‹ Histoire complète de la province du Maine depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 12 sur 45 · DE CELLE DU MANS EN PARTICULIER · texte numérisé non relu

DE CELLE DU MANS EN PARTICULIER

Saint Pierre, nommé prince des apôtres, établit sa chaire pontificale à Rome, l'an 42 de l'ère chrétienne, y siégea pendant 24 ans, c'est-à-dire jusqu'en 66, époque de son martyre.

Plusieurs fois éloigné de cette métropole , tantôt par les affaires extérieures de son pontificat apostolique, tantôt par la violence des persécutions; telles, par exemple, que celle de Claude, qui le força d'habiter Jérusalem de 51 à 57, il était obligé de confier ses pouvoirs à ceux de ses collaborateurs

qu'il jugeait les plus dignes et les plus capables de les exercer. Toutefois, ils agissaient constamment en son nom pour le maintien de Yunité dogmatique et vraie, qui devait être, et sera toujours, en effet, le caractère essentiel du christianisme.

Ce fut ainsi que saint Lin, saint Clet, saint Paul, saint Clément surtout, firent plusieurs délégations justement attribuées à saint Pierre lui-même, par ceux qui comprennent bien l'esprit de l'Église : seulement alors ces délégations étaient faites par action médiate. C'est pour avoir méconnu, ou feint d'ignorer une distinction si naturelle , que des écrivains intéressés ont cru pouvoir signaler ici des contradictions qui, bien évidemment, n'existaient pas.

Des les années qui suivirent l'Ascension du Sauveur, comme nous l'avons démontré par les plus graves documents, saint Pierre, saint Clément, saint Paul et les autres Apôtres, s'empressèrent, d'après la délégation divine, et les ordres formels qu'ils avaient reçus du Maître, d'importer le christianisme dans toutes les parties du monde. La Gaule reçut alors trois missions principales, dont nous allons établir, sur des titres positifs, la réalité, le temps et les merveilleux travaux.

§ III. Première mission apostolique dans les Gaules.

Si nous en recherchons les envoyés et l'époque, d'après les traditions, les chroniques, les monuments, etc., elle se composa de sainte Marie-Madeleine, saint Lazare, son frère, premier évêque de Marseille; sainte Marthe, sa sœur; sainte Salomé; Marie, femme de Zébédée, mère de saint Jean l'évangéliste ; saint Maximin, apôtre d'Aix ; qui, tous partis de la Judée, vinrent s'établir en Provence vers la 47e année de l'ère chrétienne ; la 13e après l'ascension du Sauveur, la 7e du règne de Claude.

Pour démontrer la réalité de cette première délégation apostolique dans les Gaules, nous voyons à l'unanimité des anciennes traditions, des documents historiques les plus graves, s'unir

le puissant et respectable témoignage de toutes les églises de France, comme il est aisé de s'en convaincre en y consultant les Missels, les Bréviaires, les Officia propria, etc., depuis les premiers siècles de leur institution jusqu'au xvne; et, pour la grande majorité, jusqu'au xixe.

En 1848, M. l'abbé D. Faillon a publié, sous le titre de . « Monuments inédits sur V apostolat de sainte Marie-Madeleine en Provence, » un ouvrage remarquable par son judicieux esprit de critique et son accent de vérité, qui prouve que les actes écrits des missionnaires de cette première introduction du christianisme dans la Provence, remontent au moins au vr ou ve siècle; et la tradition de l'existence positive de leurs monuments funéraires, au moins au ive ou 111e. Nous y reviendrons en combattant les regrettables erreurs que l'on aurait bien voulu substituer à ces importantes vérités.

§ IV. Deuxième mission apostolique dans les Gaules.

Elle eut pour délégués les sept évoques régionnaires que saint Pierre envoya dans ces contrées, et dont les actes n'ont été l'objet d'aucune contestation importante. Les attributions spéciales de ces prélats, d'après toutes les traditions, se trouvèrent ainsi réglées parle prince des Apôtres : Arles, à saint Trophime ; Paris, à saint Denys; Limoges, à saint Martial; Clermont, à saint Austremoine ; Tours, à saint Gatien ; Toulouse, à saint Saturnin ; Narbonne, h saint Paul : c'est un second fait également admis par les novateurs mêmes qui reportent cette mission à des époques où, comme nous le prouverons, elle n'aurait évidemment pu s'effectuer avec les circonstances qui l'ont environnée. Du reste, les témoignages les plus certains s'accordent pour la fixer vers la fin du Ier siècle ou le commencement du 11e. Suivons l'ordre des faits.

1° Saint Trophime d'Arles. — « Si c'est une erreur, dit M. L. W. Ravenez, de croire que saint Trophime d'Arles est celui dont parle saint Paul dans son épître àTimothée lorsqu'il

dit : « J'ai laissé Trophime malade à Milet; » cette erreur a été partagée par des hommes dont les noms ont une grande valeur : Raban-Maur, qui écrivait au ixe siècle et sur d'anciens documents une Vie de sainte Marie-Madeleine, y compte saint Trophime au nombre des plus illustres et des plus anciens disciples de Jésus-Christ.

Le martyrologe d'Usuard, publié en 873, dit positivement : « Apud Arelatem, natale sancti Trophimi, cujus meminit Paulus scribens ad Tirnotheum, qui ab eo apostolo episcopus ordinatus, pvœfatœ urbis primus ob Christi evangelium prœdicandum directus est. »

« Arles fête la naissance de saint Trophime, dont parle saint Paul en écrivant àTimothée, et qui avait été ordonné, par cet apôtre, premier évoque de cette ville pour y prêcher l'évangile de Jésus-Christ. » Il est, en effet, qualifié du double titre cl'éveque et de disciple des Apôtres dans le Martyrologe romain de 740.

Tous les écrits authentiques s'unissent pour confirmer ces faits en prouvant que saint Trophime vint en Gaule dès la 57e année de l'ère nouvelle ; que ses prédications y furent en quelque sorte la première source de la propagation du christianisme, ce que paraissent confirmer encore les privilèges et la suprématie dont l'Église d'Arles jouit pendant longtemps, que plusieurs papes lui confirmèrent, et dont un grand nombre d'évêques réclamèrent la conservation lorsque l'Église de Vienne prétendit les lui disputer.

En 417, le pape Zozime s'expliquait ainsi à cette occasion : « Sanè quoniam metropolitanœ Arelatensium urbi vêtus privilegium minus derogandum est, ad quam primwm ex hac sede Trophimus summus antistes, ex cujus fonte totœ Galliœ fidei rivulos acceperunt, directus est. »

« Il est sage, dit le pape Zozime, de ne point déroger à l'ancien privilège de la ville d'Arles, qui lui donne le titre de métropole ; vers laquelle fut envoyé, comme son premier évêque, saint Trophime, source principale d'où les ruisseaux de la foi coulèrent abondamment dans toutes les Gaules. »

« En 440, ajoute M. L. W. Ravenez, dix-neuf évoques de la province d'Arles écrivent au pape saint Léon pour revendiquer les privilèges que l'église de Vienne avait enlevés à cette métropole : « Omnibus etiam regionibus gallicanis notum est, sed née sancto-sacrœ Ecclesiœ Romance habetur incognitum, quod prima intra G allias Arelatensis civitas missuma beatissimo Petro apostolo sanctum Trophimum habere meruit sacerdotem, exindè olim paulatim regioyiibus Galliarum donum fidei et religionis infusum. »

« Il est de notoriété publique dans toutes les provinces gauloises, et la sainte Église Romaine sait aussi parfaitement, que la ville d'Arles est la première qui ait mérité de recevoir pour évêque saint Trophime , envoyé par le bienheureux apôtre saint Pierre; et que de là s'est répandu, par degrés, dans les autres pays des Gaules, le précieux enseignement de la religion et de la foi chrétiennes. »

Mais s'il est ainsi démontré que saint Trophime soit venu dans les Gaules pendant la seconde moitié du premier siècle, les mêmes preuves amèneront les mêmes résultats pour les six autres évêques régionnaires envoyés avec lui, comme tout le monde en convient, pour évangéliser ces provinces : tout s'enchaîne en effet rigoureusement dans l'ordre de la vérité. Mais ne craignons point, pour une matière aussi grave, la surabondance des preuves, ef voyons rapidement celles qui s'appliquent d'une manière plus directe aux autres apôtres de cette seconde mission.

II0 Saint Denis de Paris. — Il est également vrai que saint Denis fut le premier évêque de Paris, et qu'il vint dans les Gaules au premier siècle de l'ère chrétienne. Les plus anciennes traditions, les légendes, les bréviaires, les missels, les martyrologes, les biographies de saint Denis et de ses associés, sont unanimes sur ce point.

On trouve en effet dans l'office des Églises de France relatif au saint : « Sanclus Dionysius qui tradente beato Clémente , Pétri apostoli successore, verbi divini semina gentibus parturienda susceperat. » Saint Denis, envoyé parle bienheureux saint

Clément, successeur de l'apôtre saint Pierre, avait reçu pour mission de féconder, chez les Gentils, les semences de la parole divine.

Le Martyrologe de Raban-Maur dit encore : « In Parisiis, passio Dionysii episcopi et martyris, Eleuterii presbyterii et Rustici diaconi; quos referunt à Clémente papa in Galliam ad prœdicandum verbum Dei missos et ibidem martyr isatos. » Souffrances, dans la ville de Paris, de saint Denis évêque et martyr , des saints Eleutère prêtre, et Rustique diacre, envoyés, d'après les traditions , par le pape Clément, dans la Gaule, pour y prêcher la parole de Dieu, et martyrisés dans la même ville.

Doublet, dans les Antiquités de Saint-Denis, rapporte un passage du testament de Pépin, roi de France, où se trouve exprimée la même opinion en 768. « Dionysius et sœpèjam dictus Rusticus et Eleuterius qui primi, post apostolos, subordinatione B. Clementis, Pétri apostoli successoris, in hanc Galliarum provinciam advenerunt. » Denis, et comme on Ta souvent répété, Rustique et Eleutère, premiers après les apôtres, ordonnés par saint Clément, successeur de saint Pierre, vinrent dans cette province des Gaules.

« Avant lui, ajoute M. L. W. Ravenez, Théodoric de Chelles s'exprimait de la même manière dans un diplôme donné en 723 à l'abbaye de Saint-Denis. »

Des décisions prises par les évêques de France, réunis en synode à Paris, sont adressées en 825 au pape Eugène, et se résument ainsi : « Linea veritatis quce ab antiquis patribus nostris usque ad nos inflexibiliter ducta est, beato Dionysio scilicet, qui à sancto Clémente, beati Pétri apostoli, in apostolatu primus ejus successor exstitit, in Gallias cum duodenario numéro primus prœdicator directus, et post aliquod tempus una cum sociis, hue illucque prœdicationis gratia per idem regnum dispersis martyr coronatus est. » Il existe, relativement à saint Denis, une ligne de vérité invariablement suivie par nos anciens Pères et jusqu'à nous : il fut envoyé dans les Gaules par saint Clément, premier successeur de saint Pierre dans l'apostolat, avec le caractère de premier prédicateur évangélique au milieu

de ses associés qui se dispersèrent dans les diverses parties de ce pays, animés du même zèle chrétien ; et reçut enfin la couronne du martyre.

Hilduin, abbé de Saint-Denis, établit sur des preuves sérieuses que saint Denis premier évêque de Paris, et saint Denis l'aréopagite sont le même personnage ; et que dès lors cet évêque avait été délégué par les apôtres. Mais au lieu de former la base de cette opinion, comme on voudrait bien l'insinuer, avec des intentions faciles à reconnaître, elle ne fait que la confirmer puisque les témoignages écrits sur lesquels elle s'appuie sont, pour un grand nombre, antérieurs au livre de Hilduin dont les conclusions furent, du reste, généralement acceptées par l'Eglise de France.

J. Scot Erigène dit positivement : préface des œuvres de saint Denis l'aréopagite : « Vita ejus a fidelibus viris tradita testatur, temporibus papœ démentis, successoris videlicet Pétri apostoli, Romam venisse, et ab eo ad prœdicandi Evangelii gratiam, in partes Galliarum directum fuisse, et Parisiis martyrii gloria coronatum fuisse cum beatissimis suis consortibus, Rustico scilicet atque Eleuterio. » La Vie de saint Denis faréopagite, écrite par des hommes véridiques, atteste qu'il est venu à Rome sous le pontificat de saint Clément, successeur de l'apôtre saint Paul ; qu'il a été positivement envoyé par lui dans les Gaules pour y prêcher les bienfaits de l'Evangile , et qu'il a reçu la glorieuse couronne du martyre à Paris avec ses bienheureux collaborateurs : saint Rustique et saint Eleutère.

A ces preuves nous pourrions en ajouter beaucoup d'autres qui toutes serviraient à démontrer que non-seulement saint Denis est venu évangéliser les Parisiens, envoyé par saint Clé ment dans le Ier siècle, mais encore qu'il fut, avec ses associés martyrisé, comme le disent les chroniques, sur la butte Montmartre, qui paraît en avoir pris son nom : Mons-Martyrum.

IIP Saint Martial de Limoges. — Ce fut précisément à l'occasion de l'apostolat de saint Martial dans les Gaules, qu'en France on souleva l'importante question de savoir : si l'on devait accorder le titre d 'apôtre aux évoques régionnaires délé-

gués directement par les disciples immédiats de Jésus-Christ, ou le réserver exclusivement pour ces derniers? »

Deux conciles furent successivement convoqués pour la solution de ce grave problème : l'un, à Limoges, en 1029 ; l'autre, à Bourges, en 1039. La question fut résolue par l'affirmative, dans le premier sens; et saint Martial fut définitivement qualifié de ce titre d'apôtre; non pour avoir fait partie des douze premiers, mais comme ayant été compris dans la seconde mission des sept évêques ordonnés par saint Clément. Nous ferons observer, par anticipation, que, dans les conciles, il fut deux fois question de saint Julien du Mans, et que cette qualification (Tapôtre lui fut aussi confirmée, en raison de la délégation qu'il avait également reçue des premiers apôtres eux-mêmes.

Cette solution pour tous les évoques régionnaires directement ordonnés par les premiers apôtres, et pour saint Martial en particulier, se trouve aujourd'hui confirmée définitivement par le décret de Sa Sainteté Pie IX, du 18 mai 1854, et dont la citation de quelques passages nous dispensera de tout autre examen relatif à la venue de saint Martial dans le Ier siècle.

« Confirmationis elogii et cultus ut apostoli, quo sanctus Martialis,primusLemovicensium episcopus, hactenus gavisus est ab immemorabilitempore et ex constitutionibus apostolicis, Ecclesia lemovicensis in Gallia a remotissimis usque temporibus cultu et elogio ut apostoli veneratur sanctum Martialem, primum episcopum suum. In qua quidem cultu et elogii possessione immemorabiliut sanctus Martialis per novam sanctœ hujus apostolicœ sedis declarationem confirmaretur, reverendissimus lemovicen episcopus obtinuit, ut in sacrorumrituum congregatione... confirmari debeat elogium et cultus de quo agitur... cum undique causœ patronus monumenta corrogarit, ex traditione et immemorabili possessione, exprovincialium conciliorum definitionibus et apostolicicis constitutionibus. »

En confirmation de l'honneur du culte comme apôtre dont saint Martial, premier évoque de Limoges, a constamment joui d'après les constitutions apostoliques, l'Église de Limoges, en Gaule, accorde, à son premier pasteur, saint Martial, depuis les

temps les plus reculés, les honneurs et le culte des apôtres. Un de ses évoques a, depuis, obtenu que ces anciens privilèges fussent confirmés par une déclaration nouvelle du siège apostolique... Il y a lieu, par conséquent, d'après les traditions, la possession immémoriale, les décisions des conciles provinciaux et les constitutions apostoliques, de maintenir les honneurs et le culte rendus, comme aux apôtres, à saint Martial, premier évoque de Limoges.

La savante dissertation de M. l'abbé Arbellot fournit, du reste, sur le caractère apostolique de la mission de saint Martial toutes les preuves que Ton peut désirer ; nous en citerons seulement ce passage afin de prouver comment procèdent, le plus ordinairement ceux qui prétendent renverser l'autorité des plus anciennes traditions.

« M. le chanoine des Cordes, ajoute M. l'abbé Arbellot, trouvant dans la Vie de saint Martial, composée sous le nom de saint Aurélien, des locutions prouvant que cette légende n'était ni un monument du iev siècle, ni l'œuvre du successeur de saint Martial, imagina que la tradition du pays découlait, comme de son unique source, de ce livre apocryphe ; et, d'autre part, lisant dans Grégoire de Tours : que saint Martial n'avait reçu sa mission qu'au me siècle, fit une savante dissertation pour renverser les traditions locales. »

IV0 Saint Austremoine de Clermont. — Les traditions et les historiens, même ceux qui font opposition à la venue de saint Austremoine dans le Ier siècle, s'accordent pour admettre qu'il a fait partie de la seconde mission des sept évoques ; par conséquent les preuves qui démontrent V apostolat des autres lui sont également applicables. Mais de plus saint Priest évoque de Clermont, martyrisé en 674, nous fournit une légende particulière à saint Austremoine, et qui de plus confirme tout ce que nous avons avancé de ses codélégués : en voici le texte précis.

« Post gloriosam igitur Domini nostri ascensionem... Beatissimus Petrus princeps apostolorum... advocans ipsos sanctissimos discïpulos... ad prœdicandum destinavit et sua apostolorum benedictione roboravit, et pontiflcali honore subi imavit. Quorum

videlicet virorum illustrium, qui singulis urbibus erant delegati : hœc fuere nomina : Gatianus, Trophimus, Paulus, Saturninus, Martialis; arvernicam inter eos monarchiam Austremonium inclytus martyr post Deum suscepit regendam. Ex eisdem tantum Austremonius et Saturninus per martyrii palmam assecuti sunt œternœ felicitatis coronam. »

Après la glorieuse ascension de Jésus-Christ , le bienheureux prince des apôtres, saint Pierre..., réunissant autour de lui ses plus saints disciples,... les dispose à la prédication de l'Evangile, les fortifie de sa bénédiction et de celle de tous les autres apôtres ; les élève à l'honneur de la dignité épiscopale. Au nombre de ces illustres missionnaires, à chacun desquels il avait assigné une ville particulière à diriger, se trouvaient saints : Gatien, Trophime, Paul, Saturnin, Martial; on y comptait enfin le noble martyr Austremoine, qui devait, après Dieu, gouverner Vévêché d'Auvergne. De ces délégués, Austremoine et Saturnin furent les seuls dont l'éternelle félicité fut assurée par la couronne du martyre. Cette tradition fut du reste adoptée par les meilleurs esprits des temps anciens et modernes.

V° Saint Gatien de Tours. — La délégation de saint Gatien, comme premier évêque de Tours, se trouve démontrée par les textes mêmes de saint Grégoire; et la venue de l1 évêque régionnaire, au ier siècle, par les contradictions de ces textes.

Grégoire de Tours dit en effet d'abord : « Gatianum etiam episcopum a Romanis episcopis ad urbem turonicam transmis-

SUm, PRIMUMQUE TURONICIS PONTIFICEM DATUM , FAMA FERENTE

cognovimus. » Nous savons, par la tradition, que saint Gatien fut envoyé, par les pontifes romains, vers la ville de Tours, et qu'il s'y établit comme son premier évoque.

Après avoir adopté la mission des sept évoques régionnaires que nous examinons, mais en la reportant, comme nous le verrons, à l'an 250 de l'ère chrétienne, il ajoute ensuite, Hist. Fr., lib. I, cap. xxix : « De eorum vero discipulis quidam Biturigas civitatem aggressus, salutare omnium, Christum Dominum populi nuntiavit.))\]nde leurs disciples se rendit à Bourges pour annoncer la nouvelle du salut que Jésus-Christ venait apporter

à tous. Si Ton veut savoir quel était ce disciple des sept évoques, il se charge lui-même de nous l'apprendre dans un autre ouvrage : De Glor. confes. clxxx, en faisant une étrange confusion des dates : « Bituriga vero urbs primum a sancto Ursino,&m adiscipulisapostolorum ordinatus in G allia destin atus est,verbum salutaris accepit. » Or , la ville de Bourges reçut la parole du salut, pour la première fois, de saint \Jrsm,qui ordonné par les disciples des apôtres fut placé par eux dans la Gaule.

Mais si les sept évoques régionnaires dont saint Ursin est le disciple et le délégué sont eux-mêmes les disciples des apôtres, comme le dit formellement Grégoire de Tours, ils sont donc aussi leurs délégués : saint Gatien, comme les six autres, est donc venu dans le Ier siècle, et non point en 250 comme le prétendrait Fauteur en se mettant avec lui-même dans la plus évidente opposition. Ce n'est pas du reste la seule contradiction à signaler dans les textes que des novateurs ont voulu prendre pour base de leur système, comme nous espérons le démontrer dans cette grave question ; mais nous ne devons pas anticiper, ici, sur Tordre logique des faits. Qu'il nous suffise pour le moment de prouver par ces documents spéciaux et par ceux qui lui sont communs avec ses associés, que saint Gatien, premier évêque de Tours, est venu dans les Gaules dans la seconde moitié du Ier siècle.

VI. Saint Saturnin de Toulouse. — Aucune mission n'est mieux prouvée que celle de saint Saturnin vers la même époque. Le P. de Marca cite à cette occasion les actes de saint Denis où Ton trouve précisément ce passage :

« Igitur post Domini nostri Jesu Christi salutiferam passionem... apostolorum prœdicatio gentibus profutura successit. Qui viris honorent decreverunt episcopatus adjungere ex qua turba confessorum sanctum et venerandi meriti Saturninum urbs Tolosana promeruisse gaudet episcopum; simili etiant gratia beatissimus Paulus autistes et confessor narbonensemprovinciam salutari acquisivit eloquio... Sanetus igitur Dionysius , qui, ut ferunt, a successoribus apostolorum verbi divini semina gentibus eroganda susceperat, Parisiis pervenit. »

Les apôtres commencèrent la prédication évangélique dont ils devaient instruire les nations , aussitôt après la passion de notre Seigneur Jésus-Christ rédempteur du monde. Leur premier soin fut de s'adjoindre des collaborateurs dignes de l'épiscopat dont ils les investirent. Au milieu de ces nombreux confesseurs , se faisait distinguer, par un mérite bien digne de respect, saint Saturnin, que la ville de Toulouse fut heureuse d'obtenir pour évoque. Le bienheureux saint Paul, confesseur et prélat, animé d'une grâce également féconde, convertit à la foi chrétienne, par sa persuasive éloquence, les populations de la province narbonnaise.

Grégoire de Tours écrivait lui-même , De Glor. martyr. , cap. xlviii : «Saturninus vero martyr, ut ferunt, ab apostolorum discipulis ordinatus , in urbem Tolosatium est directus. » Saint Saturnin, martyr, fut, d'après la tradition, ordonné parles disciples des apôtres et dirigé vers la ville de Toulouse. Nous verrons du reste encore de quelle manière étrange il se contredit également en voulant fixer l'époque de la mission de cet évêque dans les Gaules. Arrêtons-nous pour le moment à la preuve positive qu'il nous fournit de la venue de saint Saturnin au ier siècle.

VII. Saint Paul de Narbonne. — Indépendamment de toutes les preuves que nous avons déjà citées pour établir incontestablement l'épiscopat de saint Paul au temps des apôtres, il en existe encore d'autres qui sont particulières h sa mission évangélique.

« La légende de saint Genou, écrite au xc siècle, fait judicieusement observer M. J. W. Ravenez, dit que saint Paul, évêque de Narbonne, fut ordonné par l'apôtre saint Paul. »

« A beato quoque apostoloPaulo, Narbonensibus autistes ordinatus Paulus. » L'apôtre saint Paul conféra le titre d'évêque à saint Paul, délégué au siège épiscopal de Narbonne.

Les partisans du système de Grégoire de Tours eux-mêmes ne partagent pas son erreur à l'occasion de la mission de saint Paul de Narbonne dans les Gaules; ainsi :

« Les auteurs de l'histoire du Languedoc, ajoute M. L. W.

Ravcnez, quoique très-favorables à Grégoire de Tours, sont obligés de convenir que saint Paul de Narbonne peut avoir été disciple des apôtres. Ils disent en effet : « C'est sans préjudice de V ancienne tradition de V église de Narbonne, qui reconnaît pour son premier évêque Paul, disciple des apôtres, lequel peut avoir été envoyé dans les Gaules longtemps avant. »

Fleury, dans son Histoire ecclésiastique, imbu des mômes doctrines, admet cependant que saint Paul de Narbonne peut être contemporain des apôtres.

Le P. Longueval, Histoire de l'Église gallicane, après avoir paru subir l'influence erronée de Grégoire de Tours, par un retour consciencieux sur lui-même s'empresse d'apporter à sa manière de voir cette bien remarquable et sérieuse modification : « Cependant , l'autorité des anciens martyrologes nous empoche de nous prononcer si hardiment. Comme nous avoirs montré que le christianisme était établi dans les Gaules dès le premier siècle, il est assez naturel de croire qu'il l'aura été à Narbonne, qui était une ville des plus célèbres et très-connue des Romains. »

De Marca soutient puissamment cette opinion et cite, pour mieux l'établir encore, ce passage du Martyrologe d'Usuard : « Saint Paul de Narbonne fut ordonné par l'apôtre saint Paul qui le désigna pour pontife à cette ville. En allant prêcher en Espagne, il le laissa à Narbonne; et là, cet évoque mourut saintement après s'être acquitté avec gloire du ministère de la prédication. »

A ces preuves plus que suffisantes pour établir sûrement la venue de saint Paul de Narbonne dans le ier siècle, il serait facile d'ajouter encore , ainsi que le constate la vaste érudition de M. L. W. Ravenez , les textes de saint Adon ; l'Histoire do saint Denis par Fortunat, évoque de Poitiers; la Légende desaint Ursin, publiée par M. l'abbé Faillon, etc.; mais il faut savoir mettre un terme discret môme à l'évidence positive des démonstrations.

Enfin, pour confirmer positivement, dans son ensemble, cette deuxième et remarquable mission des sept évoques région-

naires, nous possédons un texte cité dans l'ouvrage du môme auteur, et dont la valeur historique est assurément bien supérieure , par sa précision et sa clarté , à celle du passage de Grégoire de Tours que Ton aurait la prétention de lui opposer.

« De septem viris a beato Petro apostolo in Gallias adprœdicandum missis tempore Neronis : sub Claudio, S. Petrus apostolus, quosdam discipulos misit in Gallias, ad prœdicandam gentibus fidem Trinitatis; quos discipulos singulis urbibus delegavit. Fuerunt ht: Tropliimus, Paulus, Mavtialis, Austremonius, Gatianus, Saturninus, V alevins et plures alii qui comités a beato Apostolo illis destinati fuerunt. » L'abbé Faillon, loc. cit.

Des sept personnages envoyés dans les Gaules par le bienheureux apôtre saint Pierre, au temps de Néron : sous Claude, l'apôtre saint Pierre envoya dans les Gaules quelques-uns de ses disciples avec mission d'y prêcher la foi chrétienne aux populations. À chacun de ces délégués il assigna particulièrement une cité. Ces missionnaires apostoliques furent: Trophime, Paul, Martial, Austremoine, Gatien, Saturnin, Valère, et plusieurs autres collaborateurs qui s'y trouvèrent associés par le bienheureux apôtre.

M. l'abbé Faillon prouve d'une manière judicieuse que ce texte est extrait d'un manuscrit existant à la bibliothèque impériale n° 5537, copie du xe siècle d'un original du vie.

§ V. Troisième mission apostolique dains les Gaules.

Elle est représentée par les soixante-dix évoques régionnaircs au nombre desquels nous devons placer avec leurs délégations particulières : 1° saint Mansuit, à Toul; II0 saint Lin, à Besançon; 111° saint Clément, à Metz; IV0 saint Front, à Pmgueux; V° saint Ursin, à Bourges; VI0 saint Crcscent, à Vienne; VII0 saint Sixte, à Reims; VIII0 enfin saint Julien, au Mans : évoque apostolique et régionnaire des Gaules, qui fixera surtout notre attention comme appartenant en particulier à la province du Maine.

Cette nombreuse mission fut, d'après l'opinion la plus générale, déléguée par saint Clément, agissant comme vicaire et dans le nom de saint Pierre. Elle se partagea les principales villes des Gaules dans la seconde moitié du 1er siècle , avec le caractère clévêque et d'apôtre pour chacun des ordonnés à ce titre par saint Clément. Presque tous furent accompagnés d'un prêtre et d'un diacre pour les seconder et les remplacer au besoin dans leurs travaux évangéliques.

L'histoire particulière de ces nombreux et dignes propagateurs de la foi nous entraînerait inutilement bien au delà des limites naturelles de cet ouvrage , puisqu'il nous suffira de prouver la réalité de la venue, au 1er siècle, des principaux d'entre eux, et dont nous venons d'inscrire les noms, pour que la même démonstration s'applique nécessairement à tous les autres membres de cette grande mission apostolique dont l'ensemble n'a du reste jamais été sérieusement contesté dans son existence et dans ses œuvres.

1° Saint Mansuit de Toul. — « Sanctus Mansuetus, dit M. L. W. Ravenez, est inscrit dans les plus anciens martyrologes connus, avec le titre de confesseur et de premier évoque de Toul. »

Cette appréciation est confirmée , la délégation de ce prélat par saint Pierre mise hors de doute par les plus graves traditions qui nous le montrent, encore jeune, faisant le voyage de Rome, s'inslruisant auprès du prince des apôtres avant d'être envoyé par lui à sa destination.

« Beatissimo Petro apostolo urbis B.omce principatum tenante, ac Tiberio Cœsare régnante, tempore eodem venit de Hibernia quidam vir sanctus, nomine Mansuetus, cum societate plurima sanctorum hibernensium , inviser e Romœ cœli clavigerum. » Usserius inBritan. Ecoles, antiq.

Sous le règne de Tibère et lorsque saint Pierre occupait la chaire apostolique, un saint homme nommé Mansuit vint d'Irlande à Rome, avec plusieurs de ses compatriotes, pour y visiter celui de ses disciples auquel Jésus-Christ avait confié les clefs du ciel.

« Eodem tempore, clementissimi Dei viventis providentia, accedit ut quidam eximiœ nobilitatis ac prœstantis formœjuvenis... nomine Mansuetus , de finibus Eiberniœ , beato apostolo Petro Romœ erat familiaris et exceptus. Cujus Patris beatissima doctrina idem juvenis sic erat imbutus, ut accepta potestate atque licentia prcedicandi, jussu atque imperio ejusque apostoli diros atque indomitos Lotharingiœ populos in brevijugo Christi subjugaret. » ActaS.S. Februar., t. II.

Dans le môme temps , la divine Providence permit qu'un jeune homme de haute naissance, d'une beauté remarquable, venu des extrémités de l'Irlande, nommé Mansuit, fut admis, à Rome, dans l'intimité du bienheureux apôtre saint Pierre , et comme son disciple particulier. Il profita si bien des leçons évangéliques de son digne maître, qu'ayant reçu de lui le pouvoir et le titre de prédicateur de la foi , à sa recommandation et par son ordre , il soumit promptement à la religion du Christ les indomptables et grossières populations de la Lorraine.

«S. Mansuetus episcopus Tulli. . .Divum Petrum Romamvenientem audivit, et ab eo Itumanœ salutis mysterium edoctus in Galliam missus , mira sanctitate tullensem Ecclesiam rexit. » Dempster, Hisi. eccl. Gentes sanct., lib. XII.

Saint Mansuit, évoque de Toul..., fut instruit à Rome par saint Pierre des mystères de la rédemption du genre humain ; ensuite, ordonné parle bienheureux apôtre; envoyé dans la Gaule, il dirigea l'Église de Toul avec une admirable piété.

Des documents qui se lient d'une manière aussi parfaite, bien que fournis par des sources différentes, présentent, pour nous, la sérieuse autorité de l'histoire , nous dispensent de plus amples détails et nous expliquent très-bien la persistance invariable de l'Église de Toul à regarder saint Mansuit, son premier évoque régionnaire, comme l'un des apôtres venus au Ier siècle avec une délégation de saint Pierre.

II0 Saint Lin de Besançon. — Les plus anciennes traditions et les plus respectables autorités s'accordent pour attribuer à saint Lin, ordonné par les premiers apôtres, la fondation de l'Eglise chrétienne de Besançon. Un moderne document fourni

par M. Jacquenet, professeur de dogme au séminaire de cette ville, confirme la réalité du fait.

« Au siècle dernier, dit en effet M. Jacquenet, saint Lin subit le sort des autres envoyés des apôtres dans les Gaules. Marchant sur la trace des novateurs qui faisaient dès lors la révolution à leur manière , Dunod ouvrit son Histoire de l'Église de Besançon par une dissertation où il s'efforçait de ruiner l'ancienne tradition de cette Église et d'y substituer l'opinion nouvelle. Il employa pour cela les moyens familiers à l'esprit de parti... Son livre parut en 1750. Sous le nom du cardinal de Choiseul, en 1761, le nouveau Bréviaire de Besançon... abaissait l'office de saint Lin, du rit double, au rit semi-double... On supprimait de la légende du saint tout ce qui attestait sa mission apostolique... ; l'esprit novateur qui avait pour lui l'autorité, à défaut de raisons, étouffa les protestations courageuses qui ne manquèrent cependant pas. »

Ici, comme dans plusieurs autres provinces, l'esprit révolutionnaire unit ses ténèbres à celles de l'esprit de système ou de secte, et la lumière ne put se faire jour qu'après le retour de la raison et de la vérité. Ce fut en effet seulement alors que l'auteur de Y Histoire du Séminaire de Besançon, 1854, en s'appuyant sur les écrits les plus sérieux, parvint, à la réhabilitation de saint Lin, comme apôtre et premier évoque de celte ville, envoyé par saint Pierre vers l'an 54 de l'ère chrétienne. Parmi ces autorités nombreuses nous citerons un seul texte qui suffira pour justifier cette équitable et tardive réhabilitation.

« Dans la légende particulière de saint Lin , telle qu'elle se récitait à l'époque du changement imposé par le cardinal de Choiseul, et telle qu'elle se voit encore dans le Bréviaire d'Antoine-Pierre de Grammont, ajoute M. le professeur Jacquenet, on lit ce passage remarquable : »

« In Eeclesia Bisuntina a primœva hactenusque continuata traditione, habetur Linum a beato Petro apostolorum principe in Gallias missum, primum omnium Sequanis et maxime Vesuntione Evangelium Jesu Christi prœdicasse, ibidemque aliquot liomines ad veri Bel cultum convertisse. »

Il est établi, jusqu'à présent , dans l'Église de Besançon, par la tradition la plus constante et la plus ancienne, que saint Lin fut envoyé dans les Gaules par le bienheureux saint Pierre, prince des apôtres ; que le premier de tous les évoques, dans la Franche-Comté, particulièrement à Besançon, il prêcha l'Evangile de Jésus-Christ, et convertit, dans ces lieux mômes, un certain nombre d'hommes au culte du vrai Dieu.

IIP Saint Clément de Metz. — « Jusqu'au commencement du xvme siècle, dit M. L. W. Bavenez, la tradition constante de l'Eglise de Metz a fait remonter à saint Pierre même la mission de saint Clément. »

Tous les textes anciens établissent positivement ce fait; il en est de même des nouveaux qui les reproduisent en traitant sérieusement la question : « Apostolus Petrus eligens viros in fuie probatos... direxit, urbi Metensium, sanctum Clementem, romance reipublicœ patricium. » Labbe, nov. Bibl. t. I.

L'apôtre saint Pierre choisissant , comme prélats , des hommes éprouvés dans la foi..., délégua, pour évoque, à la ville de Metz, saint Clément, patricien de la république romaine.

Les catalogues de l'Eglise de Metz dans lesquels se trouve parfaitement résumée la série de ses évoques, l'histoire des prélats de cette Eglise, publiée au xme siècle par Paul Warnefride, ou Paul diacre, démontrent, avec beaucoup d'autres autorités non moins respectables, que saint Clément fut le premier évèque de Metz, et qu'il reçut positivement sa délégation de saint Pierre au premier siècle. Pour échafauder l'opinion contraire, il a fallu supposer que les catalogues exigeaient, pour être exacts, une grande longévité des évoques ; sans môme réfléchir aux vacances qui naturellement et môme nécessairement avaient dû se présenter dans la succession de vingtquatre évoques, de l'an 47 à l'an 550 de Jésus-Christ. Il a fallu, chose plus étrange encore , attaquer ici YHistoire ecclésiastique par un argument faux, mais sous lequel succomberaient toutes les histoires profanes anciennes, dès qu'on leur en ferait l'application comme vraie : en déclarant « que la date de l'histoire

des évoques de Metz au vme siècle est relativement récente, et ne saurait faire foi, pour une antiquité aussi reculée. » Seule, peut-être? mais lorsqu'elle s'accorde avec toutes les traditions anciennes dont elle n'est alors qu'une sérieuse confirmation, pourrait-on s'arrêter encore à la sérieuse prétention d'en infirmer le témoignage? Nous ne ferons pas au bon sens de nos lecteurs l'injure de le supposer.

IV0 Saint Front de Périgueux. — Il n'est assurément aucun des soixante-dix évoques régionnaires dont la délégation par les apôtres et la mission évangélique dans les Gaules, au premier siècle, soient mieux établies que celles de saint Front. Gomme le fait judicieusement observer M. L. W. Ravenez, tous les anciens martyrologes, toutes les traditions des Eglises du Puy, de Toulouse, de Tarascon, de Limoges, de Bordeaux, de Saint-Pons, etc, s'accordent parfaitement pour démontrer ces faits.

Une seule de ces citations, celle du martyrologe de saint Adon, 858, suffira pour donner une idée positive de la valeur des autres. « VIII kal. novemb. Eodem die Petracorœ civitatis, natalis sancti Frontis episcopi, qui Romce a beato Paulo ordinatus, cum Gregorio presbytero ad prœdicandum Evangelium missus est. » Le huitième jour des kalendes de novembre, jour natal de saint Front, évoque de Périgueux, qui fut ordonné à Rome avec Grégoire, prêtre, par saint Pierre, et délégué par cet apôtre pour la prédication de l'Evangile.

Mais un fait qui résout la question d'une manière incontestable, est celui des deux inscriptions trouvées dans le tombeau de saint Front, ouvert par Pierre de Saint-Astier, évoque de Périgueux, comme le constate une charte de 1261 :

1° Sur une lame de plomb sont gravés ces mots : « Hicjacet corpus beati Frontonis, Jesu Christi discipuli et beati Pétri in baptismate dilecti filii. » Ici repose le corps du bienheureux saint Front disciple de Jésus-Christ, et, par le baptême, fils chéri du bienheureux saint Pierre.

2° Sur une plaque de cuivre, on lit également : — « Hicjacet corpus beatissimi Frontonis, Jesu Christi discipuli et beati

Pétri apostoli in bastismate filii , ex Lycaonia regione orti de tribu Juda, ex Simone et Frontonia. Obiit octavo kalendas novembris, anno quadragesimo secundo post passionem Domini Jesu. » Ici repose le corps du bienheureux saint Front disciple de Jésus-Christ, et fils du bienheureux apôtre saint Pierre, par le baptême : originaire de la Lycaonie, de la tribu de Juda, de Simon et Frontonie. Il mourut le huitième jour des kalendes de novembre, l'an 42 après la passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

V° Saint Ursin de Bourges. — Indépendamment des traditions anciennes et des légendes communes à d'autres évoques régionnaires des Gaules, nous en trouvons une qui non-seulement démontre que saint Ursin fut le premier pasteur évangélique de Bourges, délégué par les apôtres, mais qu'il fit partie des soixante-dix missionnaires et vint dans ce pays à peu près dans le même temps que plusieurs autres prélats dont nous avons prouvé l'arrivée dans la première moitié du premier siècle.

« Sanctissimus ergo ac de septuaginta Domi7ii Jesu Christi discipulis, Ur sinus Biturigœ urbis primus fuit episcopus, qui a sanctis apostolis ab urbe Roma cu?n... comitibus qui sunt S. Dionysius Parisiacensis ; S. Saturninus Toïosensis ; Trophimus Arelatensis ; Paulus Narbonensis...; Austremonius arvernensis ; et sanctus Gatianus episcopus ; Evangelii semina sparsurus Galliis directus fuisset, Biturigensium fines ingressus est.»

Saint Ursin , premier évêque de Bourges , fut un des soixante-dix missionnaires de Jésus-Christ envoyés de Rome par les saints apôtres. Compagnon des saints Denis de Paris, Saturnin de Toulouse, Trophime d'Arles, Paul de Narbonne, Austremoine de Clermont, Gatien de Tours ; délégué dans les Gaules, afin d'y répandre les semences de l'Evangile, il s'établit à Bourges, capitale du Berry.

VI0 Saint Crescent, de Vienne. — Les traditions, les chroniques anciennes de plusieurs villes, etc., s'accordent pour démontrer également que saint Crescent, envoyé par les Apôtres dans le premier siècle, par conséquent, fut le premier

évêque de Vienne, alors capitale des Allobroges dans la province romaine. « Berceau du christianisme dans les Gaules, dit un historien français, elle donnait à chacun de ses archevêques, dont elle conserva la suite jusqu'à la révolution, le nom de Primat des Gaules. »

« La chronique de Mayence, dit M. L. W. Ravenez, affirme que saint Crescent a été le promoteur de la foi dans le pays des Magon tiens ; et cette tradition se trouve au sein de l'Église de Vienne. Ne peut-on pas dire : qu'une nombreuse légion de missionnaires, parmi lesquels on compte : Lin, Béat, Enchère, Materne, etc., est partie, sous la conduite de saint Crescent, pour exploiter tout le littoral du Rhin; et, qu'après avoir échelonné tous ses associés dans leurs résidences, il est venu s'établir à Vienne? »

« Tenemus a sanctis Scripturis, Crescentem, e Pauli apostoli sectatoribus unum, Galliarum quoque apostolum extitisse, quem Viennenses, nemine reluctante, sibi vindicant. Maguntini œque sibi longajam traditione adstruunt et ab eo deducta episcoporum suorum série, quamvis inierrupta, ut apparet, sextum numerant Martinum , Sardicensi Agrippinensique concilio annis postea fere ducentis, suscriptum... trevirensi ecclesiœ Maternus a beato Petro missus, hœreditatem palliisuis successoribus dereliquit. Sed primatum metropolis colonia obtinuit, ea maxime causa, quia Grescens prœdictus coloniœ quoque apostolicam verbi Dei prœdicationem primum instituit. Si primus ergo et ante Maternum quem scilicet œtate prœvalebat. » Mgidii Bucherii Belg. Roman, ib. V, n°14.

Les Écritures saintes nous apprennent que saint Crescent fut aussi un Apôtre des Gaules, envoyé par les successeurs de saint Paul, et que, sans opposition, s'attribue la ville de Vienne. Les habitants de Mayence, d'un autre côté, s'appuient également sur une assez ancienne tradition pour établir que, de saint Crescent, naît aussi la série de leurs évoques, et bien qu'elle soit interrompue, comme on le voit, ils comptent saint Martin, le sixième inscrit à peine quelques années après par les conciles de Sardique et de Cologne... Materne, envoyé par

le bienheureux saint Pierre à l'église de Trêves, laissa l'héritage du siège épiscopal de cette ville à ses successeurs. Mais la Métropole de Cologne obtint ce premier rang, surtout parce que saint Crescent lui prêcha, dès son institution, la doctrine apostolique du Verbe de Dieu. Il fut donc antérieur à Materne, d'ailleurs beaucoup plus jeune que lui.

Comme on le voit, dans ce document, Materne, plus jeune, venu après saint Crescent, est ordonné par saint Pierre; il est donc évident que saint Crescent, antérieur à Materne, plus âgé que lui, fut également délégué par les Apôtres, et vint au premier siècle dans les Gaules.

VII0 Saint Sixte de Reims. — Dans un savant mémoire, couronné par l'Académie impériale de Reims, M. L. Wa Ravenez, qui vient de réunir un très-grand nombre de précieux documents sur l'origine apostolique des principales églises de France, nous paraît avoir solidement prouvé que saint Sixte est le premier évoque de Reims, et qu'il vint dans cette ville au premier siècle, avec délégation des Apôtres; les faits, à l'appui de cette antique et générale tradition, se trouvent, en effet, incontestablement établis non-seulement dans les fastes de la métropole rémoise, mais encore dans ceux des autres églises de France, et même de la Relgique, etc.

« Sixtus, patria romanus, sancti Pétri discipulus, ab eo in episcopum consecratus et anno Christi 46 in Occidentem missus cum Sinicio et Memmio hac cum facultate, ut quocumque nécessitas vocaret, arbitrato figer et suo. Sedit sanctus Sixtus annis decem; martyrio coronatus sub Nerone anno 60, die prima septembris. » J.B. L. de Castillon, sacra Belgii Chronologia.

Saint Sixte , romain d'origine , disciple de saint Pierre , élevé par cet Apôtre à la dignité d'évèque régionnaire, fut envoyé par lui, en Occident, l'année 46 de Jésus Christ, accompagné de Sinice et Memmie, avec la faculté de s'établir, à sa volonté, dans les lieux où la nécessité d'évangéliser les populations se ferait le plus impérieusement sentir. Il occupa 10 ans le siège épiscopal ; et reçut la couronne du martyre, le 1er septembre 60, sous l'empire de Néron.

« Rhemis similiter ab eodem Petro datum ut sacratum primum episcopum Sixtum, martyrii laurea sub Nerone decoratum , eadem testatur chronologia. » Mgidius Bucherius, Belg. roman.

Il est établi , par la môme tradition , que l'apôtre saint Pierre, après avoir sacré saint Sixte, renvoya comme premier évoque à la ville de Reims, et que ce prélat reçut la palme du martyre sous l'empire de Néron.

« Idem ceu vetustaterobustum, amplectuntur Trevirorum quœ appellant Gesta , quorum auctores diserte mentor ant : Sinicium Rhemorum, Memmium Catalaunensium, Clementem Mediomatricorum, Mansuetum Leucorum ad Eucharii societatem apostoli Pétri jussu, aggregatos, eodem omnes tempore venisse in G allias. »

Il est également, d'après les anciennes traditions, soutenu avec force par les graves auteurs des « Gesta Trevirorum, » que saint Sinice de Reims, saint Memmie de Châlons, saint Clément de Metz, saint Mansuit de Toul, rassemblés avec saint Euchère par les ordres de saint Pierre, sout tous venus à la même époque dans les Gaules.

« Kalendis septembris. Rhemis in Gallia, sancti Xysti, discipuli beati Pétri apostoli qui ab eo ejusdem civitatis episcopus eonsecratus, sub Nerone martyrii coronam accepit. » Martyr. Baron... « Usuardus et Ado et eodem, hac die, hune fuisse primum Rhemensis sedis episcopum tabulée ejus Ecclesice quas descripsit Demochares plane significant. Testantur idipsum Usuardus et alii. »

Aux kalendes de septembre. Fête de saint Sixte, à Reims en Gaule : où disciple du bienheureux apôtre saint Pierre, et sacré par lui évoque de cette métropole, il vint s'établir et recevoir la couronne du martyre sous l'empereur Néron... Usuard et Adon, ajoute Raronius, à l'occasion de cet anniversaire, disent : Les diptyques de l'église de Reims, textuellement cités par Démocharès, prouvent que saint Sixte fut le premier évoque de cette ville : ce que démontrent Usuard et plusieurs autres.

Le martyrologe gallican est plus explicite encore : « Kalendis septembris. Ipso die, Remis, natalis sanctorum martyrum pariter pontificum Sixti et Sinicii, Galliœ belgicœ secundœ apostolorum. Qui patria romani, cum beato Memmio, Roma a sancto Petro lias in partes ablegati, hancque metropolim, auspice Christo, adeuntes, trophœa ipsius Redemptoris illic prima collocaverunt. Hinc ad Suessiones digressi, populum hune fidei etiam sacramentis initiarunt. Cui civitati episcopus primus Sinicus à Sixto apostolici muneris coryphœo prœfectus est. Tune Sixtus ipse Rhemis reversus civitatem hanc ethnicis spurcitiis prorsus expurgare instituit ; fana destruxit , œdieulam divinis of/îciis consecravit... Cum autem decennium apostolico operi impendisset, cupidus extremipro Domino subeundi agonis... post gloriosum certamen martyr occubuit. »

Kalendes de septembre. L'Eglise de Reims fait dans ce jour la fête des saints pontifes et martyrs : Sixte et Sinice, apôtres de la seconde Belgique des Gaules. Romains d'origine, ils furent, avec le bienheureux Memmie, envoyés du Saint-Siège par saint Pierre dans ces contrées ; marchant vers la métropole rémoise, sous les auspices du Christ, ils y plantèrent d'abord sa victorieuse bannière. Se dirigeant ensuite vers Soissons, ils initièrent les peuples aux mystères sacrés de la foi. Saint Sixte, chef de cette mission, en vertu des pouvoirs qu'il avait reçus du prince des apôtres, institua saint Sinice premier évoque de cette ville ; revint définitivement à Reims. Appliqué désormais à délivrer le pays des souillures du paganisme, il en détruisit les temples et fit bâtir une église qu'il consacra pour les offices divins. Après dix années de travaux essentiellement apostoliques, sacrifiant, avec joie , sa vie au Seigneur, il subit un glorieux martyre.

Si nous avions besoin d'ajouter d'autres autorités à l'appui de celles que nous venons de produire, et qui démontrent si positivement la venue de saint Sixte dans le premier siècle, avec les caractères de délégué des apôtres et de premier évèque de Reims, accompagné de saint Sinice et de saint Memmie, ses collaborateurs, le savant mémoire de M. L. W. Ravenez

nous les fournirait en grand nombre, par les citations qui s'y trouvent à l'occasion de ces deux derniers missionnaires. Mais il ne faut pas abuser, dans une question de cette nature, même des témoignages les plus sérieux; et d'autant moins ici que nous aurons ultérieurement une occasion meilleure de les utiliser pour la réfutation des systèmes à combattre.

VIII0 Saint Julien du Mans. — Sainl Julien fut le premier évêque du Mans : c'est un fait établi sans contestation , et duquel nous pouvons dès lors partir avec sécurité.

La seule difficulté que l'on s'est permis de soulever, à notre sens, d'une manière bien tardive, mais surtout avec autant d'irréflexion que d'inconséquence, est donc simplement relative au temps précis de son apostolat, que l'interprétation logique des faits, de l'histoire, même profane, d'accord, ainsi que nous espérons le démontrer, avec toutes les anciennes traditions des Ecritures sacrées, les décisions des papes, des conciles, et l'opinion invariable de l'Eglise du Mans, place naturellement dans la seconde moitié du premier siècle de l'ère chrétienne.

La nombreuse mission des soixante-dix évèques régionnaires délégués, suivant l'opinion la plus générale, par saint Clément, agissant comme vicaire et dans le nom de saint Pierre, d'après les témoignages les plus respectables et les plus judicieux rapprochements de l'histoire, a départi saint Julien à la ville du Mans comme son premier évêque, avec le caractère apostolique directement conféré par les apôtres euxmêmes : ici les preuves les plus solides se presseront également pour le démontrer.

Plusieurs écrivains sont allés jusqu'à soutenir que saint Julien vivait du temps de Jésus-Christ ; qu'il avait été l'un des nombreux témoins de la passion du Sauveur :

« Ipse autem, ut ejus sacrce testantur epistolœ, duodecim erat annorwm, quando passus est Salvator mundi ; et tenebras quœ in passione Ihmini Salvatoris fuerunt... se vidisse in prœdictis suis testatur epistolis. » Vita inedita Juliani.

Saint Julien , d'après les saintes Ecritures , était âgé de

douze ans à l'époque de la passion du Sauveur du monde, et se rappelait très-bien les ténèbres qui couvrirent la terre lors que le Dieu Sauveur expira sur la croix. ( Vie inédite de saint Julien; manuscrit de la bibliothèque du Mans, n°224.)

D'autres ont assuré qu'il était ce même Simon le lépreux guéri par Jésus-Christ. « Cenomanensis. — Sancti Juliani primi, ejusdem urbis episcopi, vitœ sanctitate ac miraculis gïoriosi, quem perhibent fuisse Simonem leproswn Christi hospitem. » Martyrolog... 1568.

Le Mans. — On assure que saint Julien premier évêque de cette ville, illustré par ses miracles et la sainteté de sa vie, fut Simon le lépreux, hôte de Jésus-Christ.

a Cenomanis. — Sancti Juliani, episcopi primi ipsius civitatis. Hic Simon leprosus fuisse dicitur, quem Dominus à lepra sanavit , et qui Dominum ad convivandum invitavit. Qui post ascensionem Domini , ab apostolis episcopus ordinatus est. Hic multis clarus virtutibus , très mortuos suscitavit et postmodum in pace quievit. » Usuard, marty. Florent. 1486.

On assure que saint Julien, premier évoque du Mans, fut ce même Simon le lépreux qui reçut le Seigneur à sa table après avoir été guéri, par lui, de la lèpre; fut ordonné par les apôtres évêque régionnaire après l'ascension de Jésus-Christ; et mourut en paix, distingué par ses miracles et par ses émin en tes vertus.

F. de Belle-Forest rappelle cette opinion et la modifie par des réflexions qui nous semblent judicieuses et fondées : « Plusieurs estiment, dit-il, que Simon le lépreux, en la maison duquel Jésus-Christ repeut et donna pardon à Marie-Madeleine, fut ce Julian premier euesque du Mans, envoyé là pour prescher réuangile; ce qui n'est pas impossible. Néanlmoins plusieurs sont d'opinion que le saint personnage ne fut onc le lépreux, ains vn gentilhomme citoyen romain, orateur excellent et fort grand philosophe, conuei ti à la foy par saint Clément et enuoyé en la divine expédition pour' attirer les Gaulois à la cognoissance de l'euangile. Or, comme que c'en soit, si appert-il que les Manceaux sont des premiers chrestiens de la Gaule. Le bon

euesque saint Julian présida au Mans 47 ans, 3 moys, 10 jours ; auquel succéda saint Turibie, puis saint Pavacie. »

Ceux qui partagent cette première opinion ont en conséquence admis saint Julien dans la première mission. D'autres l'ont compris dans la seconde : celle des sept évêques envoyés par saint Pierre. Raban-Maur et L'abbé D. Faillon rapportent, d'après les plus antiques monuments et les plus anciennes chroniques, les passages suivants, à l'appui de cette opinion :

« Pefrus Orientent relicturus, Romamque iturus, designavit regionibus Occidentis quas ipse adiré non poterat, Evangdii prœdicatores , de nobilioribus in Christo, et antiquioribus discipidis Christi : in regionem Galliarum... E quorum numéro erat Julianus... Septem civitatibus provinciarum prœdicaverunt... Julianus apud Cenomanum. »

Saint Pierre, obligé d'abandonner les contrées orientales pour se rendre à Rome, ne pouvant alors visiter en personne les pays de l'Occident, choisit, pour les envoyer dans la Gaule, des prédicateurs de l'Evangile, parmi les plus anciens disciples de Jésus- Christ et les plus distingués dans la pratique et l'enseignement de sa doctrine... De ce nombre était saint Julien... Ils se rendirent alors dans les sept villes de cette province dont l'instruction chrétienne leur avait été confiée... Saint Julien, dans la cité des Cénomans.

Le manuscrit de la bibliothèque du Mans, déjà cité sous le n° 224, copie du xme siècle, mais dont l'original, antérieur à la translation des restes de saint Julien dans sa cathédrale, est par conséquent au plus de 840; que plusieurs écrivains ont alors fait remonter jusqu'au vie ou même ve siècle, dit positivement : « Ut beato Clementi, à sancto Petro, principe apostolorum injunctum fuerat , supra dictum sanctum Julianum consecravit episcopum , et in Galliœ partes , cum sancto Bionysio et reliquis sociis ad prœdicandum. . .direxit.» Vita inedita Juliani.

Saint Clément, d'après la délégation qu'il avait reçue de saint Pierre, prince des apôtres, ordonna saint Julien évoque et l'envoya dans le pays des Gaules avec saint Denis et ses autres collaborateurs, pour y prêcher l'Evangile. Loc. cit.

Sans vouloir infirmer des preuves aussi respectables de la mission de saint Julien dès les premières années du christianisme, nous adopterons cependant, comme plus généralement établie par les anciennes traditions, et surtout comme plus conforme à l'histoire de la province du Maine, l'opinion qui place notre premier pasteur au nombre des soixante-dix évoques régionnaires ordonnés par saint Clément.

Si nous cherchons actuellement les raisons démonstratives de cette importante vérité, pour ce qui concerne particulièrement notre pays, nous les trouvons en grand nombre et dans une harmonie parfaite.

1° Au point de vue de l'histoire. — Il est impossible de ne pas reconnaître d'abord, et définitivement admettre, que le Maine, comme province, elles Cénomans, comme peuple, occupant, dans la Gaule Transalpine, môme longtemps avant l'invasion romaine, le rang le plus distingué; que ce peuple belliqueux, étant si connu dans la Gaule Cisalpine dont il avait en grande partie fondé la première colonie gauloise, dont une région entière, la Cénomanie, portait son nom, durent exciter, dès le principe de la mission évangélique , l'attention spéciale des apôtres chargés de l'effectuer; et les porter nécessairement à déléguer, au Ier siècle, dans la province du Maine, alors en relations si faciles et si fréquentes avec Rome, un des évoques régionnaires qu'ils envoyaient en si grand nombre, avec un si généreux empressement, vers des pays, vers des peuples moins importants, moins en évidence, et moins généralement connus.

Si nous consultons encore l'histoire, sous le rapport de la question sérieuse qui nous occupe, avec l'attention réfléchie d'en interpréter, par une logique bien éclairée, les faits et les enseignements, elle nous apprend aussi que le christianisme ayant, dès le principe, excité, dans Rome, où déjà ses merveilles apparaissaient, l'inquiète et jalouse cruauté d'adversaires tels que : Tibère, Caligula, Claude, Néron, etc., y fut alors persécuté d'une manière terrible ; tandis que dans les provinces gauloises, loin des regards farouches de ces tyrans idolâtres, il

put assez paisiblement traverser le 1er siècle et même quelques années du second. Mais bientôt révélé, par ses actes miraculeux, à la haine de ses oppresseurs, il fut soumis, pour notre province, comme pour la Gaule entière : dans les campagnes, par le druidismc celtique, dans les villes, par l'idolâtrie romaine, aux plus sanglantes exécutions : surtout de 138 à 153 ; de 161 à 174 ; de 199 à 211 ; de 218 à 251 ; continuant avec un peu moins de violence jusqu'à 305, époque à laquelle Constance Chlore, alors gouverneur des Gaules, en lit cesser les rigueurs, malgré les barbares prescriptions de Maximin. Aussi, comme nous le verrons, la chaîne épiscopale, brisée à saint Pavace, ne put-elle se renouer qu'à saint Liboire ; après une interruption de plus de deux siècles; c'est-à-dire à peu près de 126 à 337, fait important et sur l'examen duquel nous reviendrons. Ainsi, loin de nous étonner d'une pareille interruption dans la séi'ie des évoques du Maine, et surtout d'y chercher une objection à la venue de saint Julien clans le rr siècle, nous y trouvons au contraire une conséquence logique des faits de l'histoire de cette province, et la preuve positive de l'apostolat de notre saint évoque dans le 1er siècle où sa mission était si naturelle et si facile ; tandis qu'elle fut devenue bien extraordinaire et même à peu près impossible dans le 111e : surtout, avec les caractères de sa longue et paisible durée, qui jamais n'ont été l'objet d'une contestation.

II0 Au POINT DE VUE DES TRADITIONS, DES LÉGENDES, ETC. —

Nous trouvons les plus anciennes et les plus graves autorités dans une concordance parfaite pour nous conduire, avec l'unanimité de leurs témoignages, à l'évidence des conclusions et des vérités que vient de nous fournir l'histoire.

Le martyrologe romain dit textuellement : « Apud Genomanos depositio sancti Juliani primi ejusdem urbis episcopi, quem sanctus Petrus illkc ad prœdicandum Evangehum 'misit. » Au Mans, se trouvent déposés les restes mortels de saint Julien, premier évoque de cette ville, et que saint Pierre délégua pour y prêcher l'Evangile.

En 1583, cette opinion soumise, à Rome, aux lumières d'une

commission formée des hommes les plus éruclits et les plus

compétents, fut adoptée à l'unanimité; et cette décision ratifiée

par le Saint-Père.

Le manuscrit de la bibliothèque du Mans nous fournit encore

ces documents essentiels : « Fuit enim jam dictus sanctus

Julianus tempore Domitiani et Nervœ ac Trajani imperatorum,

sub quibus et Joannes apostolus et evangelista Apocalypsim et

Evangelium scripsit, atque quievit. »

Saint Julien accomplit sa mission sous les empereurs Domi-

tieu, Nerva, Trajan ; sous lesquels l'apôtre saint Jean écrivit

l'Apocalypse et l'Évangile.

Ce passage établit donc, historiquement, la venue de saint

Julien au Mans, au plus tard vers 81, et sa mort vers 117.

L'auteur ajoute : « Fuit sanctus Julianus... Apostolorum doctrines deditus, atque ab ipsis apostolis in numéro septuaginta discipulorum vocatus , quos ad suscipienda divina mandata idoneos apostolorum esse judicavit electio , quibus evangeiica semina gentibus inserenda committeret... ex qua confessorum turba prœdictus adscitus est Julianus, et per manus impositionem in officio prœdictorum discipulorum fiducialiter electus et apostolus esteonsecratus. »

Saint Julien fut d'abord complètement initié à la doctrine des Apôtres, ensuite appelé par eux-mêmes au nombre des 70 de leurs disciples, que ce choix désignait comme dignes d'accomplir cette divine mission évangélique, dont le but essentiel était de répandre, au milieu des Gentils, les semences du christianisme. Saint Julien fut donc associé à cette nombreuse délégation de confesseurs; et, par l'imposition des mains, parla consécration apostolique, définitivement confirmé dans le pouvoir et la dignité de sa charge.

Les Actes des Evoques du Mans viennent à l'appui de ces faits : « Et posteà , à Clémente papa Romano , Pétri apostoli successore... nobis directus...)) Saint Julien nous fut envoyé par le pape de Rome saint Clément, successeur de saint Pierre. « Primus Cenomanica in urbe episcopus sanctus Julianus, nobili ex progenie Romanorum ortus, et ab infantia sacris

litteris sapienter eruditus, ac in numéro 70 discipulorum ab apostolis ordinatus , et posteà à Clémente papa romane... Missus.» M abill. A nalect. Saint Julien, d'une famille patricienne de Rome, nourri dès son enfance des sages enseignements de l'Ecriture sainte, ordonné, par les apôtres, au nombre des 70 évoques régionnaires, fut envoyé par saint Clément pontife romain, dans la ville du Mans, et comme premier évoque de cette métrople.

En 1205, le chapitre du Mans faisait hommage à celui de Paderborn en Allemagne, comme témoignage de son ancienne estime, d'une Vie de saint Julien, où Ton trouve ces qualifications positivement exprimées : « Julianus primus Cenomanorum apostolas ; . . . M issus a beato Clémente, Pétri a postait sitccessore. » Saint Julien fut le premier évoque des Cénomans. Envoyé par le bienheureux saint Clément, successeur de l'apôtre saint Pierre.

En 1383, une bulle du pape Clément VII, ayant pour objet la confirmation des privilèges du chapitre cénoman, constate le même fait : « Volentes itaque Ecclesiam cenomanensem, cujus gloriosus confesser Julianus, qui, de numéro 70 discipulorum existens, a beato Clémente ad partes illas destinatus, gentilem populum, errore tenebrarum deposito, ad fidei catholicœ cultum reduxit, prior extitit antistes, favore prosequi gratiœ specialis, ob ipsius sancti preesidis rêver entiam. »

Nous voulons que l'Église du Mans soit pour nous l'objet d'une grâce particulière, en vénération du glorieux confesseur Julien, qui délégué dans cette province au nombre des 70 missionnaires, parle bienheureux saint Clément, convertit à la foi chrétienne les gentils arrachés aux ténèbres de l'ignorance, fut le premier et saint évoque de cette ville.

La délégation de saint Julien par les apôtres, au premier siècle, en conséquence, avec le caractère d'apôtre et de premier évoque du Mans, se trouve encore soutenue par les savants Bénédictins de Saint-Maur; par ceux de Solesme, surtout dans la Vie des évoques du Mans, par Dom Piolin, auquel nous devons d'utiles renseignements; par le savant rédacteur de

V Officia propria insignis Ecclesiœ Cenomanensis, i8§k : M. l'abbé Lottin, auquel nous devons également des documents essentiels à la solution d'un problème aujourd'hui plein d'actualité. En résumé, nous trouvons encore pour la solution de ce problème dans le sens que nous venons de préciser :

1° Les Gestes des évêques du Mans, — que des historiens sérieux et des critiques habiles, tels que Sébastien le Nain, de Tillemont, dom Rivet, domBrial, etc., pensent avoir été rédigés pour la première partie, dans les premiers siècles de l'ère chrétienne ; et qui n'élevaient alors aucun doute sur la venue de saint Julien à l'époque où nous la fixons.

2° Les Actes des Apôtres, — dont les affirmations en faveur de l'ancienne tradition ne sont ni moins positives ni moins précises.

31 Les Martyrologes, — qui dans toutes les Eglises chrétiennes : à Rome, en France, à l'étranger, établissent clairement cette même tradition, avec une concordance parfaite, avec une bien grave et bien imposante unanimité.

4° Les décisions des conciles, — que nous trouvons partout fermes, explicites, affirmatives dans le maintien de ces antiques et respectables croyances, toutes les fois que l'esprit novateur prétendit en ébranler, sans motif, les solides fondements.

5° Les sanctions de la cour de Rome, — qui n'hésita jamais à confirmer ces décisions, et qui plus d'une fois même prit l'initiative pour mettre en lumière et pour affermir les vérités que nous défendons; comme on le voit surtout par les déclararations solennelles de Pie V, d'Urbain VIII, de BenoîtXIV, etc.

6° Enfin r inaltérable croyance de l'Eglise du Mans. - Semblable, dans sa foi chrétienne, à l'immuable Vérité, l'opinion de l'Eglise du Mans n'a jamais varié sur le caractère apostolique de saint Julien, et sur la venue de son premier évoque dans le Maine avant le 11e siècle; elle n'a pas même fléchi sous les influences, alors très-redoutables, qui, plus d'une fois, au point de vue qui nous occupe, tentèrent de modifier les dispositions de sa liturgie. Ainsi le bréviaire et le missel ont toujours indiqué, pour la fêle de saint Julien, l'office et la préface

des apôtres; lors même que, dans plusieurs autres dioeèses de France, un bien fâcheux esprit de réforme avait effectué de> changements regrettables dans le cérémonial de leurs premiers évoques régionnaires.

Nous citerons même à cette occasion un fait bien remarquable, et qui nous paraît d'un profond enseignement pour le problème à résoudre . clans le bréviaire et le Missel du Mans, en 1748, on tenta, par surprise, mais sans opinion bien arrêtée, de supprimer, dans le titre de l'office et dans la préface de saint Julien la qualification d'apôtre. Mais le chapitre entier protesta contre cette regrettable innovation, et, par ses respectueux et sages conseils, parvint à fixer l'irrésolution de Monseigneur Charles-Louis de Froullai, qui défendit alors d'apporter aucun changement à l'ancienne tradition. En conséquence, dès Tannée 1751, où fut éditée la nouvelle liturgie, on lisait dans YOrdo, qui, sous ce rapport, n'a pas varié depuis : Festum sancti Juliani cenomanensis episcopi et totius provincial apostoli » ; et de plus à l'encre rouge : « Prœfatio apostolorum, per totam octavam, etiam in festis. »

Du reste, comme nous croyons l'avoir établi positivement, les traditions les plus certaines, les plus anciennes chroniques, les documents authentiques de l'histoire s'unissent pour fixer, à la seconde moitié du Ier siècle de l'ère chrétienne, renseignement de l'Evangile dans la province du Maine. C'est à cette époque, d'après ces nombreux et graves enseignements, que nous allons y poser le premier anneau de cette longue chaîne épiscopale, que nous verrons se briser à sa naissance par les violences de la persécution, pour se renouer ensuite et se continuer jusqu'à nos jours, avec les précieux avantages de la religion divine qu'elle propagera dès-lors sans interruption.

Pour mieux préciser l'origine et la succession des évèques du Mans, pour donner à leurs mentions biographiques l'intérêt et l'autorité qu'elles méritent, nous rangerons ces évèques en deux catégories : 1° traditionnels, dont les gestes se trouvent consignés dans nos annales, seulement d'après les traditions, les monuments, les martyrologes, les cartulaires, etc., docu-

ments, dont l'imposant ensemble, mais surtout l'unanime, Tinvariable témoignage ne laissent aucune prise bien sérieuse à l'erreur ; 2° historiques, dont l'époque d'existence et les faits épiscopaux sont plus nettement encore précisés par les enseignements incontestables de l'histoire.

Nous ouvrirons la série des mentions biographiques des évoques du Mans par un tableau synoptique offrant le double avantage : d'en faire embrasser l'ensemble et de reproduire, au besoin, sans aucune recherche, le rang qu'ils tiennent dans la succession ; l'époque et la durée de leur épiscopat. Nous formerons ce tableau d'après les auteurs les plus sérieux, en laissant de côté, par conséquent, plusieurs noms que les amateurs de la nouveauté ne manqueraient pas d'y faire entrer : nous allons indiquer les principaux motifs de notre manière d'agir.

Au nombre de ces prélats intercalaires, nous indiquerons surtout : 1° saint Thuribe 11 : entre saint Victeur et saint Principe, de 410 à 474. — II0 Saint Victorius 11 ; entre saint Principe et saint Innocent : de 511 à 530. — 111° Saint Séverin ; après saint Victorius II, et, comme lui, entre saint Principe et saint Innocent : de 530 à 532. — IV0 Scienfroi ; entre saint Innocent et saint Domnole : de 543 à 560 : suivant d'autres, seulement de 543 à 545. — V° Beraire 11 ; entre saint Aiglibert et saint Herlemont Ier : de 705 à 710, etc.

Les raisons les plus décisives nous empêchent d'admettre ces intercalations, du reste sans intérêt, sans utilité, sans fruit. 1° Ceux mêmes qui rangent ces prétendus évêques au nombre des prélats du Mans, en leur prêtant une administration, dont ils portent la durée jusqu'à 17 et 19 ans, se trouvent dans l'impossibilité de signaler aucun fait de leur existence ou de leur gestion ; 2° dans les anciens titres, les chroniques, les textes latins dont ces pontifes ont été, pour ainsi dire, exhumés, le terme episcopus, ainsi que le font observer nos meilleurs écrivains, ne signifiait pas toujours un évêque; il désignait parfois un prêtre, ou simple diacre; 3° enfin dans les manuscrits français du temps, on donnait encore le titre épiscopal à des

supérieurs d'abbayes, de prieurés, à des abbés crosses, mitres ; taudis que nous devons seulement admettre, dans cette énumération, les évéques régionnaires ou diocésains; bien connus. Par ces motifs, et par ceux qu'il nous serait encore aisé d'ajouter, nous donnerons le tableau suivant comme le seul bien authentique, et comme réunissant la simplicité, les lumières et les garanties qui conviennent à l'importance, à la gravité du sujet.

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