INTRODUCTION. LIX
Cette revendication des droits delà nature et de la liberté humaine par les catholiques ne fut malheureusement pas entendue d'abord , et ce n'est quun siècle plus tard que nous commençons à la voir passer dans les faits. En 1761, on décréta la peine de mort pour quiconque tuerait un homme sans distinction de condition, et le maître répondit ainsi de sa vie pour le meurtre de son paysan. En 1768, la justice seigneuriale fut abolie en matière criminelle , et les paysans ne furent plus soumis qu'aux tribunaux ordinaires : déjà depuis longtemps ceux du domaine public , ou de la couronne, qui formait une portion considérable de la propriété territoriale, ne relevaient, même en malière civile, que d'une cour dite de référendaire qui jugeait en dernier ressort les différends entre eux et les possesseurs à titre d'emphythéose ou d'usufruit. En 1773 ramélioration du sort de la classe laborieuse et le commencement de liberté dont elle jouissait avait déjà quelque retentissement même au dehors, puisque 30,000 paysans russes se réfugiaient sur le territoire de l'Ukraine et de la Pologne, à laquelle la tzarine reprochait alors durement cette émigration.
Enfin, vers 1778, André Zamoïski, qui proclamait en ce moment la liberté des paysans dans son code, affranchit les siens de la terre de Biezun, dans le palatinal de Plock; donna à chacun d'eux en propriété autant de terre qu"il en put cultiver, sous la simple condition d'une redevance ou cens annuel proportionné à la valeur du sol. Il établit ensuite des écoles et des prix d'argent pour ê ire distribués touslesans, lejourde la Saint-Joseph, aux paysans qui feraient les plus belles toiles et aux paysannes qui fileraient lo plus beau lin ou accompliraient d'autres ou-
vrages utiles. Cet exemple suscitaune noble émulation et de nombreux imitateurs en Lithuanie et en Pologne. Le prince Czartoryski, grand panetier de Lithuanie, aflVanchit également ses paysans. Le prince Stanislas Poniatovski, général des armées de la couronne et plus tard grand trésorier, réunit les siens le 20 août 1778, leur donna un festin champêtre qu'il présida, affranchit de tout droit, moyennant une modique capitation, tous ceux que recommandaient leur aptitude et leur conduite, et ne laissa les autres assujettis à quelques jours de travail par an, que jusqu'à ce qu'ils se fussent montrés dignes d'une complète émancipation : il établit en outre un grod pour veiller à l'instruction de ces cultivateurs, leur partager les terres et terminer leurs différends, fixant des honoraires aux juges de ce tribunal, afin qu'ils n'eussent à recevoir des clients ni gratification, ni aucune espèce de présent. En même temps, Joachim Chreptovicz abolit la corvée dans ses terres; Paul Brzostovski, à Pavlov, affranchit aussi ses paysans, les arma et les fit exercer aux manœuvres militaires; et une foule d'autres suivirent ces exemples.
Bientôt ce ne furent plus seulement des individus qui prirent l'initiative, mais la loi elle-même qui décréta l'affranchissement universel et la liberté de tous les paysans. A la diète de 1776, André Zamoïski fut chargé par le roi, et aux acclamations unanimes et enthousiastes de l'assemblée, de rédiger un code qu'il publia en 1778 et qui promulguait la liberté des paysans. Malheureusement les moskovites y voyant le salut de la Pologne, parvinrent à en empêcher l'adoption par la diète de 1780. Mais celle de 1784 n'en décréta pas moins des lois favorables aux paysans; etenfinlaConslitution fondamentale