chère et aimée Jeanne d'Ay ' (d'Arc), et les grâces que nous espérons encore en recevoir, avec l'aide de la divine clémence, nous jugeons décent et opportun d'élever et d'exalter, par de dignes témoignages d'honneur de notre majesté royale, et la Pucelle même et toute sa parenté..., afin que la renommée de si excellentes grâces se conseive et s'accroisse.

« Nous faisons donc savoir à tous présents et à venir que Nous, vu ce qui précède, et considérant en outre les louables, utiles et remarquables services que ladite Pucelle Jeanne a déjà lendus de bien des manières à Nous et à noire royaume, et ceux que nous espéi'ons recevoir d'elle dans l'avenir, poui" ces motifs et pour d'autres qui nous induisent à ce faire, nous avons ano-

I. Voir, pour Texplicalion de ceUe orthographe du nom d'Arc, notre premier vohime, Appendice lit, p. /|ijG.

422 JE.VNNE ET S\ « MISSION DE VIE ». PHVSE GIJEKRIÈKE.

bli, nous anoblissons ladite Pucelle ; Jac(juos <l'Ay (d'Arc), son père; Isabelle, sa mère; Jacquemin el Jean d'Ay et Pierre Pierelo (Pierrelol), frères de la même Pucelle, et toute leur parenté et lig^nas;-e, et leur postérité masculine et féminine, née ou à naître de légitime mariag-e... »

Suit 1 enumération des privilèges attachés à ces lettres de noblesse, par exemple, celui de tenir fiefs et arrièrefiefs sans être obligés pour cela de payer aucune somme d'argent, soit à Charles VII, soit à ses successeurs; celui, [jour les descendants mâles, d'être faits chevaliers [)ar quelque chevalier que ce fiil, même « hors l<i faction de la fjuerre », etc. '.

Dans les lettres ordinaires d'anoblissement, on lait observer (jue si l'anobli est de race plébéienne, il est pourtant de condition libre. Les leltix's octroyées à Jeanne et aux siens s'écartent de cette formule et stipulent (jue, « fussent-ils d'une condition autre que la condition libre », ils n'en seraient pas moins assimilés aux autres personnes nobles du royaume, même à celles qui seraient issues de parents nobles^. Ou aurait tort cependant de penser que cette déclaration donne à entendre que la famille de la Pucelle était de condition servile.

Jeanne avait trop de délicatesse pour rester insensible à ce témoignage de l'affection et de la reconnaissance de son lloi. Mais elle ne se prévalut pas plus du rang auquel ces lettres relevaient, qu'elle ne s'était prévalue des armoiries que lui avait octroyées Charles VII au mois de juin de cette môme année. Ce fju'elle eût préféré à ces

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