LA CONFIANCE
Le combat de Rouvray-Saint-Denis s'était livré le 12 février 1429 : le désarroi moral qui en résulta fut
I. Journal..., ibid. — Le vaincu de Rouvray, Charles, comte de CleiMiont tant que vécut son père, puis cinquième duc de Bourbon et d'Auvergne, était le fils aîné de Jean I, quatrième duc de Bourbon, qui fut fait prisonnier à la bataille d'Azincourt. Il épousa, contraint, la fille de Jean sans Peur en i4i8. Charles VII le nomma lieutenant de Languedoc et gouverneur du Nivernais, Bourbonnais, Lyonnais, etc., provinces où il rendit de grands services. On le retrouve à Blois, pendant qu'on préparait le convoi de secours; mais il ne parait pas avoir suivi ou rejoint la Pucelle à Orléans. Au sacre de Reims, il représenta le duc de Normandie. Après l'échec de Paris, il fut nommé lieutenant général de l'IIe-de-France. Son père étant mort en Angleterre [\[\\\[\), Charles prit le titre de duc de Bourbon. Il mourut à Moulins en i45G, à l'âge de 55 ans. (P. Anselme, Histoire r/énéa/ogii/ue de la Maison de France, t. I, pp. 3o3-3o6 ; — Gabriel Depeyre, Les ducs de Bourbon, pp. 246-278. In-8", Paris,
Le duc de Bourbon était seigneur du Bourbonnais, de l'Auvergne, du Forez, du Beaujolais et du comté de Clermont en Beauvaisis. Il était le plus grand seigneur terrien du royaume après le duc de Bourgogne. (A. LoNciNON, Les lintiles de la France et rétendue de la domination anglaise..., p. 9O.)
Io6 JEANNE ET SA « MISSION UE VIE )) . PHASE GUERRIERE.
d'autant plus grave que les Français étaient de beaucoup supérieurs en nombre aux Anglais, leurs vainqueurs.
Ce même jour, 12 février, — le lecteur ne l'a pas oublié, — Jeanne d'Arc venait à Vaucouleurs trouver le capiliiine Robert de Baudricourl, et, lui reprochant ses refus, lui disait :
— En nom Dieu, vous tardez Iroj) à m'cnvoyer. Aujouid'liuy le gentil Dauphin a eu piès d'Orléans grand dommage.
Et elle ajoutait :
— Il sera en danger de l'avoir plus grand si ne m'envoyez bienlôl vers lui.
Cette défaite inattendue assombrissait singulièrement l'horizon, et, humainemcMit parlant, il y avait beaucoup à craindre qu'il ne s'assombrît encore davantage. Des conseils extraordinaires furent assemblés et tenus, soit à Chinon par le jeune roi, soit à Orléans.
« Les capitaines qui étaient dans Orléans convoquèrent les principaux bourgeois pour leur représenter qu'ils ne voyaient pas moyen de pouvoir longtemps défendre leur ville, et les prièrent de déclarer ce qu'ils voulaient faire; à quoi tous ensemble répondirent qu'ils aimaient mieux mourir quede se soumettre aux Anglais'. »
Puisque le sort des armes leur était contraire, il ne restait aux assiégés qu'une voie à tenter : celle de la diplomatie. Et encore ne fallait-il pas songer à négocier directement avec les Anglais qui, enflés de leurs succès, n'eussent consenti qu'à une capitulation sans condition.
I. Abrénia/çiir du Procès, cité par l'jibbé Dubois, Histoire du siètje d'Orléans, p. 28,