CHAP. XVI. LE SIEGE D ORLEANS. ROUVRAY
Mais il y avait en Fiance nn prince puissant qui avait rendu et rendait assez de services à ces insulaires, pour que ceux-ci fussent obligés de le ménag-er et de compter avec lui.
Ce prince était le duc de Bourg-ogne. Deux raisons permettaient d'espérer que, Philippe le Bon se prononçant en faveur d'Orléans, peut-être plairait-il au duc de Bedford d'en faire lever le siège. Philippe était allié des Anglais, et il était de plus le beau-frère du Régent du royaume. Allié des Anglais, il l'était depuis la mort de Jean sans Peur. Quoiqu'il eût épousé, à son premier mariage, une sœur de Charles VII, la princesse Michelle, le jeune duc, pour venger l'assassinat de Montereau, se jetla à corps perdu dans le parti d'Henri V d'Ang-leterre. Sa fidélité à la cause anglaise autorisait à penser qu'une requête venant de sa part ne serait pas traitée par ses alliés avec indifférence.
Philippe le Bon était d'ailleurs le beau-frère du duc de Bedford. Le Régent, en effet, avait épousé, en juin i423, Anne de Bourg-og-ne, sœur du duc Philippe, âg'ée de dix-neuf ans, qui lui avait apporté en dot i5o.ooo écus d'or. Le duc de Bourgogne pouvait sans présomption espérer que son beau-frère tiendrait à lui être agréable.
C'est ce sentiment qui prévalut dans le Conseil du roi Charles VII, lorsque l'on délibéra sur les mesures que commandaient les circonstances. Il y fut « résolu de prier le duc de Bourg-ogne prendre la ville d'Orléans en sa protection, et de luy plustost consigner entre les mains que de permettre qu'elle tombast en la puissance de l'Anglais. Et remonstra-t-on au Roi que cela servirait d'acheminement pour faire quelque accord avec le duc
Io8 JEANNE ET SA « MISSION DE VIE ') . PHASE GUERRIERE.
de Bourgogne, et en tout événement metlroit de la jalousie entre luy et l'Ang-lois' ».
On reconnaît là Tidée à laquelle s'attachera plus tard opiniâtrement Regnault de Chartres, celle qui, subordonnant tout à la diplomatie, devait mettre le chancelier en opposition ouverte avec la Pucelle et le rendre défavorable, hostile même à ses desseins.
En conséquence, à ce que nous apprciul un historien des ducs de Bourgogne, les plus prudents des conseillers de Charles VII furent d'avis d'envoyer aux chefs des assiégés un pouvoir de remettre la place entre les mains de Philippe le Bon'.
Une ambassade fut donc députée à Philippe « par le roy Charles et ceux de la ville d'Orléans ^ ». A la tête fut placé un capitaine connu et estimé tout particulièrement du jeune duc, Potou de Xaintrailles. Plusieurs fois, le chevalier gascon avait eu l'occasion de combattre sous ses yeux. Eu i/i23, à Arras, dans le célèbre combat singulier qui fut livré entre Poton et Lyounel de W-îindoune et dont Poton sortit vainqueur, Philippe le Bon était juge du camp'^.
1 . E. RicHER, Histoire de la Pucelle d'Orléans, livre I, fo6, verso.
2. Doni Plancher, Histoire de liourcjofjne, t. IV, pp. 127-145.
3. MoNSTHKLET, Chroiiique, 2" |)artie, chap. lviif, t. IV, p. 817.
4. Id., ibid., t. IV, pp. i5i-i.54. Four célébrer sa victoire, ajoute Monstrelet, Poton « fist là de ii;rans honhans avec ses gens ».
Xaintrailles (Poton de), compagnon de La Hire et Gascon comme lui, était né au château de ce nom dans les environs de Nérac (Lotet-Garonne). Son frère aîné, Jean, était seiçneur de Xaintrailles. Il combattit à Orléans, Rouvray et Montépilloy. Poton fut un des plus braves capitaines de ce temps. On ne l'appelait que le Vaillant Poton. 11 prit part au ravitaillement d'Orléans, et avec la Pucelle, aux affaires des Tourelles, de Jargeau, de Palay, où ses archers firent Talbot prisonnier, à la tentative sur Paris et à la délivrance de Compiègne. II fut nommé «rand écuyer en juillet 1429, maréchal de France en