‹ Histoire Complete de la Bienheureuse Jeanne d'ArcChapitre 39 sur 381 · AIM'KL DKS ORLEANAIS AUX GENS DE GUERRE · texte numérisé non relu

AIM'KL DKS ORLEANAIS AUX GENS DE GUERRE

C'était un des privilèges d'Orléans de n'être pas tenue à recevoir garnison dans ses murs. En présence du danger qui les menaçait, quoiqu'ils comptassent sur le Roi et sur les secours en hommes, vivres, argent, nninilions (pi'il pourrait leur envoyer, les procureurs se mirent en devoir de joindre à la milice boui-géoise des troupes habituées à tenir la campagne, et ils firent appel aux capi-

I. Al)l)é Dlbois, op. cil:, pp. ii-i3; — Bolchkr de Molandon, Les comptes (!& la ville d'Orléans des quatorzième et quinzième siècles, p. 6. In-80, Orléans, 1880.

CHAP. XV. ORLÉANS. SES DKFENSEUaS. 6l

laines et hommes d'armes de bonne volonté. « Ils avaient, disaient-ils, de l'or et de l'arg^ent en abondance, des vivres et des munitions pour deux mille combattants. Que des guerriers vaillants consentissent à se joindre à eux, et ils défendraient leur cité jusqu'à la mort'. »

Les actes des braves bourgeois oiléanais ne furent pas en désaccord avec leur langage. « En vérité, dit le Journal du siège, condjien qu'ils ne voulussent, devant- (jue le sièg"e fût assis, souiFrir entrer nulles gens de guerre dedans la cité, doubtant qu'ils ne les voidussent piller ou maisiriser trop fort, toutefois en laissèrent-ils assez entrer tant qu'il y en vouloit venir, depuis qu'ils cogneurent qu'ils n'entendoient qu'à leur défense, et se mainlenoient tant vaillamment contre leurs ennemis. El si estoient avec eulx très unis pour deffendre la cité, el par ce les départojent entre eulx, en leurs hostels, et les nourrissoyent de tels biens que Dieu leur donnoit, aussi familièrement comme s'ils eussent été leurs propres enfants ' . »

Afin de mieux assurer la défense, les Orléanais n'hésitèrent pas à brûler et à détruire ce dont ils étaient si fiers, « leurs beaux faubourg-s, presque aussi grands, s'ils eussent été ensemble, comme la ville », ces faubourgs qui passaient pour « les plus beaux du royaume ^ ». Le jour même où Salisbury et ses Anglais s'abattaient sur la rive g-auche, les maisons du Portereau, le couvent

1. Le Religieu.r de Dumferling, PaocÈs, t. V, p. 34 1. — Le rôle des milices bourg'coiscs était de s^arder les remparts; celui des troupes de la garnison, de faire les sorties. Aux unes la défensive, aux autres l'oftensive.

2. Jiiurnal du sièrje, p. 92, édit. P. Charpentier et Charles Cuissard.

3. Chroniqi!" de la Piicelle, p. 270 ; — Journal du siège, pp. i3-i5.

et l'église des Augustins étaient en flammes. Mais ces derniers bâtiments n'ayant pas été entièrement consnmés, l'ennemi pnt s'y établir et les transformer en bastille.

Du mardi 8 novembi'e à la fin du mois, « vingt-six églises sur la rive droite, dont celle de Monseig^neur Saint-Aignan, qui était collégiale, et un cloître pour les chanoines qui était moult bel à voir », et toutes les maisons où les assiég^eanls eussent pu se loger, furent brûlés ou démolis; avec les maisons, vignes, arbres, jardins furent rasés à plus d'une lieue h la ronde '. Du 27 au 29 décembre, on l)n^lait, on abattait en dehors des remparts les églises et édifices restés debout^.

Quoique l'arlillerie fût encore en son enfance, les défenseurs de la cité orléanaise ne la nég'lig'èrent pas. Aux bouches à feu qui leur vinrent du dehors, soixante au moins, s'ajoutèrent celles aussi nombreuses qu'ils fondirent eux-mêmes. Parmi les pièces qui leur vinrent du dehors se trouvait un gros canon prêté par les habitants de Monlargis, et pour cette raison surnommé Montargis, lequel faisait merveille. A ce canon, qui était en l)alterio {)iès de la poterne Chesncau, étaient joints un autre canon surnommé Hifjlard^ et une bombarde^ faite par un « très soutil (sidjtil, habile) ouvrier », du nom de Duisy, laquelle lançait des boulets de [)ierre de 120 livres pesant^, et si énorme qu'il fallut vingt-deux

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