CH. XVII. DANS ORLEANS. - PRISE DE SAINT-LOUP. I2Ô
elle éteignit le feu ; ce que les gens d'armes tinrent à grans merveilles ' ».
On la conduisit « avec grand honneur, au long" de leur ville et cité », jusqu'à l'hôtel de maître Jacques Boucher, arg-cntier du duc d'Orléans et trésorier de la ville. Cet hôtel se trouvait « près la porte Regnart, et de ce logis on pouvait voir tout le sièg'e ». « On lui avait faict appareiller à souper bien et honorablement. » C'est là que Jeanne reçut une gracieuse hospitalité, « ainsi que ses deux frères, les deux gentilshommes et leur varlet venus avec eulx du pays de Barroys " ». La femme et la tille du trésorier tinrent compagnie à la Pucelle dans « la chambre qui lui a voit esté ordonnée ». L'enfant qui se nommait Charlotte et n'avait que neuf ans, partagea son lit et Jeanne prit son repos avec elle^.
1. Journal du siège, loc. cit. — Le témoin Orléanais, Jacques L'Esbahy [Procès, t. III, p. 27), dépose « avoir vu la Pucelle, quand elle Ht son entrée dans Orléans, se rendre avant toute chose à la cathédrale, pour offrir ses adorations à Dieu son créateur ». Ni le Journal du siège, ni Cousinot de Montreuil, ni aucun autre document n'ont confirmé ce témoignage.
2. Journal du siège..., p- 77 ; — Chronique de la Pucelle, p. 286.
3. fbid. — C'est parles soins du Bâtard d'Orléans que la Pucelle « fut bien et honnestement logée chez .lacques Bouchier, un des notables bourgeois d'icelle cité, lequel avoit espousé l'une des notables femmes d'icelle ». (Jean d'AuLON, Procès, t. III, p. 211.)
Remarcjuons le soin que les témoins des faits et dits de Jeanne d'Arc mettent à signaler l'honorabilité des hôtes et hôtesses à qui le roi et ses officiers la confiaient en garde. Ainsi en fut-il de ses hôtes de Chinon, de Poitiers, de Bourges.
SAMEDI 3o AVRIL ET DIMANCHE I "•" 3IAI.
Le samedi So avril, lendemain de son entrée dans Orléans, Jeanne d'Arc entendil d'abord la messe et fit la sainte communion'. Après quoi, dans la matinée, elle se rendit auprès de Dunois et autres capitaines, et Ton s'occupa des moyens à prendre pour assurer la défense de la place et liàter la retraite des assiégeants. Invitée à donner son avis, la jeune g-uerrière voulait sommer d'ahoid les Anglais de lever le siège, et, en cas de refus de leur part, les atta(pier sur-le-cliamp, sans attendre de renforts. L'avis de Dunois fut différent. Il ne fallait, dit-il, prendre l'offensive qu'après l'arrivée des troupes redescendues à Blois pour y passer la Loire. Celles qu'on y avait laissées, ou qui s'y étaient rassemblées depuis, se joindraient au cor[)S exj)éditionnaire ; il en serait de même des garnisons voisines qui avaient reçu des ordres en conséquence. Alors on pourrait sans témérité aller de l'avant et obtenir plein succès^.
1. Procès, t. III, j). 08. Déposition du ])aj^e de la Pucelle.
2. Procès, t. III, pp. 7, 211. Dépositions de Dunois et du chevalier d'Aulon. Nous n'avons pas cru devoir mentionner le rôle que l'historien du sire de Gamache attribue ici à ce personnage. D'après lui, le sire de Gamache aurait tenu ce langage peu courtois en présence de la Pucelle, dont il ne goûtait pas l'avis : « Puisqu'on préfère l'avis d'une t'enime à celui d'un chevalier comme moi, je ne me rebifferai plus. Je défais ma bannière et ne veux plus être qu'un pauvre ccuyer. J'aime mieux avoir pour maître un noble homme qu'une fille dont on ignore le passé. »
Du rcstf, d'après J. Quicherat, cette prétendue histoire du sire de