‹ Histoire complète de la Pologne (volume 2)Chapitre 15 sur 24 · INTRODUCTION. LXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. LXI

du 3 mai 1791 garantit aux paysans et aux colons étrangers une entière liberté, leur assura des terres, les plaça sous la sauvegarde de la loi commune et les défendit contre tout arbitraire. En outre, un arrêté, en date du 7 mai 1794, de l'illustre Kosciusko, généralissime investi du pouvoir dictatorial, proclama itéralivement la liberté des paysans, l'inviolabilité des terrains possédés par eux, et substitua entièrement à la justice seigneuriale celle des juridictions locales, chargées de juger leurs différends avec les propriétaires.

Il était trop tard, hélas ! Quelques mois encore et la Pologne n'existait plus. Mais il semble que, dans les dispositions providentielles de sa justice. Dieu ait voulu qu'avant de disparaître de la scène visible des peuples, les Polonais réparassent complètement la faute de leurs pères, afin qu'au jour de la reconstitution prochaine de la patrie, ils pussent montrer leurs mains pures de toute iniquité, et recouvrer, par cette réparation, leur nationalité dont elle n'avait pu conjurer la ruine passagère, parce qu'elle fut trop tardive.

Quant à l'importation des institutions païennes, réminiscence surannée de philologue et de légiste, elle était trop fictive pour ne pas disparaître bientôt. Sans racines ni dans les traditions, ni dans les mœurs, ni même dans la littérature de la Pologne, elle ne tarda pas à s'évanouir en fumée, ne laissant après elle d'autre trace que les atroces doctrines qui tendaient à justifier le servage. Enfaisant disparaître, par l'affranchissement des paysans et le renouvellement des lettres, la dernière empreinte de cet esprit païen, la patrie de saint Stanislas, débarrassée depuis longtemps de son engouement d'un instant

LXII HISTOIRE ItE LA POLOGNE.

pour Rome idolâtre, fit ce qu'avait fait cinq siècles auparavant son glorieux roi Vladislav Lokéték, dont nous raconterons plus tard l'histoire, elle se tourna vers Rome chrétienne, centre et foyer de la catholicité, et le bâton de pèlerin à la main, s'en alla, seule, à pied, visiter ses catacombes, image de son propre martyrologe, assista à ses solennités religieuses, à ses jubilés, se recueillit dans le silence, pria beaucoup, médita longtemps, se retrempa dans les austérités de la pénitence, et repassant dans sa mémoire ses gloires d'autrefois, ses humiliations d'aujourd'hui, ses longs malheurs et ses dures épreuves, elle s'agenouilla devant Dieu, se soumettant avec une héroïque résignation aux décrets de la Providence. Puis, rajeunie, transfigurée, sanctifiée par 70 années d'une émigration douloureuse sur tous les chemins de la terre étrangère, sous tous les horizons du ciel excepté le sien, seule, loin du berceau natal, pauvre exilée, buvant ses larmes dans le calice amer d'an autre peuple, privée de tout ce qui est cher au cœur de l'homme, vivant du pain noir de l'aumône, abreuvée de tristesse, d'infortunes et de persécutions sans nom, elle comprit la passion du Sauveur par la sienne, et l'embrassa avec des transports d'enthousiasme. Nation-Christ, passant par toutes les agonies de son long Calvaire, et clouée sur sa croix rédemptrice, elle s'éprit pour l'Évangile, l'Eglise, la justice, la vérité, la liberté, d'un amourindicible, infini, que n'avait pas même connu la fougue de ses jeunes années. Ravivant toute son âme, tout son être à ces sources saintes et bénies, elle alla puiser dans les traditions catholiques les plus pures, dans ses fastes et ses légende? les plus sublimes, aux entrailles mêmes de son histoire, le souffle de cet esprit nouveau, éternel et divin. Salit-

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