Abbé Dubois, o/j. cit., p
qu'à la conslruction du [)ont actuel, c'est-à-dire jusqu'en 1760.
Entre la onzième et la douzième arche, sur le pilier qui les séparait, se dressait à droite, du côté du midi, une croix de bronze doré, objet de la vénération publique. On l'appelait la Belle-Croix. Le piédestal qui la portait était très élevé; des bas-reliefs de bronze l'embellissaient, et tout autour régnait un treillis de fer doré.
Au temps du siège, un boulevard, qui portait le nom de boulevard de la Belle-Croix, avait été construit entre la Belle-Croix et la bastille Saint-Antoine, à laquelle il servait d'ouvrage avancé.
A l'extrémité du pont, au midi, rive gauche, pour en défendre l'accès, les Orléanais avaient élevé un petit fort, dit des Tourelles\ parce qu'il se composait de deux tours, l'une ronde, l'autre polygonale, placées de chaque côlé du pont et reliées ensemble par un passage voûté sous lequel on circulait. On l'appelait aussi la bastille ou le fort du bout du pont. En avant des Tourelles, dont un bras de la Loire le séparait, se présentait un fort boulevard de 60 pieds de long sur 80 de large.
I. Aljbé Dubois, ibid., pp. 37-38. — Faut-il écrire Tourelles ou Tournelles? On trouve les deux orthographes dans les Comptes de forteresse de la ville d'Orléans. {Journal du siège, édit. de MM. P. Charpentier et Ch. Cuissard, pp. 273-398.) Mais Tourelles s'y rencontre beaucoup plus habituellement ipie Tournelles. Nous y avons relevé trente-deux fois consécutives Tourelles {de la page 273 à la page 370 {Journal cité) avant de rencontrer deux fois seulement Tournelles (p. 371) ; Torelles s'y rencontre aussi quelquefois, mais rarement. Le Journal du siège écrit Tournelles. Mais il ne faut pas oublier que le manuscrit le plus ancien qu'on en possède n'est qu'une copie du manuscrit original, et (jue la leçon Tournelles peut provenir du copiste. L'abbé Dubois parait être de cet avis.
Ce boulevard était construit en terre, consolidé par des fascines, et fortifié par des pieux enfoncés ol)liquement dans le sol. Un pont-levis réunissait les Tourelles au boulevard.
En face du pont et des Tourelles, sur la rive g-auche, s'étendait un faubourg' nommé le Porlereau. Il se divisait en (rois parties : le Portereau de Tudelle, partie (jui se dirigeait vers Saint-Mesmin ; le Porlereau de Saint- Marceau, partie (pii allait droit vers Olivet et «pii comprenait l'église j)aroissiale Saint-Marceau ; et la Tnrcie ou levée de Saint Jean-le-Blanc, partie qu'on nomme aujourd'hui le l^oitereau du C(j(|, et qui aboutissait à l'église de Saint-Jean-le-Blanc, à 800 mètres enviion des Tourelles '.
A peu de distance du pont, là où élait érigée la croi.v, but de la procession du 8 mai, s'élevaient l'église et le couvent des Auguslins *.
Quant au couvent de Saint-Loup, il élait non sur la rive gauche, mais sur la rive droite, au delà de la porte de Bourgogne, en remontant vers l'est, au sommet d'un petit coteau. En face, de l'aiilre C(')l»' de la Loire, rive gauche, s'ouvrait le petit poil dit de Saint-Loup ou du Bouschet, ainsi nommé à cause des arbres ïlonl il était boidé.
Plusieurs îles, dont quehpies-unes on( dispaiu depuis dans le lit si changeant du Ihîuve, parsemaient alors la Loire. Nous avons déjà menrujnné les deux îles, nom-
I. Uaprès l'érudit Orléanais Polliiche,rt'tçlise de Sainl-Jean-le-Blanc devait son nom aux prêtres habillés de blanc qui la desservaient. (Abbé Dubois, Histoire du siège d'Orléans, p. 188, note.) — Tarde, élévation, renflement, du latin turgere.
•1. Abbé DcBôis, op. cit., p. 298.
niées Motle de Saiiit-Aiiloiiie et Moite des Poissonniers on des Chalands percés, <\\n tonchaient au pont même.
En amont, an-dessiis de Saint-Loup, s'étendait la grande Ile aux Bœufs, ainsi nommée parce que longtemps on y mena paître des hœiifs. Près de cette île se trouvait une autre petite île (ju'on appelait l'île Saint- Ciiarlemag-ne, et qui, plus tard, lui fut réunie.
A la hauteur de Sainl-Jean-le-Blanc, on voyait une île qui, an seizième siècle, piit le nom d'île aux Toiles, parce qu'on y étendait les toiles à blanchir. Le Journal du siège la désigne en deux circonstances, une fois sous le nom d'//e au droit de Saint-Aignan, le i8 janvier; et le jour de la prise de la bastille des Augustins, 6 mai'. Cette île était tout près de la rive gauche; il suffisait de deux bateaux pour la mettre en communication avec la terre ferme.
Nous ne devons pas oublier la longue chaussée construite en amont, au-dessus du pont, de manière à diviser le fleuve en deux parties. Cette chaussée est nommée Daict, du latin ductus. Elle dépassait le niveau ordinaire du fleuve,, mais non celui des grandes eaux. Elle avait pour objet de rejeter le courant du côté de la ville, afin de mettre en mouvement les moulins que des personnages considérables, tels que les rois de France avant le douzième siècle, le duc d'Orléans et les chanoines de Saint-Aignan, au quatorzième, possédaient sur la Loire.
En aval du fleuve, au-dessous du pont, dans la direction de l'ouest, on voyait une grande île nommée Char-
I. En amont du pont {Journal du siège, pp. 28, 84), non loin de la collégiale Saint-Aignan, émerg'eaient deux petites îles dites des Murlineis. Elles appartenaient au chapitre de Saint-Aignan et furent emportées par les eaux vers i55o.
lemayne, comme la pelile doiil nous avons parlé tout à l'heure. Les Ang-lais y construisirent une bastille qui assurait leurs communications entre les deux rives et les rendait maîtres de cette partie du cours de la Loire. Outre cette île (iliarlemag'ne, il paraît y avoir eu, en 1429, an-dessous du pont, deux petites îles que \t Journal du siège nomme « les deux îles Saint-Laurent ». Il les mentionne à l'occasion du combat que se livrèrent, le dimanche de Quasimodo, les pages anglais et les pag-es français. Comme beaucoup d'autres, ces deux îles ont dû être emportées par les eaux, car on n'en trouve pas la trace dans un plan d'Orléans de 1689 '.