‹ Histoire Complete de la Bienheureuse Jeanne d'ArcChapitre 339 sur 381 · Apcrriis notineaiix..., p · texte numérisé non relu

Apcrriis notineaiix..., p

2. J. QuicHERAT, Anerçus nouveau.v . . . , p. 85. — MM. Wallon et A, Snrel sont, sur le premier point, de l'avis de J. Ouicherat, mais

uou sur le secnnd.

song'é au iiioyen de s'en débarrasser. Dans tous les cas, il y a un fait considérable que l'auteur des Aperçus nonveaux et les défenseurs du capitaine de Coin[)iègne ont oublié d'expli(|uer : à notre a\is, il fouinil à ses accusateurs une charge malaisée à écarter.

Au moment de la sortie de Jeanne, Flavy avait sous ses ordres et ;\ sa disposition la garnison presque entière de C-ompiègne et toute la milice boui'geoise. La Pucelle, (pii axait amené avec elle ses quatre cents hommes, n'axait pris, jtour atta(]uer les Bourguignons, (pie cent ou deux cents hommes de la garnison.

Pourquoi le capitaine, qui était au courant du plan de la jeune tille, qui le lui avait peut-être suggéré ou imj)Osé lui-même, n'a-t-il pas logé sur le j)ont, dans le boulevard (|ui en formait la tête, une réserve prête à venir au secours de Jeanne, s'il lui arrivait de faiblir? Lorsque les Français commencèrent à reculer et que les Picards sortirent de leur end)uscade, poiiivpioi, le j)éril devenant manifeste, Flavy n'a-t-il pas Iculé lui-même une sortie et ne s'est-il pas jeté au-de\anl des ennemis, pour assuser la retraite des combattants? Au moment même où les Bourguignons menaçaient le pont, pourquoi ne pas essayer, par un mouvement vigoureux, de les culbuter et de tendie la main à la Pucelle? La jeune guer/ière valait bien cet effort, alors même qu'il eut ressemblé à une imprudence. On était en droit de l'attendre de la valeur de Flavy et de son coup d'œil militaire. Ce (|ui est hors de doute, ce que nous apprennent les récits de tous les chroniqueurs, c'est qu'il n'en a rien fait : il a plutôt fait le contraire, puisque, sur son ordre, la herse fut abaissée et le pont-levis relevé. Abrité derrière ses remparts, il, ne bougea pas, cl lui che\aliei", capitaine, laissa

CHAP. XXVII. LA SOUTIE DE GOMPlÈGNE. 463

honleusemeiil une femme, la Pucelle, à la merci de ses ennemis.

De ce seul fait rejaillil une lueur sinislre sur le défenseur de Compiègne. Flavy n'a pas vendu à prix d'or Jeanne aux Bourg'uig'nons ou aux Anglais, soit; mais il pouvait, il devait la secourir, et il ne l'a pas fail. Il n'a pas obéi à la voix de la cupidité ; mais il est demeuré sourd à la voix de la loyauté et à celle de l'honneur. Celte trahison ne vaut pas mieux que l'autre'.

On pourrait ajouter que le sire de la Trémoille ne répugnait pas à la pensée de voir Jeanne disparaître, et que Flavj ne l'ignorait pas. En matière de délicatesse, les scrupules ne gênaient pas ce personnage. Il n'a pas bonne réputation auprès des écrivains du temps. II cherchait trop aisément noise « aux grans seigneurs ses voisins, et aussi au pauvre peuple », dit Mathieu d'Escouchy^. Ce ne sont pas les crimes qui souillèrent la fin de sa vie, ce n'est pas sa triste mort qui défendraient victorieusement sa mémoire^. L'accusation demeure, et la présomption aussi.

Nous ne pouvons jug-er que par conjecture des sentiments avec lesquels le sire de la Trémoille accueillit la nouvelle de la prise de Jeanne d'Arc. Nous sommes plus positivement renseignés sur les sentiments de Regnault de Chartres : le grand Chancelier les a fail connaître dans une lettre qu'il écrivit à ses fidèles de Reims. « II

1. Voir aux Pièces justificatives le résumé de l'Appendice de .M. Pierre Champion sur la conduite de Guillaume de Flavy.

2. M.\THiEU d'Escouchy, Chronique, t. I, chap. xxvii. pp. i43-i47- Publication de la Société de l'Histoire de France.

3. Guillaume de Flavy ayant menacé Blanche d'Arsy, sa femme, de la faire emmurer, elle le prévint et le fil élranti;ler par son i)arbier. {Procès, t. IV, p. 271.)

l\t)I\ JEANNE ET SA « MISSION DK VIE )) . PHASE GUEHRlÈlXE.

leur donne advis de la prise de Jelianne la Pucelie devant Conipiègne, et comme elle ne vouloil croire conseil, mais faisoil loul à son plaisir... Dieu avoit souffert prendre la Pucelle pour ce (pTelle s'esloit consliluée en orgueil, et pour les riciies habits qu'elle avoit pris, et qu'elle n'avoit (pas) faicl ce que Dieu lui avoit commandé, mais avoit faict sa volonté '. »

Evidemment, l'Archevêque de Reims n'avait pas Jeanne en grande affection. La lésée du siège d'Orléans et le sacre perdaient tout leur mérite à ses jeux, du moment que la jeune Lorraine ne prenait pas conseil du chancelier et ne s'en rapportait pas aveuglément à lui. L;i jalousie de l'homme d'Etat ne prend pas la peine de se dissimider. Est-ce à titre de Fran(;ais, est-ce à litre de chrétien et de prince de l'Eglise que F\egnault de Chartres croyait devoir écrire aux Rémois comme on vient de le voir ?

Les ministres et conseillers du Roi n'avaient pas été les seuls à prendre la Pucelie en jalousie; il y avait, à leur exemple, des ca{)itaines cpii, oubliant ce (pi'ils devaient comme chevaliers à une femme, lui tenaient rigueur de ses prouesses, murmuraient de ce (\ue l'honneur des récentes victoires lui fût attribué, et ne pouvaienl [)rendre leur parti des réformes qu'elle avait introduites dans les mœurs des hommes d'armes, des pratiques de dévotion auxquelles elle les accoutumait. Qu'une femme, qu'une jeune fille fît la loi à des seigneurs et gens de guerre, c'était, à leur sens, une chose qu'on ne devait pas souffrir.

La Chronique de Tournay est très catégorique sur ce

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