‹ Histoire complète de la province du Maine depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 18 sur 45 · ÉTABLISSEMENT DES FRANCS, RETOUR A LA BARBARIE · texte numérisé non relu

ÉTABLISSEMENT DES FRANCS, RETOUR A LA BARBARIE

Clovis, — par ses valeureux et brillants exploits, venait de porter les coups les plus rudes et les plus décisifs à la domination romaine.

La protection qu'il accordait au christianisme avait sensiblement favorisé l'ascendant qu'il prit sur les Génomans, les Armoricains, presque tous les autres peuples des Gaules, et la fusion de ses troupes avec les habitants de ces pays. Mais un fait capital dans sa vie mit le comble au succès de rétablissement d'un empire absolu, qu'avant tout il désirait établir sur les débris de la suprématie romaine.

Il avait épousé Glotilde, pieuse et sage princesse, vouée à la religion de Jésus-Christ, et vers laquelle ses vœux appelaient incessamment le nouveau roi; lorsqu'à la bataille de Tolbiac, dans la Gaule, en 495, au moment d'être vaincu par les Allemands, il s'écrie, dans un moment de céleste inspiration : « Dieu de Glotilde, je fais vœu, si tu m'accordes la victoire, de n'avoir jamais d'autre religion que la sienne. » Aussitôt le sort du combat est changé ; les ennemis prennent la fuite, et, par cette victoire inespérée, le règne de Glovis est assuré.

Aux sollicitations de la reine, et pour accomplir dignement le vœu qui vient d'effectuer son triomphe, il reçoit le baptême

avec trois mille de ses gens, et se fait sacrer à Reims par saint Remy lui-même, en 496.

Nous trouvons ici la meilleure preuve de l'autorité suprême que le sentiment religieux exerçait déjà sur les plus indomptables et les plus orgueilleux caractères dans ces indépendantes et mémorables paroles de l'archevêque en versant l'huile sainte sur le front d'un monarque aussi despote : « Humilie ton cœur, fier Sicambre, et courbe ta tête victorieuse devant l'Éternel!... »

Par sa résistance aux séductions de rarianisme, Clovis obtint le surnom de roi très-chrétien. Par sa valeur dans les nombreux combats qu'il eut à soutenir durant une existence toute guerrière; par les importants services qu'il rendit à l'affranchissement des Gaules, à l'institution de la monarchie française, dont il établit définitivement le siège à Paris, il mérita la qualification de vaillant capitaine; mais ces deux nobles titres furent ensuite bien regrettablement souillés par les crimes qui ternirent si profondément les dernières années de sa vie.

Plusieurs membres de sa famille gouvernaient alors, sous le nom de rois, des peuplades bornées à l'étroite circonscription d'une province, d'une cité : Sigebert à Cologne; Ragnacaire à Cambrai ; Cararic à Térouanne; Rignomer au Mans. L'ombrage qu'ils inspirent à son jaloux despotisme, et le seul grief à leur imputer, suffit pour décider la mort de ces paisibles et faibles souverains. Les instincts sanguinaires de Clovis qui, dès l'âge de vingt ans , s'étaient annoncés dans l'histoire du vase de Soissons, se révèlent ici clans toute leur sauvage et brutale cruauté : il fait assassiner Sigebert par son propre fils Clodéric, dont, ensuite, il se débarrasse par une condamnation capitale; Ragnacaire, par les misérables stipendiés qu'il choisit au milieu même des courtisans de ce prince ; Cararic, par des sicaires placés auprès de sa personne ; enfin, il pénètre dans le palais de Rignomer, et le frappe lui-même de sa hache, comme il avait autrefois, sans plus de justice, frappé le soldat de Soissons.

Vers 508, il fait le siège du Mans, et, violemment irrité de la noble résistance de sa garnison, commençait le pillage de la ville, qu'il eût peut-être entièrement rasée , lorsque Févêque saint Principe, usant de l'avantage que lui donnaient les liens de parenté, d'affection avec saint Remy, de l'ascendant, surtout, que l'archevêque exerçait avec empire sur l'âpre nature du Sicambre, l'arrêta courageusement dans ses funestes projets, en démontrant, une fois encore, la puissance de l'autorité chrétienne pour dompter les esprits et les cœurs ; en acquérant, par cet acte rempli de dévouement et d'énergie, la reconnaissance éternelle des Génomans.

Tel fut ce premier chef des Francs, converti régulièrement au christianisme : quant aux dignes compagnons de ses exploits guerriers, espèces de sauvages à demi nus, ou couverts seulement d'une tunique très-courte, quelquefois de la peau des bêtes féroces qu'ils abattaient dans les grandes forêts ; la tête nue, les cheveux flottants, la barbe épaisse et longue ; l'œil farouche et menaçant, ils ressemblaient, à distance, plutôt à des animaux qu'à des hommes.

La communauté des opinions politiques et des sentiments religieux entre les Francs, les Romains naturalisés et les Celtes primitifs, amena la fusion de ces trois principaux éléments de la nation française, dont les Génomans d'abord, ensuite les Manceaux, présentèrent la division particulière à notre province du Maine.

Déjà, vers 360, les villes capitales des Gaules avaient changé leurs anciens noms et pris celui des peuples qui les possédaient. Ce fut ainsi que Lutecia devint Paris; Lugdunum, Lyon; Cœsarodunum, Tours; Condivienum, Nantes; Avaricum, Bourges; Suindinum, Le Mans, etc.; ce qui signifiait: villes des Parisiens, des Lyonnais, des Tourangeaux, des Nantais, des Berruyers, des Cénomans, etc.

Le Maine, comme toutes les autres provinces des Gaules, offrait alors un aspect bien différent de celui qu'il présentait à l'arrivée de César. Les marais s'y trouvaient en partie desséchés ; les forêts abattues, ou pour le moins percées ; les terres

on cultures; les habitations plus confortables; un assez grand nombre de villages, de châteaux-forts, convertis en cités; les communications facilitées par ces belles voies qui, dans toutes les directions, assuraient et favorisaient le transport des hommes, des animaux et des produits. D'un autre côté, le développement des industries, des lettres, des sciences, des arts, et même ceux d'un luxe corrupteur; la sagesse, l'intelligence des juridictions civiles, etc., y témoignaient, par leur ensemble, du passage, du séjour d'un grand peuple, de l'influence incontestable de la domination romaine sur le progrès des lumières, et, tout à la fois, des avantages et des abus de la civilisation.

Dans cette nouvelle phase de notre histoire, ce tableau va complètement changer d'aspect. Le Maine est affranchi de la domination, de la servitude que les Romains, pendant plus de cinq siècles, avaient fait peser sur lui; mais il se trouve en réalité soumis à la servitude, à la domination militaire que les Francs, par leur mélange avec les autres citoyens, vont naturellement leur imposer.

Trop belliqueux et trop sauvages pour mettre à profit même les améliorations physiques et morales du progrès, ces farouches conquérants ne rêveront que guerres, combats et conquêtes. « Dans cette confédération, qui comprenait les Gimbres, les Sicambres, les Celtes et beaucoup d'autres peuplades barbares, dit Sidoine Apollinaire, les Francs n'étaient pas les moins redoutables. Leur chevelure, ramenée du sommet de la tête sur le front, laisse la nuque à découvert. Leur prunelle vitreuse brille d'un feu verdâtre; ils n'ont pour barbe que deux moustaches effilées, qu'ils peignent avec soin ; d'étroits habits, qui ne leur descendent qu'aux jarrets, serrent leurs membres vigoureux. Un large baudrier soutient leur épée. C'est un jeu pour eux, avant de commencer le combat, de lancer leur hache à deux tranchants, en marquant la place de leurs coups. Leur amour pour la guerre devance les années. S'ils sont accablés par le nombre ou par le désavantage de la position, ils cèdent à la mort et non à la crainte : ils semblent

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invincibles même dans la défaite : leur courage ne s'éteint qu'avec leur vie. »

Leur chef, d'après Grégoire de Tours, à peine investi du pouvoir, s'en servait pour combattre ; il soumettait les projets des expéditions à ses troupes assemblées au Ghamp-de-Mars ; prenait, dans le butin, la part que le sort lui concédait; s'appropriait les domaines des vaincus, les obligeait à combattre sous ses ordres.

Pendant la paix, les Francs se livraient à l'exercice de la chasse dans les forets ; trompaient l'ennui par des orgies au milieu desquelles on servait les daims, les sangliers, les bœufs entiers rôtis. Au dessert, les femmes rentraient dans leurs quartiers; les hommes vidaient les tonneaux de bière et de vin rangés autour d'eux. On jouait aux dés son argent, ses biens, ses armes, jusqu'à sa personne. Les têtes s'échauffaient; il en résultait quelquefois des querelles violentes, et trop souvent les cris de rage, les imprécations, les mêlées sanglantes au poignard terminaient ces grossières débauches.

Sous l'empire absolu de tels maîtres, les cultures seront négligées, les champs se couvriront d'herbes sauvages, de ronces et d'épines ; les communications deviendront de plus en plus difficiles par la destruction des routes que l'on ne prendra pas même le soin de réparer. La force militaire deviendra la raison des codes; les plus aveugles superstitions tiendront lieu de philosophie; les brutales impulsions de l'instinct usurperont les droits de la morale; enfin, si les puissantes inspirations du christianisme ne venaient faire opposition à ce retour d'une barbarie, encore plus brutale et plus dangereuse que la première , on verrait probablement s'éteindre bientôt le flambeau de la morale, de la philosophie, des lettres, des sciences et des arts.

Mais, grâce aux profondes et continuelles influences de cette opposition salutaire, le moyen-âge, dont un grand nombre d'écrivains n'ont pas bien compris le véritable caractère, offrira sans doute, au point de vue purement humain, la triste et nébuleuse phase de notre histoire; mais par une importante

et positive compensation, au point de vue religieux, il présentera des résultats dont nous ne pourrons jamais assez préconiser les merveilles.

Ainsi, comme nous l'avons déjà fait entrevoir, comme nous devons ici positivement le constater, sous l'influence nuisible de ces continuels mélanges avec des peuplades à peu près sauvages; de cette nécessité d'opposer incessamment la force matérielle à la force brutale , d'avoir toujours leurs armes à la main, les Cénomans perdirent l'instruction et les formes polies qu'ils tenaient des Romains; devinrent, dans le moyen-âge, pour toiU ce qu'inspirait le sentiment humain, exclusivement, plus incultes et plus ignorants, peut-être, qu'ils ne l'avaient été dans les temps anciens. Tel est, à notre sens, le motif qui semblerait justifier, dans les temps modernes, ces accusations sévères portées contre le moyen-âge par des écrivains qui n'ont envisagé qu'un point de la question, et qui, sans tenir un compte équitable des conditions du passé, n'ont offert aucune indulgence pour l'imperfection des résultats, même en considération de la nécessité des causes.

Lorsque nous étudions, en effet, cette époque si mal comprise ou calomniée sciemment avec tant d'injustice; que nous la considérons surtout dans l'accomplissement des grandes choses qui lui furent inspirées par le sentiment religieux, nous sentons aussitôt que les historiens consciencieux lui doivent plus que des éloges; qu'elle a droit d'en exiger une véritable et solennelle réhabilitation.

Partout, en effet, après les pillages, les incendies, les criminelles immolations ; au milieu des pratiques les plus grossières de l'ignorance et de la barbarie, nous y retrouvons ce principe de vie, de civilisation, que venait d'apporter le christianisme, avec mission d'effectuer, dans un temps donné, la moralisation et le bonheur des peuples.

Do même qu'au retour du calme, aux premiers rayons du soleil, après l'ouragan dévastateur de nos campagnes, on voit les plantes, seulement courbées vers le sol, redresser leurs tètes; ('elles que l'aquilon a brisées devenir pour les premières

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un élément de végétation et de vie : de même, après les tourmentes plus redoutables encore de la persécution et de la guerre, on voit les martyrs de leur sainte foi, de leur généreux dévouement à la patrie, devenir, par leurs sublimes exemples, des principes féconds de régénération et d'existence nouvelle pour les peuples échappés à la flamme, au glaive des guerres et des persécutions !

A côté des actes admirables inspirés par le sentiment religieux, la charité chrétienne, L'amour du pays, nous trouvons, sans doute, les déplorables conséquences de la superstition, du fanatisme, de l'hypocrisie ; résultats des instincts grossiers, exclusivement humains ?... Est-il juste, logique d'en accuser l'amour du pays, la charité chrétienne, le sentiment religieux? Faudra-t-il donc toujours, par ignorance ou par mauvaise foi , confondre les sublimes aspirations de ces puissants et généreux mobiles avec les fatales influences des temps, des lieux et des hommes?

Les esprits justes, les cœurs sincères ont enfin résolu cette importante question par la négative. Les autres ne l'ont pas même comprise; ou, ce qui devient plus déplorable encore, ont dissimulé sans pudeur les convictions qui s'étaient profondément opérées dans leur conscience!...

Avec le sentiment religieux, nous verrons trois grandes et nobles carrières s'ouvrir, à la voix du christianisme, pour conduire les peuples au véritable progrès, à la civilisation, au bonheur : Cultes 1 1° de la religion divine; 2° de Y honneur ; 3° de la justice: phares intellectuels et moraux, qui viendront si nécessairement jeter une vive et bienfaisante lumière sur l'obscurité de cette période historique dont nous allons exposer les péripéties relatives à la province du Maine.

Les Génomans, comme nous l'avons dit, avaient à peine goûté ces prémisses d'une apparente liberté, fait quelques généreux efforts pour le retour de leurs institutions fédératives, que le sceptre despotique de Glovis frappa cette éphémère indépendance, en leur imposant un joug masqué par un simulacre de fusion, mais en réalité plus absolu, plus lourd que le

premier. Ce belliqueux souverain, mélange indigeste et confus de barbarie, de cruauté, de courage et de foi chrétienne, termina son actif et pénible règne en 511.

De ses quatre fds dont l'histoire est à peu près une succession d'assassinats et de perfidies, Clodomir eut en partage le gouvernement du Maine, de plusieurs autres provinces, et fut tué dans un combat, en 523.

Childebert, par le massacre de ses neveux, obtint le Maine et la Touraine, qu'il réunit à son gouvernement de Paris. Mort en 558 sans héritier mâle, il rendit son frère Clotaire Ier souverain de tout le royaume, dont cette métropole devint ainsi définitivement la capitale.

Pendant le règne de ces premiers rois francs, plusieurs institutions civiles et religieuses furent, les unes modifiées, les autres créées entièrement. Nous avons à considérer, sous ce double rapport : 1° Les défenseurs des cités; 2° les ducs, les comtes du Maine, la chevalerie, la féodalité ; 3° les évoques diocésains de cette province.

§ I. Défenseurs des cités.

Les défenseurs des cités : defensores civitatum, également nommés sijndics , étaient des magistrats électifs que Ton retrouve même chez les peuplesanciens, dans presque tous les pays où régnait une domination conquérante. Ils avaient, pour fonctions, le soin de garantir les citoyens des vexations du gouvernement étranger, des exactions fiscales; de connaître des petites affaires, passer des contrats, assurer la rentrée des impôts, terminer les différends d'une mince importance. Ils réunissaient, par conséquent, à peu près les fonctions des maires, des juges de paix, des notaires actuels.

« Defensores quos Grœci syndicos appellant, » les défenseurs que les Grecs nomment syndics, ajoute Arcadius, existaient déjà, comme nous l'apprend Xénophon : « De la république des Athéniens, sous le gouvernement d'Athènes et de Sparte,

dont les villes alliées, soumises à la juridiction de ces métropoles, se nommaient des défenseurs, pour prendre leurs intérêts, et les garantir des exactions du pouvoir qui les avait rendues tributaires.

Cette institution dut, par conséquent, exister dans les cités gauloises, pendant la domination romaine; et, si nous ne la voyons établie d'une manière officielle que dans le dernier siècle de cette domination, elle s'y trouve probablement eir activité d'une manière officieuse, et par des conditions amiable^ ment réglées entre les Romains et les Gaulois. C'est, du moins, ce qui semble résulter des faits et des documents de l'histoire.

Ainsi les jurisconsultes Hcmogénius et Arcadius Charisius, qui écrivaient à la fin du me siècle, parlent des syndics ou défenseurs des cités, comme d'une magistrature instituée. Toutefois la législation romaine en fait mention seulement vers la tin du ive siècle, et la première loi relative à cet objet est de 387 : Code théodosien ; elle prescrit : « d'instituer, par un décret, comme défenseur, celui que la cité aura choisi. » Mais plusieurs historiens pensent que cette garantie des villes conquises a pu, a dû même se trouver accordée par les vainqueurs des Gaules à l'origine de la domination, pour mettre obstacle aux vexations des préposés, et, par suite, aux réactions des indigènes.

Quant à l'établissement régulier de cette magistrature avec ses attributions et ses pouvoirs dans toute leur extension, on s'accorde aujourd'hui généralement à le reporter jusqu'à l'empire de Léon et de Majorien, c'est-à-dire vers 457. Les défenseurs, ainsi légalement institués, avaient le droit de s'adresser directement au préfet du prétoire, sans que leurs principales réclamations fussent obligées de passer par la filière des auto rites provinciales; ce qui leur donnait beaucoup plus de valeur et de suite, en les soustrayant à l'action même des exacteurs, qui, le plus souvent en effet, sans cette clause essentielle, seraient devenus juges et partie. Justinien , dans ses règlements, accorde à leur charge « le pouvoir de remplir, quant

à la cité, les fonctions du gouverneur de la province, en son absence, et lui attribue la juridiction dans les procès dont la valeur ne s'élevait pas au-dessus de 300 aurei, environ 4,500 fr. Ces défenseurs en titre étaient nommés par élection, avec le concours des évoques, des clercs, des propriétaires, des curiales, etc. Mais les prélats, à peu près seuls alors dépositaires des lettres, des sciences et des arts, avaient obtenu, presque partout, cette importante magistrature qui, dans les siècles suivants, accrut si remarquablement leur autorité, par la double influence des pouvoirs civil et religieux : considération importante sur laquelle nous reviendrons.

§ II. Ducs, Comtes du Maine, Chevalerie, Féodalité,

Noblesse.

Pendant la domination romaine, l'institution des ducs, des comtes, et surtout delà féodalité, n'exista jamais d'une manière positive. On y trouve seulement, comme nous l'avons fait observer, sous Alexandre Sévère, en 222, et particulièrement sous Constance Chlore, en 293 , celle des castellani milites, avec leurs terres lœtiques , ou concessions ; et leurs lœtes, ou redevances annuelles. C'était bien comme une indication, pour l'avenir, de l'établissement des ducs, des comtes, des fiefs, de la féodalité; mais il est impossible de voir entre ces deux institutions autre chose qu'un simple rapport analogique, et sans aucune parité sérieuse, ni dans la théorie, ni dans l'application.

C'est ainsi que l'a nettement établi M. Raymond, de l'Institut, dans son « Histoire du droit municipal en France. » « Par cité, civitas, on entendait, sous la domination romaine, un peuple entier, son territoire, son gouvernement; une nation enfin comme était celle des Aulerces Cénomans. L'administration de chaque cité se composait d'un sénat : un agent du gouvernement, préfet ou comte, veillait sur les intérêts généraux de l'Etat, et présidait à l'administration de la justice. Le

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défenseur de la cité, choisi par l'universalité des habitants, maintenait les droits et les intérêts publics , et ceux des citoyens en particulier : il était chargé de les défendre contre l'injustice et l'oppression. Des magistrats et officiers supérieurs, préfets, recteurs, etc., exerçaient, dans chaque province, les fonctions civiles ou militaires que le gouvernement leur confiait. Un préfet du prétoire, placé au-dessus de toutes les magistratures, représentait l'empereur. »

Clotaire Ier étant mort en 561, le royaume fut de nouveau partagé entre ses quatre fils : Caribert, Gontran, Sigebert, et Chilpéric. Le Maine échut à Caribert Faîne, roi de Paris. Les débauches, l'incapacité de ce prince, jointes aux imminentes invasions des Saxons, des Normands, des Bretons, des Angevins, obligèrent les provinces à songer sérieusement à leur défense particulière, à se nommer des chefs dévoués à leurs propres intérêts, autour desquels ils pussent, au besoin, se ranger pour y trouver asile et protection. Telles furent dans le Maine, comme dans un grand nombre de pays, les causes principales et l'origine des ducs, des comtes, des fiefs, de la féodalité : institution d'abord seulement élective, militaire, personnelle, viagère, analogue, par conséquent, à celle des castellani milites; mais ensuite à la fois : sous le pouvoir souverain, en partie civile, transmissible, héréditaire, avec ses créations propres et nobiliaires de duchés, comtés, marquisats, baronnies, etc.

Cette institution de la féodalité, suivie de celle de la noblesse que nous allons voir s'y rattacher, offrira ,comme précieux avantages, \& récompense de bons et loyaux services rendus au pays; un moyen, au défaut d'une action suffisante et capable du gouvernement, de protéger les provinces contre l'invasion de leurs ambitieux voisins; d'adoucir les mœurs et le caractère des seigneurs en leur imposant la vie de famille dans leurs châteaux, en rehaussant la dignité de la mère au milieu de ses enfants et d'un nombreux personnel à diriger : véritable et juste réhabilitation que le christianisme avait déjà si positivement commencée. Mais, en même temps, comme inconvénients

funestes, les disputes, les guerres incessantes entre la noblesse et le clergé; les barons et les comtes, les ducs et les rois; les privilèges des grands seigneurs et les libertés du tiers Etat futur, dans la personne des serfs, des vilains, des manants, etc., que Ton tendait à replonger dans les conditions du plus dégradant esclavage; le défaut presque absolu de culture intellectuelle, qui devait ramener la brutale ignorance dans laquelle cette première phase du moyen-âge allait se trouver si regrettablement plongée.

Nous pouvons donc inférer de ces résultats essentiels et si fatalement opposées de la féodalité , dans le but d'appeler toute l'attention des esprits logiques sur un objet de cette importance : que, d'une part, si la défense et la sécurité des provinces réclamaient, entre elles, un fédéralisme prolecteur, de Vautre, cette institution, ainsi faussée dans ses principes et dans ses applications , allait rencontrer sur la voie qu'elle suivait avec tant d'inconséquence trois ennemis puissants, qui tôt ou tard devaient la détruire : la Souveraineté, dont elle inquiétait jusqu'à l'existence ; YEglise, qu'elle molestait dans ses attributions; le Peuple, dont elle enchaînait imprudemment les plus chères libertés. Mais, comme nous ne devons pas anticiper sur la marche des événements , suivons actuellement l'ordre naturel des faits.

En remontant à l'origine des comtes du Maine pour en établir toute la succession, nous trouvons, entre les historiens, des dissentiments qui nous semblent venir surtout de la diversité des acceptions que chacun d'eux prétend imposer au terme qui désigne cette charge, d'abord simple délégation militaire du souverain, ensuite fonction plus stable, en grande partie civile ; enfin héréditaire après avoir été complètement élective pour quelques provinces, entre autres, comme nous le verrons, pour celle du Maine. Dès lors, aussitôt qu'on s'explique nettement sur la valeur des mots, ici, comme dans toutes les occasions analogues, les équivoques et les obscurités disparaissent.

Pour mieux faire comprendre la succession des comtes du

Maine, et préciser leur ensemble, nous en donnerons un tableau synoptique.

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