UN ÉMULE DE FRERE RICHARD, CORDELIER. LE CARME
FRÈRE TUOMAS COUETTF (l428-l432).
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Nous ne rangerons pas, comme le fait Vallet de Viriville (Procès de condamnation traduit, introduction, pp. xiii-ci), frère Richard et son émule frère Thomas Couette, parmi les précurseurs ou imitateurs de la Pucelle. C'est là une de ces confusions, un de ces lapsus, une de ces incohérences d'idées qui ne s'expliquent chez un historien ([ue par la piéoccunation de dire du nouveau et d'enrichir la philosophie de l'histoire de théories étranges. Qu'y a-t-il de commun entre des religieux essentiellement prédicants et à visées de réformateurs, et Jeanne qui n'a jamais, grâces à Dieu, posé en prédicante et en réformatrice? Son apostolat auprès des hommes d'armes n'a jamais affiché cette prétention ni revêtu cette couleur ridicule. Elle n'a annoncé mV Evangile éternel, ni la venue prochaine de l'Antéchrist; elle n'a même pas prôné la dévotion au nom de Jésus. Jeanne a pu recourir au ministère de frère Richard, se servir de lui pour ramener les Trovens en l'obéissance du roi, mais elle n'a jamais subi son influence. Les particularités que les chroniqueurs, Monstrelet principalement, nous ont transmises sur frère Thomas Couette, prédicateur non moins éloquent, non moins original que frère Richard, aideront à comprendre le rôle un j)eu énigmatique du religieux cordelier.
Thomas Couette était né à R^ennes. Il entra de bonne heure
028 JEANNE ET SA (( MISSION DE VIE ». l'FlASE GUERRIÈRE.
au couvent ries (larmes de cette ville et devint Itientôt célèbre par son zèle et son éloquence. En i424? •' avait ramené à la réj^ularité de l'ojjservance plusieurs couvents tombés dans le relâchement et l'indiscipline. Dans ces jirédlcalions, il ne craignait pas de sii»iialer les désordres auxquels se livraient publiquement ceilaiiis juembres du clerg-é, et il les flétrissait avec une liberté tout apostolique. Afin d'être en communication plus directe avec son auditoire, prêchant à Arras dans la cathédrale, il se fit suspendre à la voûte avec des cordes.
Ecoutons maintenant Monslrelet nous dire « Coinmonl un prC'chcnr nommé frère Thomas convcrilt plusieurs personnes et abattit les atours de femmes en plusieurs parties ».
« En cet an (1428), es pays de F'Iandres, Tournésis, Artois, Gambraisis, Ternois', Âmiénois, Ponlhieu et es Marches enviroi), règne un prêcheur de l'ordre des (larmes, natiF de Bretagne, nommé frère Thomas Couette. 11 chevauchait un petit mulet, accompagné d'aucuns de sou ordre et de plusieurs autres de ses disciples. Après qu'il avait dit sa messe, il faisait ses prédications moult longues, blâmant les vices et péchés d'un chacun. Et pareillement blâmait et dilTamait très excellentement les femmes de noble lignée et autres, de quelque état i|u'elles fussent, portant sur leurs tètes hauts atours et autres habillements de parage. Et il avait accoutumé, quand il en véail aucune avec iceux atours, d'émouvoir après icelle tous les petits enfants, et les faisait criei- haut : Au hennin! au hennin!
« Et après qu'il avait fait .ses prédications, il admonestait moult instamment que toutes gens qui avaient en leurs maisons tabliers, échiquiers, cartes, quilles, dés et autres instruments dont on pouvait jouei-, les apportassent à lui. Et pareillement contraignait les autres femmes (|u"clles y apportassent leurs hennins; et devant un échafaud il faisait allumer grands feux et bouter tout dedans les choses dessus dites.
« Si régna en iceux pays par l'espasse de cinq ou six mois après lequel temps s'en alla monter sur mer au port de Sainl- Valery pour s'en aller en Bretagne dont il était né. »
En i432, frère Thomas vint à Rome ; mal lui en prit. 11 y fut