LES AUDITOIRES DE FRERE RICHARD
(Pasi'e 5O1.)
Le lecteur qui est familiarisé avec l'Histoire de l'Eg-lise ne sera pas surpris des auditoires nombreux qu'attiraient les prédications de frère Richard. Sans remonter bien haut, les noms de Pierre l'Ermite et de saint Bernard rappellent des succès de prédication autrement brillants. Des dix, quinze et vingt mille auditeurs se pressaient autour de frère Berthold de Ratisbonne et de saint Anlnine de Padoue. Aux ([ualorzième et quinzième
siècles, Franciscains et Dominicains prêchent au peuple en une langue colorée, libre, familière, qui attire autour d'eux des foules considérables. A l'attrait de cette éloquence se joint l'attrait des sujets abordés. Saint Vincent Feirier, dom nicain espagnol (i3()7-i/( nj), c jnmuMice à [jréchcr à cinquante ans. 11 prend pour sujet habituel de ses prédications la venue prochaine de l'Antéchrist. Ses auditoires comptent jusqu'à dix mille et vingt mille personnes. A Nantes, il y en eut de soixante mille. (( Dans, les villes où il prêchait, il arriva que les affaires fuient suspendues, les audiences des tribunaux renvoyées, les magasins fermés tant que dura la prédication. Les femmes oubliaient jus(|u'à leur toilette. » (Paul Thureau-Dangin, de l'Académie française. Saint Bernardin de Sien/te, pp. 2/|-3i .) Saint Vincent Ferrier prêcha surtout en France et sur des sujets qui inspiraient de la terreur. Saint Bernardin de Sienm» (i38o-i4/î4)) un contemporain de la Pucelle, évangélisa l'Italie et prêcha la dévotion au nom divin de Jésus.
Des historiens de Jeanne d'Arc ont présenté celte dévotion comme récente et en ont fait honneur à Bernardin. Le catéchisme apprend aux petits enfants qu'elle est aussi ancienne (|iu' le christianisme. L'histoire littéraire chrétienne mentionne les homélies si touchantes, si pleines d'onction de saint Bernard sur le nom du Sauveur, et l'opuscule auquel saint Bonaventure a donné ce titre .signilicatif : De lande niellijlui nonii- /lis Jesn. Saint Bernardin de Sienne ne fit que donner une forme nouvelle à la dévotion de ce nom adorable. Il présentait aux fidèles, sur une tablette rectangulaire, le trigramme du nom de Jésus, I H S, peint et entouré de rayons. ]-,a foule, enflammée par sa paiole, acclamait le nom divin et se prosternait pour l'adorer. On conserve cette tablette de Bernardin à Si«^nne, dans la chapelle de la confrérie qui porte son nom. (Paul Thureau-Dangin, op. cit., pp. 78-80, 92-96.)
Saint Bernardin ne parlait pas seulement du nom de Jésus dans ses prédications, il faisait entendre aux gens des vérités qui les obligeaient à rentrer en eux-mêmes. 11 avait accoutumé de dire que « sur mille mariages, neuf cent quatre-vingt-dix sont des mariages du diable ».
Un jour, il promit aux habitants de Pérouse qu'il leur feiait voir le diable. On se rend de toutes parts à la prédication an-
noncée. Quand Bernardin voit la Foule dans l'attente de la vision promise, il leur dit : « Je vous ai promis de vous faire voir le dial)le. Reerardez-vous les uns les autres, et vous le verrez. Car vous êtes des diables, puisque vous faites les œuvres du diable. » {Op. cit., pp. 238, igS.)
Il tenait un langage plus g-racieiix lorsque, prêchant sur la Sainte Vierge, il disait que, au jour de l'Annonciation, elle était entourée de douze belles dames. — (les dames étaient les vertus dans la compagnie desquelles elle vivait. {Ibid., p. 288.)