‹ Histoire Complete de la Bienheureuse Jeanne d'ArcChapitre 338 sur 381 · Procès, t. V, p · texte numérisé non relu

Procès, t. V, p

2. A Constantinople, en il\'.Vd, on ne croyait pas encore à la prise de la Pucelle. « Il semblait aux Grecs que c'était une chose im|)ossible. » Un gentilhomme a(piitain au service du duc de Bourgogne, Bertrandon de la Brocpiière, leur dit « la vérité, tout ainsi que la chose avait été ; de quoi ils furent bien émerveillés ». [Procès, t. IV^, p. 532.)

l\6o JEANNE ET SA « MISSION DE VIE ». IMl \SE GtlEKRIERE.

produisil alors un deuil vérilal)lp. A Orléans, la ville de Jeanne, sa seconde pairie, à Blois, la consternalion fut inexprimable. A Tours, l'on ordonna une procession générale à laquelle assistèrent les chanoines de la calliédrale, le clerg^é séculier et réi^-ulier, tous nu-pieds, et dans laquelle on portail les relicpies de saint Martin, le protecteur du royaume, au chant du Miserere. A Embrun, l'archevêque Jacques Gelu ordonna des prières publiques pour la délivrance de l'infortunée captive.

Mais si la Pucelle avait des admirateurs, elle avait aussi des déliaclenrs, des ennemis et des jaloux. Ses admiialeui's, celaient les capitaines et seig"neurs dont les Ghroni(pu's de rép()(|ne cl les Enquêtes de la réhabilitation nous ont transmis les noms; c'était avec eux bon nombre de chevaliers demeurés inconnus et d'hommes d'armes ; en dehors de la cour et de l'armée, c'était tout le peuple de France. Ses détracteurs et jaloux étaient peut-être en petit nombre ; mais plusieurs occupaient de hautes situations : tels le chancelier du royaume, Regnault de flhartrcs, et le minisire favori, le sire de I>a Trémoille; à ces personnag^es s'en joignaient de plus obscurs, conseillers royaux, magistiats, chefs de guerre. Réunis, ils formaient uiu; opposition compacle, dissimulant ses visées, poursuivant son œuvre par des. voies souterraines et d'autant j)lus redoutables.

Quand on songe que La Trémoille a toujours pris ombrage de rinlervenlion et des desseins de Jeanne d'Arc, quand on rapproche de cette donnée le fait que Guillaume de Flavy était son lieuleiianl à Compiègne, on se rend compte de l'accusalion formidable de trahison qui pèse sur la mémoire de ce capitaine. Les affirmations

CHAP. XXVII. LA SORTIE DE COMPlÈGNE. 4^1

du fait même de la trahison ne manquent pas ; ce qui fait défaut, c'est le docnmenl, la preuve matérielle.

Y a-t-il eu marché ? De ^^raves auteurs ne le pensent pas. Flavy a repoussé les avances ('u duc Phili|»pe qui Ini promet lail « des monceanx d'oi" et un heau n)ariage avec une riche héritière de ses domaines », s'il consentait à lui livrer Gompiègne. Le capitaine « répondit noblement que la ville n'était pas à lui mais, au Roi' ».

S'il n'y a pas eu marché, et s'il y a lieu de re[)Ousser les accnsalions de ce genre dirigées contre Gnillaume de Flavy, la sortie de Compiègne ne serait-elle pas l'effet d'une traliison d'autre sorte et d'un calcul couvrant un véritable guet-apens ?

An jugement du savant éditenr des deux procès de Jeanne, rien « n'autorise à voir dans la prise de la Pucelle autre chose que l'un des funestes hasards de la g-uerre^ ».

J. Ouicherat oiil)lie que, s'il est avéré que (iuillaume de Flavy n'élait pas avide de richesses, il n'est pas moins avéré qu'il était orgueilleux, hautain, and)ilieux et sans moralité. Lorsque Richemont l'eut fait dépouiller en i436 de sa capitainerie de Gompiègne, il n'eut garde de se soumettre. L'année suivante, il rentrait de force dans la ville et reprenait son gouvernement. Fier, ombrageux, débauché comme il l'était, la présence prolongée dans la ville assiégée d'un chef de guerre aussi peu syn)palhique à ses pareils que Jeanne, l'eut assurément gêné, et il n'est nullement invraisemblable qu'il ail, dès le premier jour,

Page 1