‹ Histoire complète de la province du Maine depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 19 sur 45 · VI. Louis-Stanislas-Xavier : Louis XVIII · texte numérisé non relu

VI. Louis-Stanislas-Xavier : Louis XVIII

jusqu'à la suppression 1771 — 1790

200 établissement des francs,

1° Comtes viagers.

Rocolène Ier, comte viager. — A la morl .'de Caribert, son frère Chilpéric Ier devient souverain de la province du Maine, y délègue un de ses généraux, nommé Rocolène, pour en prendre possession, en 576. Faut-il considérer cet agent militaire, qui, d'ailleurs, séjourna peu dans le pays, comme premier comte du Maine? Au point de vue de la mission royale, cette question est résolue par l'affirmative; au point vue du titre et de l'administration exercée, la solution est entièrement contraire. C'est en négligeant une distinction aussi naturelle que les historiens ont longuement discuté sans pouvoir s'entendre.

En montant sur le trône, vers 695, dominé par la puissance déjà considérable des maires du palais, institution imitée des Romains, et qui devait bientôt renverser la première dynastie des rois francs, Childebert III, encore enfant, élevé dans le mystère et l'obscurité, ne s'occupa guère, pendant un règne de 16 ans, que d'œuvres modestes et de pieuses fondations. Cependant, par une remarquable exception, en faveur de la province du Maine, alors sous son obéissance, il confirma, dans un diplôme de 698, le droit accordé, par Clotaire III et par Rathilde sa mère, tutrice et régente, à cette province, dès 664, de choisir, nommer ses magistrats, même ses comtes : «ISul ne peut, dit en effet ce diplôme, exercer, dans le Maine, les fonctions de duc ou de comte, s'il n'est élu par le choix de l'évêque , des abbés, des prêtres et des habitants du Mans. »

Malgré cette sage disposition , des intrigants profitèrent de la faiblesse du gouvernement, des troubles civils, pour usurper l'autorité ducale dans notre province. On cite à cette occasion la criminelle conduite d'un certain Roger, ou Rothgarius; de ses fils : Hervé, ou Hariveus; et Gauzelin, ou Gauziolène.

Roger IIe, comte, que l'on représente comme un riche Géno-

man, environné d'une famille opulente et nombreuse, abusant, comme tant d'autres, de ces avantages pour arriver au pouvoir, s'empare du comté du Maine, vers 735; en repousse, à main armée, le jeune Pépin, que son père Charles Martel avait envoyé dans cette province pour y mettre fin aux troubles séditieux dont elle était agitée. Maître du pays, il place Gauzelin sur le siège épiscopal du Mans, que ce digne fils d'un tel père ne craint pas, comme nous le verrons ailleurs, de souiller par des actions infâmes, en s'associant aux déprédations, à la ruine des communautés de son diocèse et de sa propre Eglise.

Pendant cette funeste et criminelle usurpation , Hervé , l'autre fils de Roger, pour soutenir les injustes prétentions de son père , commit un si grand nombre de meurtres et d'assassinats, qu'il excita la haine et le désir de la vengeance dans l'âme de tous les habitants de la contrée. Revenant un soir de la chasse dans son manoir, appelé Curia Domiîii, que l'on a traduit par Courdemanche, lieu situé à 18 kilomètres S.-E. du Grand-Lucé, il est assailli par les enfants de ceux qu'il avait mis à mort, et tué sur le théâtre môme de ses cruelles exécutions.

Après la mort de Charles Martel, Pépin, devenu puissant, mit, à la place de Roger, le commandant Milan pour gouverner le Maine, et l'évoque Herlemont II à celle de l'indigne Gauzelin pour administrer le diocèse.

Roger, aussi lâche, hypocrite que profondément scélérat, vint alors pieds-nus, dans cette cathédrale qu'il avait pillée, demander pardon à l'évèque, à Dieu de tous les crimes dont il s'était souillé pendant sa funeste usurpation.

Millon me, comte, auquel Pépin, en 744, avait donné le titre1 de comte d'Anjou, en y joignant le gouvernement du Maine, était cependant encore plutôt un simple commandant militaire de ces deux provinces.

Rolam) ive, comte, fils de Milon, préposé à la garde des Marches ou frontières de la Bretagne, d'où lui vint le titre de marquis, ne semble pas, dans son administration du Maine,

avoir exercé d'autres fonctions que celle dont son père y avai été chargé.

Griffon ve, comte, troisième fds de Charles Martel, vaincu par son frère Pépin le Bref, contre lequel il avait soulevé les Saxons, fut cependant placé, par ce maire du palais devenu roi, dans le gouvernement du Maine, en 748, avec des titres et qualités qui le font regarder par quelques historiens comme le premier comte véritable de cette province, à laquelle toutefois son caractère aventureux et remuant ne permit pas de s'attacher et de rendre les services qu'elle avait droit d'en attendre.

La liste de ces comtes viagers du Maine est complétée par les suivants : Roricon /er, Gausbert, Roricon II , Godfrid, Hugues l'abbé, Rotgaire et Gauzelin. Viennent ensuite les comtes héréditaires.

Jusqu'ici, les comtés du Maine offrent des commandements simples, passagers , dont le titre disparaît à la mort, ou même seulement par le rappel de celui qui les exerce. Actuellement, au contraire, ils vont devenir des institutions permanentes, et dont les titres se transmettront comme un héritage des pères aux enfants Là, vont commencer, par conséquent, avec des caractères sérieux et distinctifs : la noblesse et la féodalité.

Ces deux nouvelles et grandes conditions des peuples du moyen-âge eurent à la fois, parleur digne usage, des influences profondes et favorables sur le culte de l'honneur, sur les progrès de la civilisation ; de l'autre, par leurs nombreux et tristes abus, une action fatale et plus profonde encore sur le retour à l'ignorance, à la barbarie, sur le développement du despotisme local, des guerres civiles et des révolutions.

Ces considérations générales sont d'autant plus applicables à la province du Maine que, de toutes les autres , dans les Gaules, elle fut peut-être celle qui présenta les plus fréquentes insurrections de la turbulence des barons contre l'autorité légitime des comtes, et les révoltes les plus ordinaires du peuple contre les privilèges des seigneurs ; que l'acte d'affran-

chissement de la commune du Mans fut proclamé dès Tannée 1070 ; enfin, que les évèques et les comtes, sans cesse en contestation, s'y combattirent souvent les armes à la main.

Dans notre province, comme partout, les premières distinctions qui s'attachèrent aux personnes furent individuelles, et trouvèrent leurs principes vrais dans la vertu, le génie, le courage ou même la puissance physique : d'où résultèrent, pour les tournois, les concours, des palmes et des couronnes; pour les guerres, pour les combats singuliers, des victimes et des triomphes; dans la vie paisible, des inventions utiles, précieuses, des ouvrages remarquables, avec leur part de gloire et de renommée. Mais avec le temps, ces actions, inspirées par un sentiment généreux, ces avantages honorablement conquis devinrent autant de biens patrimoniaux, obligeant sans doute leurs héritiers à s'en rendre dignes, mais constituant, pour les familles, un propre moral, à notre sens, aussi bien établi que leurs propres matériels et réels; un titre glorieux pour celui qui sait dignement le porter; un véritable patrimoine qu'il est alors impossible de contester et de prescrire. Telle fut l'origine de la première, de la véritable noblesse.

Ordinairement distingués par les qualités de l'esprit et du cœur, puissants par le courage et par la force des armes, ces nouveaux seigneurs ne tardèrent pas à se trouver entourés de partisans, de serviteurs, de clients nombreux qu'ils commandaient et protégeaient au besoin : c'était alors un concours de bons procédés, un continuel échange de zèle, de dévouement et d'affection entre le chef et ses inférieurs, dont l'ensemble formait comme une grande famille.

Là, se manifestent, par une conséquence logique, les premiers éléments de la chevalerie, de la féodalité, de la noblesse, qui devaient jouer un si grand rôle dans le moyen-age, et particulièrement, comme nous le verrons, du xie au xve siècle.

1° La chevalerie , dont il faut aller chercher l'institution régulière et définitive jusqu'au xie siècle, fut une dignité militaire, en partie religieuse, dont l'objet essentiel paraît avoir été la défense des opprimés sous le despotisme féodal, et le

soutien des équitables droits de la noblesse : aussi, pour devenir chevalier, vers la création de Tordre, fallait-il être noble de plusieurs générations.

Dès Tâge de sept ans, l'enfant, pour lequel on désirait obtenir ce titre, devait servir, comme page, varlet ou damoiseau, dans le château d'un seigneur ; le suivre à la chasse, dans les tournois, pour s'exercer au maniement des armes; à 14 ans, il devenait écuyer, soignait les armes, les chevaux, accompagnait le seigneur dans ses voyages, à la guerre, choisissait une dame de ses pensées dont il portait les couleurs. A 21 ans, il était solennellement proclamé chevalier au nom de Dieu, de saint Michel et de saint Georges. On lui chaussait les éperons dorés, on le couvrait des pièces de l'armure que formaient le haubert ou cotte démailles, le casque, l'écu ou bouclier, les brassards, les cuissards, les gantelets. Ses armes offensives étaient : la lance, Tépée, la hache, la masse d'armes et le poignard. Il combattait à cheval; il s'engageait, par serment, h défendre la religion, son roi, sa patrie, sa dame, les faibles et les opprimés. S'il manquait à ses promesses, il était déclaré coupable de félonie , jugé par ses pairs et dégradé.

Les chevaliers formèrent plusieurs grandes associations pour de saintes et lointaines entreprises; mais dont les résultats, et même les moyens, ne répondirent pas toujours à la noblesse des motifs, à la sublimité du but. N'est-ce pas nommer ces mémorables Croisades, commencées en 1096, sous la conduite généreuse de Godefroy de Bouillon, terminées, en 1275, par saint Louis, qui succomba victime de son religieux dévouement : expéditions guerrières, auxquelles notre pays, comme nous aurons occasion de le rapporter, prit une assez large part ? Tel fut encore cet ordre célèbre des Templiers, fondé à Jérusalem vers 1118 ; ayant eu plusieurs commanderies dans le Maine, et, dans la ville du Mans, une maison dont les anciennes murailles et les fenêtres cintrées se voient encore au fond de la grande cour, n° 13, dans la rue Saint-Dominique. Cet ordre fut détruit vers 1311.

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La chevalerie fut le côté poétique, l'idéal de la société du moyeu-âge; aussi ne trouva-t-elle jamais son entière application que dans les écrits des romanciers. Toutefois, au milieu même de ses abus et de ses excentricités, elle offrit, pour la civilisation, plusieurs avantages incontestables : elle développa le sentiment de la dignité personnelle, adoucit les mœurs, fit naître ces relations polies , bienveillantes, loyales , dont on exprime le caractère parle nom de courtoisie: dont on retrouve encore avec plaisir le noble type dans quelques hommes exceptionnels, surtout parmi les dignes héritiers d'un grand nom. Elle fortifia l'ascendant moral de la femme au profit de l'urbanité du guerrier; mais elle créa cet amour-propre chatouilleux et trop souvent ridicule, qui, sous le titre de point d'honneur, amena la funeste monomanie de ces combats singuliers, aujourd'hui nommés duels.

Quant à la chevalerie errante, dont le spirituel auteur de Don Quichotte a bien évidemment chargé le caractère pour l'immoler plus sûrement par l'arme du ridicule, elle n'offrit pas le beau côté de l'institution , et favorisa plus d'une fois bien regrettablement les brigandages que des grands seigneurs exerçaient alors à main armée, en plein jour et sur la voie publique. Mais c'était une triste exception, dont il ne faut pas faire la règle : nous devons, au contraire, établir qu'en général, au moyen-âge, un véritable gentilhomme faisait trèsvolontiers le sacrifice de sa liberté, de sa vie, tandis qu'il était presque sans exemple de lui voir abandonner, et surtout vendre son honneur !...

It° La Féodalité, que l'on nomme encore le Régime féodal est une organisation du moyen-âge, particulière au gouvernement des provinces, dont le Maine , au milieu de quelques avantages, eut à déplorer, à souffrir les nombreux abus, pendant une longue succession de siècles. En effet, cette organisation, commencée d'une manière positive au ixe siècle, sous Charles le Chauve, qui, dans son édit de Mersen, près d'Aixla-Chapelle, en 847, « ordonnait à tout homme libre de s'attacher à un seigneur; » et, dans son capitulaire de Kiersy-Qise,

en 877, « érigeait en droit l'hérédité des offices et des fiefs , déjà établis de fait, autorisait les seigneurs à construire des châteaux- forts, » fut ensuite progressivement attaquée par Louis Vf, dit le Gros, vers 1110; Philippe-Auguste, 1214 ; par saint Louis, 1242 ; surtout par Louis XI, vers 1464; par Louis XVI, en 1779 ; mais ne se trouva définitivement ruinée qu'en 1790, par rAssemblée Constituante.

Dans cette organisation féodale, on divisa d'abord le territoire de chaque province en deux classes de propriétés, suivant le caractère de la possession.

1° Le Franc Aleu, qui ne relevait pour le fond, pour la jouissance, d'aucun seigneur; qui se trouvait affranchi de tout lien, exempt de tout droit féodal. On le nommait franc aleu, de allodium : propriété entière, complète. D'après les coutumes du Maine, le franc aleu n'offrait pas ce degré de perfection; il était simplement, comme dans plusieurs autres localités, au début de l'organisation, en style féodal . « un domaine accordé par le vainqueur, après la conquête, à ses principaux officiers, pour y vivre libres, indépendants, sauf la condition d'un hommage au donataire, dont ce nouveau propriétaire devenait ainsi le vassal. Et, lors môme que le propriétaire de l'héritage ne devait aucun tribut au seigneur, il était obligé de venir, au moins une fois pour chaque possesseur, lui déclarer qu'il tenait, sous son obéissance, la terre en franc aleu. C'est ainsi que Ton comprenait la dignité de la personne et la liberté de l'individu, pendant cette avilissante époque du moyen-age.

2° Le Fief, du latin fiduciarium, concession de confiance, domaine féodal, était, en effet, une propriété donnée par le fond, ou simplement en jouissance, comme récompense de services rendus; mais toujours à la charge, pour le bénéficier, de payer au donateur, pendant le cours de la possession, une redevance en produits, en argent, en services personnels ou réels, civils ou militaires, devoirs, hommages, etc. Ces fiefs étaient de plusieurs ordres, suivant leur nature et le degré de leur condition. 1° Sous le rapport de la nature , il y avait les fiefs: Réels, auxquels étaient attachés des domaines plus ou

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moins étendus. Tels étaient, à peu près, tous ceux du Maine soumis au régime féodal; condition qui, sans doute, a fait naître cet adage particulier à notre province : « Nulle terre sans seigneur.)) Incorporels, consistant en simples droits, bénéfices, rentes, pensions, etc. De main morte, qui ne pouvaient rendre les services personnels auxquels obligeait l'institution : tels étaient les évêchés, couvents, chapitres, communautés, commanderies, hôpitaux, communes, etc. 2° Suivant le degré de leur condition, les fiefs étaient distingués en : 1° Supérieurs ou dominants, qui relevaient du roi seul; dont les possesseurs étaient nommés grands feudataires, h la fois vassaux de la couronne et seigneurs suzerains de ceux qui se trouvaient dans les fiefs d'un ordre inférieur. 2° Moyens, ou dominants et servants, dont les seigneurs étaient en même temps vassaux des grands feudataires et suzerains de ceux qui jouissaient des fiefs du troisième ordre. 3° Inférieurs, servants, dont les bénéficiers étaient vassaux directs, immédiats, des seigneurs du second ordre, leurs suzerains naturels ; médiats, indirects, des grands feudataires et du roi. L'ensemble des fiefs compris sous une même domination seigneuriale prenait le nom de Mouvance.

A chacun de ces fiefs, et suivant son importance, étaient affectés des droits féodaux ou droits du seigneur, dont le plus important, au milieu de ces guerres continuelles entre tous ces petits rois de la province, conséquence inévitable et funeste du morcellement de son territoire , était de pouvoir appeler tous les vassaux de sa mouvance particulière, armés de pied en cap, bannières déployées, pour les mener au combat contre les ennemis de leur suzerain. Venaient ensuite : la taille, les corvées, V hommage, et beaucoup d'autres obligations dont le ridicule ou l'immoralité nous interdisent un examen particulier.

Sans parler, en effet, de ces droits féodaux que la pudeur ne permet pas même de nommer, comment qualifier ceux par lesquels un vassal était obligé de cautionner son propre seigneur dans ses embarras financiers, de contribuer aux frais du mariage de ses tilles, etc.?... Nous posons la question; nous n'y répondrons pas.

Tant que ces fiefs, les titres et les droits qui s'y rattachaient ne furent que temporaires et même viagers, ils étaient moins recherchés et n'exerçaient pas, sur les mœurs et les habitudes nationales, une aussi profonde influence; mais lorsque vers 877, sous Charles-le-Chauve, ils devinrent héréditaires et comme un patrimoine de famille, l'ambition des sujets en poursuivit la possession par les plus indignes moyens; la porte fut alors d'autant plus largement ouverte aux convoitises les moins justifiées, aux intrigues les plus dégradantes, que les souverains firent trop souvent, de ces faveurs et de ces privilèges, une vénale et lucrative marchandise.

Si toutefois nous voyons dans les Coutumes du Maine combien les droits féodaux étaient multipliés et compliqués; si nous considérons que Ducange, dans son Glossaire, ne distingue pas moins de quatre vingt-huit espèces de fiefs, il nous sera facile de comprendre comment cette organisation devint tellement inextricable dans ses interprétations, qu'il fallut, sous le nom de feudistes, des hommes spéciaux pour mettre un peu d'ordre et de lumière dans cet autre cahos qui, de nos jours, n'est heureusement plus à débrouiller.

IIP La noblesse, dont nous retrouvons l'institution chez tous les peuples en voie de civilisation progressive, offrit, presque partout, une classe privilégiée, dont la position, dans l'ordre social, se trouvait au-dessous du trône , au-dessus du clergé, du Tiers-État. Cette position eut toujours été respectable et jamais contestée, si les moyens de l'obtenir avaient toujours été légitimes, honorables; et la manière d'en profiter : sage, bienveillante et digne. Alors, en effet, on aurait trouvé, dans les premiers sujets anoblis, des hommes d'abord distingués par des actions d'éclat, par d'éminentes vertus, par les productions du génie; ensuite, à titre de récompenses bien méritées, décorés de signes honorifiques, chargés d'emplois importants, revêtus d'éminentes dignités ; et dans leurs fils , héritiers de ces dignités, de ces emplois, de ces insignes, d'abord personnels, des hommes distingués, intelligents, qui, loin de « se donner, pour toute fatigue, la peine de naître, » et même trop

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souvent, le triste soin de ternir l'éclat de leur blason, auraient su le porter avec honneur, et même lui donner un nouveau lustre par le mérite individuel de leurs belles actions.

Tels furent les fondements honorables et les seuls vrais de notre antique noblesse du Maine ; tels sont les caractères distinctifs de ses dignes héritiers. Mais là comme partout, à côté de la valeur intrinsèque de l'or, se trouve la vanité, l'éclat brillante du clinquant.

Avec rétablissement des fiefs héréditaires et patrimoniaux apparut celui des titres et privilèges attachés à chacun de ces domaines ; on put dire alors, en retournant l'adage : « Nul seigneur sans terre. » Avec le progrès des temps et des ambitions, on vit se dégager, de l'unité primitive, les nombreux degrés de cette véritable hiérarchie nobiliaire, dont les principaux, en suivant une marche ascendante, furent traduits par les termes : châtelain, chevalier, baron, vicomte, comte, marquis, duc, prince, etc.

Cette institution présenta, du reste, dans son parcours, une marche très-variable et très-accidentée, surtout depuis le xmp siècle, sous Philippe-Auguste, où les rois de France, après avoir, à leur profit, privé la noblesse ancienne des droits régaliens, s'attribuèrent le privilège de conférer les titres et qualités nobiliaires à ceux de leurs sujets que leur bon plaisir voudrait en gratifier, souvent avec plus de faveur que de véritable justice. Ce fut alors en effet que Ton vit ces distinctions des quatre noblesses : 1° deVépée, acquise par des services militaires; 2° de robe, déférée à ceux qui avaient rempli des fonctions dans la haute magistrature ; 3° de cloche, accordée aux maires, aux échevins de plusieurs villes, comme nous le verrons pour celle du Mans, sous Louis XI ; parce que la proclamation des nouveaux élus se faisait au son des cloches de L'hôtel-de-ville; 4° enfin, de finance, parce que ces titres, que le mérite et l'honneur avaient d'abord seuls pu faire obtenir, étaient devenus une marchandise que le vice ou la nullité pouvaient acquérir avec de l'or, en soldant, à prix débattu, ce que l'on ne rougissait pas de nommer des lettres de noblesse!...

Car, pour un tel marché, deux contractants étaient nécessaires: l'un, assez oublieux de sa dignité pour vendre; l'autre, assez au-dessous de sa propre estime pour acheter!...

Faut-il actuellement s'étonner du mélange si regrettable et si fâcheux de la véritable et de la fausse noblesse? Faut-il demander pourquoi la première, toujours simple, digne, bienveillante, affectueuse, cherche a relever tout ce qui l'environne; se constitue, sans orgueil et sans ostentation, la providence des faibles et des malheureux ; honore ses titres sans en faire un pompeux étalage; ne réclame, dans l'état social, qu'un seul privilège : celui de répandre le bien-être sur les populations, de les moraliser, de les instruire par les enseignements du précepte, mais surtout de l'exemple; de sacrifier, au besoin, son repos, sa fortune et sa vie pour la défense et pour la gloire du pays, en méritant, à jamais, ce tribut d'affection, d'estime, de vénération, que les esprits justes et les cœurs généreux sauront toujours bien lui payer!... Pourquoi la seconde, improvisée par la servitude obséquieuse ou par l'argent, dont les fabuleux insignes ont plutôt le caractère d'une livrée que celui d'un blason ; dont la morgue vaniteuse et les ridicules prétentions cherchent constamment, dans l'abaissement des autres, le moyen d'une élévation empruntée; ne trouvant en soi-même que la sottise et l'ignorance pour la fonder, n'excite partout que l'indifférence ou la pitié, quand elle ne provoque pas la répulsion et le mépris.

Aussi, voyez les historiques péripéties de cette belle et grande institution, de cette noblesse ainsi corrompue dans son origine, dégradée par ses applications el par ses actes. L'Assemblée Constituante supprime la noblesse héréditaire et les titres, par décret du 19 janvier 1790; Napoléon Ier veut en improviser une toute nouvelle en 1806; la Restauration maintient la nouvelle et reconstitue l'ancienne ; par décret du 29 février 1848, le gouvernement provisoire abolit entièrement les titres nobiliaires; ils sont rétablis le 24 janvier 1852. Mais comme beaucoup les prenaient sans môme se donner la peine de les demander ou l'embarras d'en solder le prix, des mesu-

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res sont aujourd'hui sagement employées pour mettre un terme à cet envahissement désormais sans bornes.

Si nous remontons actuellement à l'origine des duchés et des comtés héréditaires du Maine, pour faire d'abord rénumération des seigneurs qui les ont possédés, et les suivre ultérieurement dans l'administration de cette province, nous trouvons encore quelques obscurités et quelques doutes. Voici, du reste, ce qui nous paraît le mieux établi.

Le comté du Maine, ainsi que nous le verrons, n'eut pas toujours le précieux avantage de s'administrer par lui-même ; il fut trop souvent, au contraire, soumis au gouvernement d'un comté supérieur ou d'un duché, de ceux de Normandie, d'Anjou par exemple, avec des oppressions et des souffrances qui bien des fois soulevèrent les populations dans le but d'un juste affranchissement, et devinrent l'occasion des combats les plus fréquents et les plus meurtriers dont l'objet équitable fut toujours , du côté des Cénomans, la défense du pays, de ses habitants, contre les entreprises criminelles de l'ambition et de l'orgueil.

Au point de vue du caractère de leur charge, les comtés héréditaires du Maine doivent être distingués en trois catégories : 1° fonciers, 2° usufruitiers, 3° apanages, dont les rapports avec la province et l'influence réelle sur les habitants offriront des différences bien importantes à noter.

D'un autre côté, le clergé va, par degrés, exercer une influence favorable et puissante sur le progrès des lettres, des sciences, des arts, de la civilisation, et nous allons voir l'histoire des évoques se lier d'une manière bien plus positive à celle des événements politiques du pays.

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