‹ Histoire Complete de la Bienheureuse Jeanne d'ArcChapitre 34 sur 381 · LE SIEGE D ORLEANS · texte numérisé non relu

LE SIEGE D ORLEANS

I. Importance de la possessioiid'Orlédiis pour' la cause française.

— Si/e (le la ville. — Ses remparts, ses tours, ses portes. — Le pont d'Orléans. — Les Tourelles. — Le Portereau. — Les courenls des Auguslins et de Saint-Loup. — Les îles orléanaises de la Loire en i/faH-Zfsy.

II. Orléans, ville ducale et ville du roi/aume. — L'évèque Jean de SaiiU-Michel. — Organisation communale. — Le bailli Raoul de Gaucourt. — Le lieutenant du roi, Jean, f 'à tard d'Orléans.

— Les procureurs de la cité.

III. Appel des Orléanais aux gens de guerre. — Faubourgs brûlés. — L'artillerie de défense. — Maître Jean le Lorrain. — Impositions extraordinaires. — Secours du dehors. — Prières et processions.

\y . Charles VII et les fjourgeois d'Orléans. — Secours envoyés à la ville assiégée. — Les capitaines au.viliaires de la Pucelle.

— Le maréchal de lioussac. — L'amiral Louis de Culan. — Les seigneurs de Rais, de Loré, de Graville. — Florent d'Illiers.

IMPORTANCE d'oRLÉANS POUR LA CAUSE FRANÇAISE.

Orléans' élail la ville de France dont la possession importail le plus à Charles VII. Far sa position sur la Loire, au centre du royaume, elle hariait le passage aux

I . On trouve déjà ce nom ainsi orttios^raphié en plusieurs pièces et écrits du (juinziènie siècle. Mais c'est encore Orliens qu'on rencontre le plus souvent; par exemple, dans les Comptes de la ville. Voir Journal du siège, édit. P. Charpentier etCh. Cuissard, pages 209 et suivantes.

Anglais et défendait l'accès des provinces du Midi. Poste avancé pour Tortensive, la cité orléanaise pour la défensive servait de place de sûreté. Que le comte de Saiisbury parvînt à s'emparer de cette clef du royaume, et la France n'était plus que la vassale ou plutôt la chose de l'Angleterre. Dans quelle autre ville, dans quelle autre province le descendant de saint Louis eût-il trouvé un asile sûr; et quel espoir sérieux eût-il pu garder de recouvrer jamais le domaine de la couronne?

Les bourgeois d'Orléans étaient visiblement fiers de leur cilé. Sans doute, comme le proclamait ]eur Mi/stê/'e, ils étaient persuadés que

N'est si noble joyau que la terre de France * ;

mais, chose non moins manifeste, une des plus belles villes de ce royaume, à leurs yeux, était Orléans. Pas un Orléanais n'eût taxé d'exagération le langage que tenait, dès les premières pages de son livre, le prêtre qui, au dix-septième siècle, en écrivait l'histoire. D'après Symphorien Guyon, les villes devant être louées aussi bien que les hommes, il n'hésite pas à entreprendre l'éloge de « cette ancienne, noble et royale ville d'Orléans, une des plus belles non seulement de France, mais de toute l'Europe' ».

1. Le mystère d'Orléans (J. ¥ahre, Procès de réhabilitation, t. II, P- 395.)

2. Deux auteurs étrangers cités par E. Richer [Histoire manuscrite, livre IV', p. 171 verso), Georgius Braun et Franciscus Hogenhurgius, dans un traité de prœcipuis orbis universi urbibus, parlent d'Orléans en des termes non moins ilallcursque Symphorien Guyon : « Aurélia, floroiitissima Gallia; urbs, loco admodum o[)porluno sita, dives, civibus armis exercitatis potens, munitissima, non in Gultia modo sed tola etiam Europa clui-issi/na. »

4<^ .IF:ANNE et sa « .■mission de vie «. phase (iflEURlÈHE.

« La siluntioii. rcinarqiic-l-il, ni osl si av;uilat;(Mis<> que peu de villes lui en peuvent (lis[)uleT- une meilleure. Outre qu'elle reçoit une très grande commodité d'être sise au nombril de Loire, rivière qui la rend fort marchande, elle a le pays de Beauce, ce t^rand el fertile grenier de la France, derrière et à ses côtés el, autour de soi, un paysage el vignoble le meilleur, le plus peuj)lé et le |»lus beau du royaume '. »

La cité orléanaise est bàlie sur une légère élévation, à jtente insensible, en regard du fleuve le long duquel elle est coquettement assise. En 1428-1/129, Orléans comj)lait une poj)ulation d'environ trente mille âmes répartie entre la ville et les faubourgs, La ville proprement dite formait nu (iiiadrilalèredont les côtés est et ouest étaient longs de 5oo mètres environ et les côtés nord el sud de (ioo. Elle s'étendait à y)eu près tout entière sur la rive droite de la Loire, et n'a\ail sur la rive gauche que quelques faubourgs. Des remparts continus de deux mètres d'épaisseur partaient de la Loire à l'ouest, contournaient la ville au nord et rejoignaient à l'est le lleuve, formant avec lui l'enceinte de défense. Un fossé de treize mètres (le largeur el de six mètres de profondeur s'étendait devant les remparts. A ces défenses s'ajoutaient trentecim| tours rondes, à demi saillantes, de trois étages chacune, hautes de dix mètres el distantes de soixante à soixante-dix mètres les unes des autres'.

1. Symi'hortex g LYON, IHstoirc dp /'Er/lise et diocèse d'Orléans, t. I, préface, sans pagination. — La préiace n'est pas de Symphoricn Guyon mais de son frère Jacques, (lui était prêtre comme lui.

2. Voir dans l'Histoire du siège d'Orléans (Mémoire inédit de l'abbé Dubois), pages 128-169, la description el les noms de ces Irente-ciuq tours. In-S», Orléans, 1894- Publication de MM. Paul Cbarpenlier et Charles Cuissard, avec ÏSotice sur l'auteur.

Cinq portes principales donnaient accès dans la ville : chacune avait son nom et son pont-levis, et était flanquée de deux petites tours. En ilii'], les Ang'lais ayant fait une démonstration contre Orléans, on donna pour défense à ces portes un boulevard extérieur rectangulaire, environné de fossés'.

Ces cinq poi'tes étaient :

Au nord, la porte Parisie, près la route de Paris, et la porte Dernier (Bannier, depuis i44o)l

A l'est, la porte de Bourgogne;

A l'ouest, la porte Regnard ou Renart^.

Au midi, à l'entrée du pont, la porte du Pont ou de Sainte-Catherine.

Outre ces portes, il y en avait quelques autres d'importance moindre, telles que la porte de la Barre-Flamhert, celles de l'Abreuvoir, de la Herse, la poterne Chesneaii, la seule par laquelle en temps de guerre on pût se rendre sur le bord de la Loire ^.

Il est si souvent question du pont d'Orléans dans l'histoire du siège de 1428-29, qu'une description exacte de ce pont ne sera pas inutile à l'intelligence du récit : nous l'emprunterons au chanoine Orléanais Dubois, qui avait eu la bonne fortune de le voir dans sa jeunesse'^, car il ne fut détruit qu'en 1760.

i. JoLLOis, Hisloive du siège (VOrléans, p. 8. Un volume grand in-^o, Paris, i833.

2. Les portes Regnard et Bevnier avaient pris ces noms de familles propriétaires de maisons dans le voisinage de ces portes. CF. Abbé Dubois, op. cit., pp. iZjg-iSa.

3. La poterne Chesneau tirait son nom de celui d'un particulier qui demeurait tout près. Cf. Abbé Dlbois, op. cit., pp. i55, 168, iSc), iGG.

4. AbbéDuBûis, op.cit.,\^^. 170-183. — C'est en 1 178 qu'on trouve la mention la plus ancienne de ce pont dans une charte de Louis le Jeune. [Journal du siège, p. 9.)

5o JEANNE ET SA « MISSION DE VIE ». PHASE GUERRIERE.

Le poril sur lequel passa Jeanne d'Arc avait été construit (le I loo à ii3o, un peu au-dessus de l'endroit où s'élève le pont actuel. Sa loui^iieur était de 5oo mètres; ses arches, au nond^re de dix-neuf, lorniaient une lig-ne parfaitement droite d'une rive à l'autre'. Un pont-levis de i6 pieds en lonj^ et de i3 en larj^c, du coté de la rive droite, rejoignait la porte Sainte-Calherine au pont proprement dit'.

Sur rextréinilé de la sixième arche avait é(é conslrui( en i4i 7 un ouvrage formé de deux tours qu'on nommait la bastille Saint-Antoine, parce qu'il s'appuyait à Pest sur une cha[)elle dédiée à ce saint, et à l'ouest sur un hospice du même nom. Cet hospice, fondé j)()ur les pèlerins et voyageurs, et celle chapelle étaient hàlis sur deux îles situées des deux cotés du pont et qu'on nommait, celle de l'est, la Motte Saint-Antoine, celle de l'ouest, /a Motte des /Poissonniers ou des Chalands percés, parce (jue dans ces chalands on conservait le poisson frais et vivant. Ces deux îles ont subsisté jus-

1. Un des historiens les plus consciencieux de la l'ucelle, Le Brun de Charmeltes, prétend que le pont d'Orléans, au temps du siège, n'abordait pas en ligne droite la rive gauche du fleuve, mais qu'il formait un coude aux trois quarts et demi de sa longueur, et biaisait à l'est. De là, d'après Le Brun, le nom de Toiirnetles donné aux fortifications du bout du pont, parée qu'il fallait tourner un peu pour y arriver. (Le Brun de Charmeltes, Histoire de Jeanne d'Arc, t. I, introduction, p. 120, note.)

Cette explication de Le Brun de Charmeltes est réduite à néant par le témoignage de l'abbé Dubois, qui avait vu dans son jeune âge le vieux pont d'Orléans : il déclare formellement qu'il allait d'une rive à l'autre en parfaite ligne droite et qu'il ne s'infléchissait nullement en manière de ligue brisée. De plus, sur tous les plans qui ont été faits lorsqu'il subsistait encore, ce pont est représenté parfaitement droit. (Abbé Dubois, op. cit., p. 66, note 3 et 289.)

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