Ibid., p
/|.'j2 JKAN.NE et sa « .MISSION DE VIE )) . PHASE (JUEHRIÈUE.
ré[)oiidil par les deux lettres suivantes, l'une du i6, l'autre du 28 mars, dans les{|uelles perce sa résolution d'en finir au plus tôt axcc rinaclion à hupjelle on la condanuKiit. L'on v Noil cliiirenient (jircllc se considère connne étant toujours en t'aclion d(! guerre.
« Très chiers et bien aniés {(linirs) et bien désiriés à (( v(jir, leur dit-elle dans la première, .lelianne la Pucelle « ay reijU vos letlres, faisant mencion (jue vous vous (( doutiez {c/'(ii(/ni('Z ) d'avijir le siège. N'euiilez sçavoir « <jue vous ne Taure/ point, si je les puis rencontrer « bien brief ; et si ainsi fut [a' il advenait) que je ne les « lencontrasse (point), ni eux venissent (uinssent) de- « vani NOUS, si [alors) vous, fermez vos portes, cai" je « sera}' bien l)rief vers vous; et si eux y sont, je leur « ferey cliousier (ferai c/iaasser ) leurs espérons si a « aste (en telle liàté) (piils ne sauront par où les pren- « dre, et lever cil y est (lener le siège s il y est), si brief (( que ce sera bientosl. Autre chose que (ceci) ne vous « escris pour le présent; mais que soyez loutjouis bons « et loyals. Je prie à Dieu qu'il vous ait en sa guarde.
« Escrit à Sully, le xvi" jour de mars.
« Je vous manderais encores aucunes {(juehjnes) nou- « velles de quoy vous seriez bien joyeux; mais je double « (crains) {\\it les lellies ne fussent prises en chemin et <( ipie l'on ne vit lesdites nouvelles.
« Signé : Jehanne. »
Sur l'adresse : « A mes très chiers et bons amis, gens « d'église, bouri^eois et autres habitants de la ville de « Rai us '. »
I. Archives Irr/isfd/irps de la l'i/le île Reims, 2*'' partie, t. I,
CHAP. XXVI. DANS LA IIAUTE-LOIHE. 433
A quoi se rapportaient les nouvelles que Jeanne eut voulu communi(juer à ses bons amis les Rémois? Probablement aux incidents qui venaient de se produire à Paris et qui révélaient chez ses habitants des dispositions favorables à la cause de Charles VII.
Dans la lettre du 28 mars, la Pucelle s'exprimait ainsi :
« Très chieis et bons amis, plese (plaise) vous savoir « que je ay reçu vos lettres, lesquelles font mencion « comment on a rapporté au Roy que dedans la bonne « cité de Rains il (y) avoit moult de mauvais. Si veuillez « savoir que c'est bien vray que on (le) luy a rapporté, « voirement qu'il y en avoit beaucoup qui estoient d'une « alliance, et (]ui dévoient trahir la ville et mettre les « Rourguignotis dedans. Et depuis, le Roy a bien sceu « le contraire, parce que vous lui en avez envoyé la cer- « taineté, dont il est très content de vous, et croyez que « vous estes bien en sa grâce, et si vous aviez à besoinci gnier, il vous secourroit quant au regard du siège; et « cognois bien que vous avez moult à souffrir pour la « dureté que vous font ces traitres Bourguignons adver- « saires : si vous en délivrera au plaisir [en son bon « plaisir) Dieu bien brief, c'est assavoir le plus tost que « faire se pourra. Si vous prie et requiers, très chiers « amis, que vous guardiez bien laditte bonne cité pour « le Roy, et que vous faciez très bon guet. Vous aurez « bien tost de mes bonnes nouvelles plus à plain. Autre « chose quant à piésent ne vous rescris, fors que toute « (la) Bretaigne est française, et doibt le duc envoier au
p. 596. — Même remarque pour l'original de cette lettre que pour la lettre du 5 août. Il est en possession de la famille de Maleyssie.
« Roy III mille combatans paiez poiii- ii mois. A Dieu « vous commani, qui soit guarde de vous. Escripf à « Sully le xxviii^ de mars. »
Sur l'adresse : « A mes très cliiers el bons amis les « t^ens d'éiji^lise, eschevius, bour^ois et liabitaus et 'maisce très de la bonne ville de Reyms '. »
Jeanne n'avait pas besoin des émotions que cette correspondance éveillait chez elle j)our sentir douloureusement son inaction el son impuissance. Ces alarmes des habitants de Reims, ces nouvelles venues de la capitale et de la Bretaj^ne, les bruits qui couraient de l'accord arrêté entre le Réj^ent et le duc de Bourgogne pour recouvrer la Chamj)ay;^ne et la Brie et accabler le roi de France"; d'autre part, la conscience de la mission qu'elle avait à remplir, la convicliou que le pays ne demandait qu'à |)oursuivre l'œuvre de son alïVanchissement lui rendirent le fardeau intolérable. Ce (]u'elle voyait depuis quatre mois, « sur le fait et la manière que le Roy et son conseil tenoient pour le recouvrement du royaume », ne lui laissait j^uèie <i espcjir. « Très malcontente de ce, sans le sceu du Roy ni prendre congé de lui », après avoir écrit sa seconde lettre aux Rémois, le lendemain, sinon le jour même, sous prétexte « d'aller en quelque esbat-^ », avec son écuyer Jean d'Aulon, son frère Pierre d'Arc, et une petite troupe d'hommes
1. Procès, t. \', |)[). i(Ji-i02. — L'original de cette lettre-ci est perdu. J. Rogicr l'avait eu en main et en avait fait la copie, qu'il inséra dans son Reriieil. On la trouve aux Arc/tires de Reims, Statuts, t. I, p. 5o6.
2. De B.viwNTE, Histoire des ducs de Boiirgo'jne, t. 111, p. '.\']2.